Le gouvernement veut que «l’argent suive le patient»

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

C’est une petite révolution qui se prépare dans le système de santé québécois : le gouvernement Marois a confirmé jeudi qu’il adopte le virage vers un « financement axé sur les patients ». Dans le futur, ces derniers deviendront une « source de revenus plutôt qu’une source de dépenses », souhaite-t-on.

 

Québec fait ainsi « entièrement siennes » les recommandations d’un comité d’experts mandaté par le gouvernement Charest en mars 2012 pour explorer le financement axé sur les patients. Le rapport du comité (quelque 250 pages) a été présenté jeudi en même temps que le budget.

 

55 millions sur deux ans

 

Le gouvernement investira 55 millions sur deux ans pour soutenir l’implantation du financement axé sur les patients. Celui-ci se fera de manière progressive, sur quatre ans, et Québec expliquera « prochainement » comment il entend procéder. On sait toutefois que l’élargissement du Programme d’accès à la chirurgie sera une première étape.

 

La méthode de financement axé sur le patient est déjà en pratique dans plusieurs pays. Essentiellement, il s’agit d’établir un lien direct entre « le patient, les soins prodigués et leur financement », de manière à ce que « l’argent suive le patient ».

 

Dans un tel système, les ressources sont attribuées aux établissements en fonction des patients traités, du type de services fournis et de leur volume. C’est donc le service rendu aux patients qui détermine le financement qu’obtiennent les établissements de santé — au contraire du financement actuel « fondé sur un budget global et historique ».

 

Les paramètres du financement axé sur les patients tiennent compte de la complexité des cas et de la qualité des soins dispensés. Mais il implique que l’État connaisse le coût complet d’un traitement médical, du diagnostic au rétablissement, ce que Québec avoue être incapable de chiffrer aujourd’hui.

 

Les économies de coûts souhaitées en implantant cette méthode n’apparaîtront pas du jour au lendemain : on vise le « moyen terme ». Mais la méthode permettra d’identifier les établissements plus performants et les écarts de coûts pour des actes semblables.

 

La décision de Québec a été bien accueillie par le chef libéral, Philippe Couillard, et par l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux, favorable à une telle approche. Député de Québec solidaire, Amir Khadir estime pour sa part qu’il s’agit d’une méthode qui favorisera ultimement les cliniques privées.

 

Coûts du système

 

Par ailleurs, le budget prévoit que le système de santé — qui accapare 49,3 % des dépenses de programmes — verra ses coûts augmenter de 3 % en 2014-2015, soit de 976 millions. Dans son dernier budget, le gouvernement s’était pourtant engagé à augmenter les budgets de la santé de 4,8 %, a rappelé jeudi l’AQESSS.

 

Selon les fonctionnaires présents au huis clos, le défi de contrôler à 3 % la hausse impliquera « des efforts de contrôle des coûts ». Mais ils ne pouvaient préciser quoi, ni comment.