Les employés de l’État et les médecins dans la ligne de mire

Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux

Le gouvernement Marois compte freiner la hausse importante des coûts de rémunération des employés de l’État, et surtout des médecins, en tenant compte de la « capacité de payer des contribuables ».

 

La rémunération des 430 000 employés des secteurs public et parapublic, y compris les avantages sociaux, représente 59 % des dépenses de programmes — la somme considérable de 37,3 milliards de dollars par année.

 

Il faut ajouter à cela 6,1 milliards versés aux 18 000 médecins en 2013-2014, après des hausses de rémunération sans précédent de 67 % qui leur ont été consenties depuis cinq ans. Cette croissance de 8,9 % par année, depuis 2008-2009, a été accordée aux médecins pour ajuster leurs conditions à celles du reste du Canada.

 

Le ministre Nicolas Marceau compte renégocier l’entente avec les médecins pour étaler sur une plus longue période les augmentations prévues pour les deux prochaines années. « Au terme des ententes actuelles [conclues en 2007 et en 2011], des hausses de rémunération importantes auront été consenties aux médecins au cours des dernières années. Leur financement aura nécessité des efforts de l’ensemble des contribuables québécois », indique le budget déposé jeudi.

 

Il n’en fallait pas plus pour hérisser les fédérations médicales. Elles ont dûment rappelé que l'an dernier, elles avaient proposé des aménagements pour étaler les hausses consenties, mais Québec s'est retiré inopinément des discussions. Les médecins ont montré une ouverture pour discuter à nouveau du report des augmentations. Mais, rappelle le syndicat des omnipraticiens (FMOQ) par voie de communiqué, «les ententes actuellement en vigueur ont été négociées de bonne foi par toutes les parties. Toute action unilatérale de [la] part [du gouvernement] pour la renier serait odieuse à nos yeux et jugée totalement inacceptable par la profession médicale».

 

Affrontement en vue

 

Les syndicats attendent le gouvernement de pied ferme en vue du renouvellement des conventions collectives des employés de l’État, qui viennent à échéance le 31 mars 2015. Ils ont obtenu des hausses salariales de 7,5 %, dont 0,5 % était lié à la croissance économique, depuis 2010.

 

« Avec ce qui est annoncé dans ce budget, il faut se demander si le gouvernement ne cherche pas l’affrontement » avec la fonction publique, a réagi Jacques Létourneau, président de la CSN.

 

Le ministre Marceau a beau affirmer qu’il tient à offrir une rémunération « concurrentielle » aux employés de l’État, le chef de la CSN soutient que les travailleurs du secteur public ont un retard salarial de 8,3 % par rapport aux autres salariés québécois, d’après l’Institut de la statistique du Québec.

 

Tous les syndicats ont déploré que l’atteinte de l’équilibre budgétaire passe par un contrôle serré des dépenses plutôt que par de nouvelles sources de revenus. Ils ont réclamé un vaste débat public sur la fiscalité. « Il y a une limite à faire porter l’équilibre budgétaire sur le dos des employés du secteur public », a réagi Louise Chabot, présidente de la CSQ. « On peut s’attendre à ce que le gouvernement annonce qu’il coupe dans les services parce qu’il n’a plus les moyens de payer. »

 

La plus grande part des nouveaux revenus ira au remboursement de la dette, a souligné la FTQ. « Pour 2014-2015 uniquement, c’est près de 1,6 milliard de dollars, des sommes sonnantes et trébuchantes, qui sont détournées dans le seul but de rembourser la dette », a affirmé Serge Cadieux, secrétaire général de la FTQ. La santé, l’éducation et les autres programmes sociaux écopent, selon lui.

2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 21 février 2014 11 h 30

    Le coût net d'un fonctionnaire du Québec

    Quand on fait le calcul jusqu'au bout, on découvre que chaque fonctionnaire coûte tout près de 87 000 $ par année. Or, il s'agit de toute évidence d'un calcul brut. On préfère présenter ce chiffre à la population car ça t et ça sert les intérêts de ceux qui voudraient bien voir fondre cette fonction publique.

    Au départ, la rémunération ainsi que la contribution de l'employeur aux avantages sociaux sont entièrement imposables. Autrement dit, on verse 10 $ de la main droite mais on retient immédiatement 2 $ (fédéral exclus) de la gauche. Vu de façon purement comptable, c'est normal de procéder ainsi. On détaille les dépenses mais pas les revenus d'impôts. Et on ne croit pas nécessaire de dire que les fonctionnaires sont des contribuables qui paient eux aussi une partie de leur propre salaire.

    Parallèlement aux impôts, les fonctionnaires sont aussi des consommateurs qui paient des taxes à la consommation. Plus son pouvoir d'achat est élevé, plus il consommera de biens taxables. Ça s'ajoute à sa contribution à son propre salaire.

    Est-il enfin nécessaire de préciser que comme salarié de l'état, il ne peut, contrairement à bien des travailleurs du privé, dissimuler ses revenus liés à son travail (son travail de fonctionnaire). Les fonctionnaires sont plutôt rares dans les paradis fiscaux.

    S'il fallait écouter le CPQ et les chambres de commerce, on remercierait demain matin la moitié des employés de la fonction publique, et on rémunérerait ceux qui restent au salaire minimum, sans avantages sociaux, comme chez McDo, mais sans pourboires.

    Peut-on encore ignorer que l'élément le plus important des luttes syndicales des 70 dernières années a été l'augmentation du pouvoir d'achat de la classe moyenne, ce qui a peut-être surtout servi le système capitaliste moderne, basé sur la consommation. Plus de pouvoir d'achat, plus de pouvoir d'emprunter, avec forte incidence sur le niveau de consommation. Qui en profite le plus ?

  • Leclerc Éric - Inscrit 22 février 2014 12 h 14

    Eux-aussi devront très bientôt faire leur part

    Si vous jetez attentivement un p'tit coup d'oeil sur les généreuses conventions collectives des enseignants et de l'ensemble du personnel administratif et cadre de la fonction publique du Québec, vous pourrez constater que la majorité d'entre-eux ne «crèvent pas de faim».

    Un enseignant de niveau pré-scolaire-primaire reçoit au minimum au traitement horaire de 47,24$ l'heure, au collégial un minimum de 66,06$ l'heure et à l'université près de 100 $ l'heure, sans compter les avantages qui l'accompagnent.

    En plus de la sécurité d'emploi pour ceux et celles qui l'ont obtenue (s'ils ont été embauchés dès 1997), ces employés de l'état cotisent au plus généreux régime de retraite existant, ce qui leur assure un revenu de retraite au moins deux fois plus important que l'ensemble des travailleurs québécois.

    À quoi bon sortir les pancartes aux quatres ans quand ont a toujours plus et encore?