Diane Lemieux appelle la FTQ-C à nettoyer son organisation

Diane Lemieux ne comprend pas pourquoi les délégués syndicaux mis en cause à la commission Charbonneau sont toujours en poste à la FTQ-Construction.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Diane Lemieux ne comprend pas pourquoi les délégués syndicaux mis en cause à la commission Charbonneau sont toujours en poste à la FTQ-Construction.

La FTQ-Construction (FTQ-C) n’a pas tiré les leçons qui s’imposent des travaux de la commission Charbonneau.

 

C’est du moins l’opinion de la p.-d.g. de la Commission de la construction du Québec (CCQ), Diane Lemieux.

 

Elle a été piquée au vif par les révélations des derniers jours sur la discrimination et l’intimidation dans les chantiers de la Côte-Nord.

 

« Les associations syndicales doivent écarter leurs délinquants chroniques, dit-elle. À l’International, je sens qu’ils sont en train de bouger. Mais à la FTQ-Construction, ils ne sont pas là du tout, et c’est la plus grosse centrale. »

 

La plupart des délégués syndicaux de la FTQ-C mis en cause à la commission sont toujours en poste, dont Rénald Grondin et Michel Bezeau (Association des manoeuvres interprovinciaux), Bernard « Rambo » Gauthier (opérateurs de machinerie lourde), Éric Boisjoly (grutiers).

 

Reconnu coupable d’intimidation dans le but de ralentir le chantier de Rivière-aux-Renards, en 2010, Boisjoly est le directeur général adjoint de la FTQ-C. La centrale interjette appel de sa condamnation prononcée en février dernier.

 

Bernard Gauthier et Michel Bezeau ont aussi été reconnus coupables de discrimination pour avoir barré d’un chantier un travailleur affilié à la CSN-Construction.

 

« Comment se fait-il qu’ils soient toujours là ? s’interroge Mme Lemieux. Il y a des gestes à poser. On n’a pas besoin d’une autre loi pour “ sortir ” les délinquants. »

 

Le directeur général de la FTQ-Construction, Yves Ouellet, a invité Mme Lemieux à plus de modération. « Je n’irais pas lui dire comment gérer sa boîte. J’apprécierais qu’elle en en fasse autant », a-t-il commenté.

 

M. Ouellet a tenu à rectifier le tir sur le cas d’Éric Boisjoly. Il a été promu en 2012 à titre de directeur adjoint, alors que sa condamnation est survenue tout récemment. « Est-ce qu’on peut respecter le fait qu’il [interjette] appel avant d’exiger des choses ? » demande-t-il.

 

Il a invité la p.-d.g. de la CCQ à faire le tour des chantiers pour constater que les problèmes de discrimination et d’intimidation sont largement exagérés. « Les travailleurs sont solides. C’est pas vrai qu’ils ont peur de dénoncer, et je les encourage à le faire », a dit M. Ouellet.

 

Renforcement positif

 

L’industrie de la construction doit cesser d’obéir à la loi du silence, estime Mme Lemieux.

 

Elle invite les travailleurs et les entrepreneurs à dénoncer les actes d’intimidation et de discrimination à la CCQ. « Le silence ne protège personne, insiste-t-elle. Je comprends que les gens dans l’industrie puissent craindre des représailles, mais on tourne en rond. Le changement passe par la dénonciation. »

 

Depuis 2005, la CCQ a reçu un total de 614 plaintes en discrimination syndicale. C’est peu si l’on compare ce nombre avec l’avalanche de cas accablants traités à la commission Charbonneau.

 

La CCQ a une pente à remonter, reconnaît la nouvelle p.-d.g. de l’organisme. Pendant des années, le copinage au sommet entre les dirigeants de l’organisme, des entrepreneurs et des leaders syndicaux a amoindri la volonté de la CCQ d’enquêter sérieusement sur les dérives.

 

Le coup de barre donné par les libéraux, qui ont renforcé les mesures pour lutter contre la discrimination et l’intimidation, en plus d’abolir le placement syndical, ont inauguré une nouvelle ère à la CCQ.

 

Lors des perturbations de 2011 dans les chantiers, la CCQ a reçu 389 signalements. Les enquêtes ont mené au dépôt de 225 poursuites pénales.

 

« Je peux comprendre qu’il y avait moins de confiance envers les autorités, et en particulier envers la CCQ à une certaine époque. Mais on a fait nos preuves. On travaille mieux, et on travaille en lien avec la Sûreté du Québec », affirme-t-elle.

 

Responsabilités partagées

 

Dans la foulée de la commission Charbonneau, la CCQ a établi des liens avec les principaux donneurs d’ouvrage publics dans la construction, Hydro-Québec et le ministère des Transports.

 

Des entrepreneurs ont déploré lors de leur passage à la commission Charbonneau le fait qu’ils ont été parfois laissés à eux-mêmes par les autorités.

 

« Il faut faire une réflexion sur le rôle des donneurs d’ouvrage, reconnaît Mme Lemieux. Il faut casser la dynamique de compromis et d’arrangements avec les syndicats, qui finissent par être des pièges. Les autorités publiques doivent faire leur job. »

 

La CCQ prend bonne note des critiques sur le nouveau mode de placement dans la construction. Depuis l’automne dernier, la CCQ a pris le relais des syndicats pour le placement de la main-d’oeuvre auprès des entrepreneurs.

 

Le système est imparfait, mais la CCQ entend bien l’améliorer.

 

À terme, le carnet de placement sera un instrument très puissant pour lutter contre la discrimination. L’outil informatisé permettra de suivre l’évolution des embauches, selon les corps de métiers, les régions et l’allégeance syndicale. Les données permettront de détecter les comportements à risque. « Et ces données seront rendues publiques », promet Diane Lemieux.

***

À la défense de Laurent Lessard

Diane Lemieux se porte à la défense de l’ex-ministre du Travail Laurent Lessard, montré du doigt à la commission Charbonneau par deux entrepreneurs pour son manque d’écoute quant aux problèmes de discrimination et d’intimidation. Mme Lemieux, qui fut ministre du Travail péquiste de 1998 à 2001, n’aurait pas réagi différemment de son homologue libéral si des entrepreneurs lui avaient fait part de soupçons. « Quand on regarde ça avec les yeux d’aujourd’hui, c’est facile de jouer aux gérants d’estrade », dit-elle. M. Lessard a adopté des mesures pour lutter contre la discrimination et l’intimidation syndicales dans les chantiers, rappelle-t-elle.


 
7 commentaires
  • danny mansour - Inscrit 22 février 2014 09 h 45

    voeux pieux

    j'ai du prendre un avion de force surveillé par des gros bras de centrale syndicale, eux qui détruisaient le chantier, ça a coûté plus de 10 millions en dommage (baie-james).

    j'ai aussi vue toute une ville (sept-îles) être prise en otage par des syndicalistes armées, ils cassaient tout et incendiaient des véhicules devant moi, une personne est morte devant moi pendant une émeute pour libéré les trois chefs syndicaux que robert bourassa avait fait emprisonner.

    je viens de la côte-nord, et je connais bien l'intimidation et la violence don fait preuve la FTQ-c.

    certain s'imagine que nous vivons dans un pays libre et sécuritaire, d'étrompez vous, des gens, des honnêtes pères de familles se font intimidés par des gros bras de la FTQ-C et le gouvernement ne fait absolument rien.

    ne regardez pas ce qui ce passe en russis, c'est ici que cela se passe.

    vous pouvez sucré mon texte a la modération, mais c'est la vérité quand même.''

  • André Michaud - Inscrit 22 février 2014 11 h 06

    Tutelle ?

    Pourquoi ne pas mettre le syndicat sous tutelle et faire faire des enquêtes plus approfondies ?

    M.Lessard comme les autres ministres ont peur de la FTQ! Un organisme qui se tient avec le crime organisé peut être perçu comme très menacant.

  • Simon Chamberland - Inscrit 22 février 2014 12 h 00

    Les inspections sur les chantiers ?

    Quelles leçons peut-elle donner alors qu'elle coupe les inspections sur les chantiers ?

    Même son système de placement ne fonctionne pas bien, des mois après sa mise en place.

    Qu'elle commence par bien gérer la CCQ.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 23 février 2014 12 h 26

      La CCQ ne coupe pas les inspecteurs sur les chantiers, elle cesse de faire de ses inspecteurs l’extension du bras de la FTQ Construction.

      « L’automatisme que les syndicats avaient d’appeler à la CCQ — des fois, ils appelaient même des inspecteurs individuellement sur leur cellulaire — et de dire, de donner l’ordre: ‘‘va là’’, c’est ça que je veux briser, c’est ça que je suis en train de briser. Je peux comprendre que ça les fait réagir, parce que jusqu’à récemment, c’était l’approche. [Avant], les inspecteurs de la CCQ, c’était le prolongement de leur action syndicale », explique Mme Lemieux.


      http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom

  • Normand Murray - Inscrit 22 février 2014 14 h 01

    Peu importe.

    De qualifier les faits par des appelations d'intimidation et discrimination lorsque les termes appropriés sont plutot extorsion, chantage,voie de fait, agression est déconcertant.Peu importe le dénominateur commun est que malgré les doléances des victimes l'inaction était au rendez vous.Quelle en était la raison? Seul les principaux concernés peuvent y répondre.

  • Denis Paquette - Abonné 23 février 2014 06 h 59

    Une sorte d'abus de pouvoirs

    Peut etre faudrait-il revoir les règles concernant les agents d'affaire et faire disparaitre ces clauses d'exclusions qui permettent de passer outre aux règles et reglements, légitimement votés, une sorte d'abus de pouvoir