Près de 30 % de hausse en deux ans

Photo: Yan Doublet - Le Devoir

Après 10 ans de gel, les tarifs des services de garde éducatifs à contribution réduite subiront une hausse de près de 30 % en deux ans si le plan budgétaire du Parti québécois est appliqué. Celui-ci prévoit ensuite une indexation annuelle pour ce service autrefois offert à 5 $.

 

Au 1er septembre 2014, le gouvernement Marois prévoit de faire passer de 7 $ à 8 $ la contribution quotidienne des parents qui ont un enfant dans le réseau. En septembre 2015, ce tarif passera à 9 $. Il sera par la suite indexé — Québec prévoit une hausse de 0,20 $ en 2016. Le bond de 2 $ en deux ans correspond à une augmentation de plus de 28 %, soit un peu plus de 500 $ par enfant chaque année.

 

Le PQ avait promis de ne pas toucher aux tarifs du réseau durant le mandat actuel. Québec fait valoir qu’au moment de la création du réseau des services de garde à 5 $, en 1997, la contribution parentale se situait à 20 % du financement total. Au fil des ans, et malgré une augmentation de 2 $ des tarifs en janvier 2004, la contribution des parents n’a cessé de perdre de l’importance, pour s’établir à 13,4 % en 2013-2014.

 

C’est que depuis 10 ans, le développement du réseau des CPE et autres services de garde en milieu scolaire a pratiquement fait doubler les coûts de fonctionnement du système. Établis à 1,54 milliard en 2003-2004, ils étaient de 2,71 milliards en 2013-2014. Cette même année, Québec a investi 2,34 milliards dans le réseau.

 

Plus concrètement, pour une place en centre de la petite enfance, la contribution annuelle (260 jours) des parents s’élève aujourd’hui à 1820 $, par rapport à un coût total de 15 379 $, rappelle le budget.

 

Fardeau fiscal

 

Les augmentations de tarifs annoncées jeudi ramèneraient la contribution parentale à 16 % de l’ensemble des coûts de garde, note Québec. Ce faisant, le gouvernement y gagnera 32 millions en 2014-2015, 90 millions l’année suivante et quelque 125 millions pour 2016-2017.

 

Le ministre Nicolas Marceau a soutenu ne pas craindre une réaction négative de la population. « La hausse des tarifs est introduite parce qu’il faut stabiliser le financement de nos services de garde,a-t-il dit. Les sommes vont aussi servir à compléter le réseau », qui devrait compter 250 000 places à terme, en décembre 2016.

 

Mais pour le chef de l’opposition, Philippe Couillard, la hausse est « trop rapide, trop soudaine pour les contribuables ». En campagne électorale, le Parti libéral prônera plutôt une indexation des coûts, à partir du tarif actuel de 7 $.

 

Selon François Legault, chef de la CAQ, la hausse des tarifs dans les services de garde illustre bien le sens général du budget Marceau, qui augmente d’après lui le fardeau fiscal des Québécois alors que « les familles sont déjà surtaxées ». Quant à Amir Khadir, de Québec solidaire, il estime que la mesure est à l’image d’un « budget antisocial ».

 

À la CSQ, qui représente des milliers d’éducateurs en garderie, la présidente Louise Chabot s’est dite « fâchée » de la hausse annoncée. « En choisissant l’augmentation et l’indexation, on va perdre de vue que c’est un régime universel. On vient de dénaturer le réseau des CPE », pense-t-elle.

 

La présidente de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), Hélène Gosselin, soutient l’idée d’un tarif à 8 $, mais craint le « choc tarifaire » que causerait le bond à 9,20 $ en 2016. « Ça pourrait venir [limiter] l’accès des familles à faible revenu aux CPE. Ce sont les premières à être affectées par les hausses »,dit-elle, soulignant que le budget n’évoque aucune mesure d’atténuation pour ces ménages.L’AQCPE promet de consulter ses membres au sujet de la hausse annoncée.


Avec Philippe Orfali

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