PQ: des candidats portés par l’idée d’un pays

La comédienne Sylvie Legault se présente dans la circonscription montréalaise de Mercier.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La comédienne Sylvie Legault se présente dans la circonscription montréalaise de Mercier.

Québec — Plusieurs candidats et militants du Parti québécois sentent un appétit pour une nouvelle consultation sur l’avenir du Québec semblable à celui ayant porté l’équipe de Jacques Parizeau à la tête d’un gouvernement majoritaire il y a près de 20 ans. L’indépendance du Québec sera au premier plan de la campagne électorale. Et après.

 

Sans complexe, les candidats péquistes n’hésitent pas à désirer publiquement la tenue d’un référendum sur l’indépendance du Québec.

 

Sylvie Legault, candidate du PQ dans la circonscription de Mercier, dit plonger tête baissée dans la campagne électorale puisqu’elle sent un « momentum » auprès du PQ et de la population. « Pourquoi j’embarque là-dedans, fondamentalement, c’est parce que je veux faire un pas de plus pour aller vers le pays », affirme-t-elle à l’occasion d’un entretien avec Le Devoir. « Il y a ça qui m’intéresse fondamentalement, viscéralement », ajoute-t-elle, installée dans la cuisine de sa maison de ville située au coeur du Plateau-Mont-Royal.

 

Bénévole auprès du PQ à l’occasion d’une élection partielle en 1973, puis des élections générales de 1976, Mme Legault se rappelle « la griserie incroyable qui se répandait partout à travers le Québec ». « La fierté d’être Québécois et d’avancer. Wow ! J’aimerais ça retrouver ce feeling-là plus que tout. »

 

Soif d’indépendance

 

« Il y a un appétit au sein du Parti québécois [de relancer le débat constitutionnel]. C’est drôle, je sens la même chose aussi au sein de la population », souligne le candidat du PQ dans la circonscription montréalaise de Laurier-Dorion, Pierre Céré. Le porte-parole du Conseil national des chômeurs proposera aux électeurs « un projet du pays qui se conjugue dans la diversité culturelle avec sa souche fondatrice ». Quatre ans après avoir reproché au PQ d’être « rendu plate » et « d’avoir les deux pieds dans la même bottine », M. Céré vante aujourd’hui la vivacité de la formation politique dirigée par Pauline Marois, dans laquelle il souhaite contribuer à rapatrier le régime d’assurance-emploi à Québec. « Je pense qu’il faut sortir de cette maison de fous là du fédéral. Je pense qu’il faut ramener tout cela au Québec. »

 

Rêvant de « faire un pays », la comédienne-chanteuse Sylvie Legault s’est dite assurée de ne pas avoir fait le saut en politique en vain. L’indépendance du Québec sera un enjeu du prochain rendez-vous électoral, est-elle persuadée.

 

Elle ne s’inquiète pas des sondages d’opinion qui évaluent à environ 40% l’appétit des Québécois pour un nouveau référendum sur l’indépendance. « Ma job, la mienne et celle de mon équipe, est de redonner le goût du Québec et de croire à ça ! lance-t-elle, tout en agrippant son téléphone portable. Ha ! Une amie me félicite ! Ça n’arrête pas. »

 

Elle tentera de se faire élire dans la circonscription de Mercier où elle habite depuis 1977. Un défi de taille. En septembre 2012, le député sortant Amir Khadir avait battu à plate couture son adversaire péquiste, Jean Poirier. « Il faut reprendre [de Québec solidaire] ce qui nous appartient. »

 

Livre blanc

 

La campagne électorale n’est pas encore lancée. Peu importe, Sylvie Legault appelle les indépendantistes à se rallier derrière le Parti québécois lors du prochain scrutin. « On va faire le pays et après ça, si vous voulez, vous irez avec Québec solidaire ou un autre parti d’opposition. On n’est pas assez nombreux pour se fragmenter. »

 

Étudiant au cégep de Jonquière, Alexis Deschênes avait 17 ans « et quelques mois » lors du référendum du 30 octobre 1995. « C’était triste, mais je me suis dit : ce n’est pas grave, on va se reprendre », confie-t-il à l’autre bout du fil. À ses yeux, « c’est le devoir de chaque génération que de porter, peu importe le contexte politique, le plus loin possible cette idée d’indépendance », fait-il valoir.

 

Plusieurs se sont étonnés de voir le candidat du PQ dans la circonscription de Trois-Rivières réciter une profession indépendantiste à chaque sortie médiatique ou presque. « Je vais faire de la politique pour l’indépendance. Peu importe les sondages, j’y crois, à cette idée. Et mon engagement n’est pas conjoncturel », soutient l’ancien correspondant parlementaire à l’Assemblée nationale. « Les raisons qui me motivent, moi, à faire de la politique, c’est d’abord le projet d’indépendance du Québec. Je trouve qu’il n’y a pas plus beau projet politique que de se battre pour la liberté de sa patrie », plaide le jeune avocat.

 

D’ailleurs, le ministre Yves-François Blanchet, semble avoir été emporté par un certain enthousiasme cette semaine lorsqu’il a relevé publiquement que chaque « cycle » de gouvernement a donné lieu à un référendum sur la souveraineté du Québec. « On [est] peut-être dans une perspective d’un mandat majoritaire, ça pourrait être très stimulant pour les militants [puis] qu’il n’y avait pas eu de cycle péquiste sans consultation sur la souveraineté », a-t-il déclaré à l’entrée du Conseil des ministres mercredi. Il s’est toutefois gardé de prédire la tenue d’un troisième référendum au cours du prochain mandat de l’équipe du PQ.

 

Sylvie Legault, Pierre Céré et Alexis Deschênes se sont réjouis de voir la première ministre Pauline Marois s’engager il y a trois semaines à déposer un livre blanc sur l’avenir du Québec si elle est réélue. La proposition de la chef du PQ est « très emballante », dit Alexis Deschênes. Il s’agirait du premier exercice de consultation du genre depuis la Commission nationale sur l’avenir du Québec tenue avant le référendum de 1995. « Ça va être rafraîchissant que les Québécois puissent réfléchir ensemble sur leur destin national », dit-il.

 

La première ministre Pauline Marois serait mal avisée de se contenter de l’élaboration d’un livre blanc si elle se voit confier les rênes d’un gouvernement majoritaire à l’issue des prochaines élections. Des militants indépendantistes ne lui pardonneraient pas. « Nous serrons les coudes durant la campagne électorale. L’idée de tenir un livre blanc n’est pas mauvaise si on veut faire prendre la sauce au lendemain de l’élection d’un gouvernement majoritaire », explique un militant de longue date de la formation politique au Devoir, avant d’ajouter : « Mais, nous ne nous satisferons pas d’un livre blanc. Nous avons déjà joué dans ce film-là. Pauline Marois n’est pas sans savoir que le Parti québécois a la réputation de “ manger ses chefs ”. »

75 commentaires
  • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 1 mars 2014 01 h 00

    Sur les traces d'ON

    Voici que le PQ se lance sur les traces d'ON?

    Restera à voir ce que la Caquiste Marois décidera d'imposer à ces députés.

    Pour le moment, on a toujours plus de chance de voir la Souveraineté jaillir avec Amir Kadhir dans cette circonscription.

    • Jean-Marc Pineau - Inscrit 1 mars 2014 05 h 17

      Toujours beaucoup d'humour, chez les partisans de Québec solidaire ! :o)

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 1 mars 2014 06 h 19

      «le PQ se lance sur les traces d'ON?»

      Il est possible que le fils veuille dépasser le père, mais qu'il propose qu'il est arrivé avant, c'est génétiquement impossible !

      PL

    • Normand Carrier - Inscrit 1 mars 2014 07 h 19

      C'est vrai qu'en élisant Amir que vous verrez la souverainté apparaitre dans votre comté de Mercier !!! Mais sur une perspective plus large , comment pouvez-vous croire que QS prenne le pouvoir majoritairement et déclenche un référendum pour voir la souverainté jaillir ... Il faut a l'occasion être réaliste et savoir faire les bons choix ....

    • Claude Champagne - Inscrit 1 mars 2014 07 h 54

      Pardon! un instant il l'ON, n'ont rien inventé, et son programme trop disons avec 1% d'appui, a plutôt fait plouf... Dommage quand même, J.M. Aussant quelqu'un d'intelligent, a à coeur le Québec libre, crédible sur les finances. C'est de l'intérieur du PQ qui faut débattre sa vision et non le vote diviser. Si tous ceux qui quittent fondent un parti, on est faite, cuit, comme en Italie, quelque chose comme 15 partis, qui se tapent dessus, un nouveau gouvernement à chaque 6 mois. Avant l'On sait le PQ, et avant c'était le RIN et avant c'était les Chevaliers de l'indépendance etc. "la souveraineté oui mais pas nécessairement la souveraineté" Amir Kadir.

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 1 mars 2014 12 h 47

      Je ne suis pas de QS.

      Le point est le suivant: depuis 15 ans, ce n,est pas le PQ qui a motivé qui que ce soit à rêver de la Souveraineté.
      C'est depuis Aussant qu'une vague de gens se sont mis a en parler. Quant au PQ, ils doivent encore nous faire la preuve que le parti sera siincèrre, peu importe ce que pense ses candidats.

      SVP laissez tomber la mauvaise foi. Les ministres et députés péquistes se sont vu interdire d'en parler depuis que Marois est à la tête du partie. Faut quand même pas le nier. Fallait peut-être voir le ministre Cloutier se rétracquer devant les journalistes aux États-Généraux sur la Souveraineté pour en être totalement convaincu...

      Quand à Amir Kadhir, sa position est plus claire que Marois.

      Marois balaie le sujet sous le tapis sans le dire. Legault lui le dit que c'est pour plus tard si c'est à faire.

    • Gaetane Derome - Abonnée 1 mars 2014 14 h 04

      M.St-Pierre,

      Vous dites:"Les ministres et deputes pequistes se sont vus interdire d'en parler depuis que Marois est a la tete du partie."

      Alors,j'en deduis que cela fait longtemps que vous n'avez pas regarde le site internet du PQ et tous ses videos qui parlent de souverainete.On y voit meme le vice premier-ministre ministre,M.Gendron,dans un de ces video...

    • Gérard Pitre - Inscrit 1 mars 2014 16 h 47

      À Remi-Bernard St-Pierre. Tant et aussi longtemps que Q.S ne réussira pas à sortir du Plateau Mont-Royal, ils seront incapables de faire plus que ce qu'ils font à l'heure actuelle: critiquer pour critiquer. AMir Kadhir dans son premier mandat, était très efficace, mais comme tout politicien, il a tombé dans la routine. Il radotte plus souvent qu'à son tour. Il est temps pour lui de rentrer à la maison. Oui je souhaite que le comté de mercier revienne dans le giron péquiste, tout comme gouin d'ailleurs. Pour passer le temps une fois revenu à la maison, Amir kahdir pourra toujours lancer des savates et des chaussures à qui mieux mieux. C'est un sport comme un autre. Québec solidaire est de plus en plus solitaire. Merci Gérard Pitre

    • Cyril Dionne - Abonné 1 mars 2014 17 h 23

      Trop drôle, le PQ sur les traces d'ON. ON n'existe plus avec son 1% de support tout comme ça sera le cas pour Québec solidaire après la prochaine élection.

      Un fait inusité pour ON, un parti qui se dit axé sur seulement l'indépendance du Québec. Plus de 20% de ses sympathisants voteraient non à un référendum si on se fie on sondage de novembre 2012 par Léger Marketing.

  • dietrik reinhardt - Inscrit 1 mars 2014 01 h 19

    Oui Oui et encore Oui!

    Par une victoire du PQ, je souhaite voir l'idée de referendum se profiler! Je veux voter et je veux que la population soutienne cet idéal! Un Québec souverain, berceau francophone de l'Amérique de Nord, tracer sa voie sans interférence de l'océan anglophone! Nous sommes un peuple fort et diversifié possédant tous les outils nécessaire pour faire de notre nation quelque chose d'encore plus grand et plus beau! On ne doit pas avoir peur comme en 1995! Votons oui et ca sera le cadeau qu'on se fera et qu'on merite!!!

    Dietrik Reinhardt

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 1 mars 2014 09 h 37

      En '95 on n'avait pas peur: '80 ou '95 la vraie question ne nous a jamais été posée!!!

      Céline A. Massicotte, indépendantiste de la prmière heure et électron libre

    • Guy Desjardins - Inscrit 1 mars 2014 11 h 17

      WO WO et encore WO! M. reinhart, comme mon voisin cultivateur demandait à ses chevaux d'arrêter. Ne mettez pas la charrue devant les "beux". Il est certain que les Péquistes pensent à la séparation si le PQ devient majoritaire. Ce qui n'est pas automatique. En plus sera t'il élu? J'ai une hâte épouvantable à la confrontation des chefs de Parti à savoir qui est le plus crédible pour diriger le Québec. Votre chef de parti Mme Marois veut restreindre les confrontations. Déjà un début pour ne pas tout savoir sur les dépenses du Gouvernement. Il me semble que si l'on veux que la population soit bien informée il ne faut pas minimiser sur les rencontres. Surtout avec un chef bien chevronné comme M. Legault sur les finances.

    • Jacques Moreau - Inscrit 1 mars 2014 12 h 23

      Est-ce que les municipalités fusionnées de force avec des grandes villes centrales, pourront elle aussi retrouver leur "souveraineté" municipale? Nous avions pourtant voté à un référendum pour la "défusion" promise par les Libéraux pour se retrouver "aggloméré" à Longueuil.

  • Mario Leroux - Inscrit 1 mars 2014 01 h 25

    Hum

    Je crois qu°il faut que ce soit clair avant d°aller aux urnes.Y aura-t-il un troisième référendum si le PQ est élu avec une majorité de députés?Il se peut que cette sortie de Mme Legault divise les troupes souverainistes!

  • Marcel Bernier - Inscrit 1 mars 2014 01 h 47

    On se permet un avenir à notre mesure…

    Ce pays du Québec se vit à l’intérieur de chacun de nous, d’abord et avant tout. Un référendum sur l’indépendance gagnant ne vient que confirmer notre volonté collective de vivre dans la pleine possession de notre autonomie politique auprès de nos voisins et de la communauté internationale.
    Si nous sommes prêts à assumer de plus grandes responsabilités, si nous sommes prêts à user de notre génie pour affirmer notre vision du vivre-ensemble, où est le problème!

  • Jean Martinez - Inscrit 1 mars 2014 03 h 13

    Éviter cette fois d'être naïf

    En 1995, dans des conditions exceptionnellement favorables (Échec de Meech, Lucien Bouchard avait failli mourir et était devenu littéralement un messie, etc.), le oui avait quand même perdu. Bien sûr, il y a eu fraude par le camp du non, mais il reste que le Québec n'a pu à cette époque accéder à son indépendance, même si 61% des francophones et 80 comtés sur 125 ont voté oui. En 1995, 83% de la population québécoise était francophone, alors qu'aujourd'hui c'est 80%. Et les non-francophones sont tout aussi canadiens qu'ils l'étaient à l'époque. En outre, les 18-30 ans n'ont pas connu les grandes luttes nationales du passé, alors que c'était eux qui portaient l'idée de pays en 1995.

    Donc ce que je dis aux candidats trop pressés, c'est "calmez-vous!". Avant même de penser à un référendum sur la souveraineté, il serait sans doute préférable d'abord de ramener l'idée à l'avant-scène avec un nouvel argumentaire.

    Et cette fois-ci, il faut que l'indépendance soit faite AVANT le référendum, qui viendrait l'avaliser. Le référendum ne doit plus être un processus d'enclenchement de négociations menant vers l'indépendance, car de toute façon il est clair que la prochaine fois, le gouvernement fédéral va tricher, comme lors des deux fois précédentes. Le gouvernement du Québec doit se servir de sa majorité pour FAIRE l'indépendance et ne demander la "permission" (par voie référendaire) qu'une fois celle-ci presque acquise.

    • Jean-François Houle - Inscrit 1 mars 2014 11 h 26

      Voilà qui est bien dit!

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 1 mars 2014 17 h 06

      Rêver en couleur.

      Jusqu'ici on est arrivé à rien en demandant quoi que ce soit au fédéral, bon, y a la clause nonobstant, mais aussi et surtout la cour la cour suprême qui nous barre toujours le chemin, et là, par miracle on pourrait pratiqement réaliser l'indépendance sans l'avoir demandé aux Québecois?

      C'est peut-être bien dit, mais c'est irréalisable. Et ça ne serait pas beau au Québec pendant la période référendaire, encore pire que ce le fut avec la charte et son interdiction des signes dits ostentatoires. Marois se fie beaucoup sur les sondages, mais ceux fait avant la période électorale sont souvent trompeurs... Le vent peut changer.

    • Cyril Dionne - Abonné 1 mars 2014 17 h 26

      Je suis d'accord avec M. Houle. Très bien dit M. Martinez!