«Mourir dans la dignité» échappe au vote

La ministre Véronique Hivon, qui porte ce dossier, a fait un appel <em>«à la raison, au cœur de tous les parlementaires»</em>.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La ministre Véronique Hivon, qui porte ce dossier, a fait un appel «à la raison, au cœur de tous les parlementaires».
Les parlementaires ont quitté le salon bleu à 18 h jeudi sans avoir voté sur le projet de loi 52. Il mourra vraisemblablement au feuilleton, ayant échappé au vote après le refus du Parti libéral du Québec de prolonger les travaux parlementaires.

La ministre Véronique Hivon n’a pas caché sa déception en point de presse à 15 h, alors que le destin du projet de loi sur les soins de fin de vie et l’aide médicale à mourir semblait scellé. « La population est perdante. La démocratie vit un jour difficile », a-t-elle estimé.

Chronique d’une mort annoncée

La Coalition avenir Québec et Québec solidaire avaient donné leur consentement, mais le Parti libéral du Québec a refusé de poursuivre les échanges sur le projet de loi 52 à l’heure du midi et en soirée jeudi, ce qui a tué tout espoir de procéder au vote avant la relâche. Si des élections sont déclenchées, le projet de loi sur les soins de fin de vie et l’aide médicale à mourir mourra au feuilleton.

Cela paraît improbable, mais le projet de loi pourrait encore être débattu le 11 mars, avant le débat sur le budget, si tous les partis y consentaient. Mais Véronique Hivon n’a pas montré une grande ouverture devant cette possibilité. « À partir du 11 mars, c’est le débat sur le budget qui aura préséance. Ce qu’on voulait, c’était protéger le projet de loi des aléas qui viennent avec le dépôt d’un budget », a-t-elle plaidé.

« Ce qui rend ce projet de loi politique et partisan aujourd’hui, c’est la décision de Mme Marois d’aller en élection », a accusé de son côté le chef du PLQ, Philippe Couillard. Selon lui, le gouvernement a créé un « sentiment d’urgence artificiel » autour du projet de loi. Il explique son refus de siéger plus longtemps pour permettre le vote en affirmant qu’il refuse de « tomber dans le panneau » d’une « manœuvre bassement partisane du Parti québécois ». M. Couillard a en outre affirmé qu’il était hors de question de limiter le temps de parole de ses députés sur une question aussi importante.

Le leader du gouvernement, Stéphane Bédard, alors que la mort au feuilleton plus que probable du projet de loi se profilait à l’heure du midi, a affirmé qu’il vivait le « moment le plus décevant » de toute sa carrière. « C’est faux qu’on manque de temps, a-t-il martelé en conférence de presse. J’aurais accepté d’entendre jusque dans la nuit ceux qui voulaient s’exprimer. »

Stéphane Bédard et Bernard Drainville ont tous deux mis en doute le leadership de Philippe Couillard dans la journée. Selon M. Bédard, M. Couillard a « abdiqué ses responsabilités. Je pense qu’il souhaitait surtout ne pas voter sur le projet de loi 52 ».

Rendez-vous reporté

La CAQ et Québec solidaire ont déploré la tournure partisane des événements, accusant tant le gouvernement que les libéraux. « Ceux qui sont les plus pénalisés, ce sont les gens qui souffrent ; ils auront raison d’être déçus », a lancé la députée caquiste Hélène Daneault.

Françoise David « renvoie le PQ et le PLQ, deux adolescents, dos à dos ». « Ç’aurait pu se terminer ce soir. Le PQ a créé la crise de toutes pièces, mais le PLQ se refuse à la résoudre. Nous étions tous prêts à rester jusqu’à minuit. »

Si des élections sont déclenchées, le projet de loi pourra être ramené au calendrier au retour des parlementaires à Québec, peu importe la couleur du nouveau gouvernement : tant le PLQ que le PQ s’y sont engagés.
57 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 20 février 2014 14 h 41

    Pas de presse!

    D'accord avec Philippe Couillard. C'est quoi tout cet énervement! Prenons tout le temps qu'il faut pour que tous les députés qui le souhaitent puissent se prononcer une dernière fois en Chambre sur cet important projet de loi, sans aucun doute le plus important depuis plusieurs années.


    Michel Lebel

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 20 février 2014 15 h 30

      Je crois que vous avez raison, sauf que la façon de Couillard de présenter ça ne l'avantage pas et donne l'impression que lui même use de partisannerie. Il aurait dû, à mon avis, se servir des argument qui sont les vôtres et non pas s'en prendre à la présumée partisannerie du P.q. une position boomerang.

    • Nicolas Bouchard - Abonné 20 février 2014 16 h 03

      Il est minuit moins cinq car le gouvernement pourrait tomber à tout moment en raison du budget ou encore pourrait décider d'aller en élections.

      Mais comme vous êtes contre le projet de loi en partant, cela vous arrange. Ce sont 4 années de travail non-partisan qui seront gaspillé mais il semble que si cela peut empêcher de faire passer un projet dont vous êtes contre, le prix n'est jamais trop élevé.

      Nicolas B.

    • Yvon Bureau - Abonné 20 février 2014 16 h 11

      M. Lebel, les députés peuvent tellement autrement faire connaitre leurs réflexions à leurs électeurs, concernant leur intention de voter pour ou contre.

      Bien plus, ils avaient tellement de possibilités autres pour les rejoindre durant la dernière année, même après l'adoption du PL52 modifié et adopté.

      Je ne sens aucune fierté et aucune admiration, contrairement à vous, pour M Couillard. Et cela depuis sa stratégie douteuse et de bas niveau de l'Adoption de principe du 29 octobre dernier, moment où 25 députés libéraux ont voté contre, ont voté pour mettre aux poubelles 4 ans de travail parlementaire remarquable et remarqué à travers le Canada et ailleurs. Honte à lui. Je vous salue monsieur Lebel.

    • Carroll Roy - Inscrit 20 février 2014 16 h 28

      Je pense plutôt que c'est une tactique des partis de l'opposition.
      Pensez vous que l'opinion de ces députés va changer quelque chose.

      Par tactique électorale, ils viennent de manquer une belle occasion pour nous montrer que parfois, sans égard à la ligne de parti, on peut adopter un bon projet de loi, même s'il est parainé par un parti qu'on aime pas.

      J'appelle cela, agir avec imbécilité.

    • Gaetane Derome - Abonnée 20 février 2014 17 h 06

      Tant qu'a moi,ce projet de loi meme s'il est populaire ne presse pas parce que je suis contre pour plusieurs raisons mais surtout par peur qu'il y ait un glissement comme en Belgique.
      Cependant je n'approuve pas l'attitude de M.Couillard,il faut d'ailleurs se souvenir que c'est le PLQ qui avait entame ce processus sur l'aide medicale a mourrir et maintenant c'est ce meme parti qui ne veut plus voter pour ce projet de loi,du moins pas maintenant..On voit bien que M.Couillard ne veut que mettre des batons dans les roues du PQ.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 20 février 2014 19 h 42

      Magré que je sois pour "l'aide médicale à mourir", ce titre donné au projet de loi 52 me dérange beaucoup...

      Ce titre est un camoufflage et une prétension de classifier ce sujet dans le domaine de la santé- donc de juridiction provinciale- Il prétend ,de façon détournée, de parler et débattre d'un problème médical au lieu d'euthanasie..

      Or, l'euthanasie est sous législation d'ordre criminelle donc de juridiction fédérale...Les cas présentés devant la cour suprême seront facilement défaits..

    • Sylvain-Samuel Brûlé - Inscrit 21 février 2014 05 h 29

      C'est sûr que c'est une bonne décision, M. Lebel, c'est un libéral!

      Ça fait des années et des années qu'on vous voit sur toutes les plateformes (Le Devoir, La Presse, etc.) défendre les libéraux et les fédéralistes et critiquer les péquistes et les souverainistes. Vos interventions sont prévisibles...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 février 2014 06 h 03

      Ce n'est pas la première ou la dernière appellation frauduleuse qu'on entend Mme Wandelmaier, on a qu'a penser au «Système de santé» qui ne devrait s'occuper que des malades ou au Système d«'éducation» duquel sort plusieurs avec peut-être une «instruction» mais aucune éducation et que dire de cette nouvel appellation «la tyrannie de la majorité» ? Les mots ne semblent plus avoir ni aucun poids, ni aucun sens, ni aucune valeur.

      Je vous dit tout de même avec tout le sens que je peux y mettre : Bonne journée.

      PL

    • michel lebel - Inscrit 21 février 2014 06 h 47

      J'ai de la difficulté à comprendre le calendrier de travail des députés! Comme si ce calendrier était immuable! Et je trouve aussi que nos honorables représentants sont bien souvent en (longues) vacances!!

      Ainsi ce projet de loi 52 aurait pu être adopté (je demeure opposé à ce projet) ce vendredi et le lendemain, si nécessaire, permettant aux députés qui le souhaitent de s'exprimer, sans précipitation et avec le décorum requis pour une future loi de cette importance. Mais ce ne fut pas le cas. À chaque parti et député d'en prendre la responsabilité.


      Michel Lebel

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 21 février 2014 08 h 05

      Effectivement, il n'y a pas de presse pour un projet de cette envergure et importance...

      D'autant plus , que, en pratique, l'aide médicale à mourir est pratiquée depuis très longtemps et de façon presque généralisée dans les hopitaux...Il suffit de la légaliser pour protéger l'équipe médicale impliquée..

      Que croyez-vous que la pompe à morphine, mise dans la main du patient terminal pour utilisation à volonté, fait en réalité?

  • Danielle - Inscrit 20 février 2014 14 h 58

    Les libéraux sont irresponsables et inconscients.

    • Huguette Proulx - Abonnée 20 février 2014 15 h 48

      En effet. Tant de petitesse et de basse partisanerie des députés libéraux me révulsent..

    • Carole Dionne - Inscrite 20 février 2014 19 h 49

      Mais pourquoi présenter un budget sitôt? le PQ pouvait attendre et aisni, cela passait. Bien non. Il faut marcher selon ce que le PQ décide. Bien, il a décider de présenter le budget en espérant rendre les autres partis coupables.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 20 février 2014 23 h 16

      Madame Dionne, c'est l'opposition qui a exigé le dépôt d'un budget.

      Le PLQ a particulièrement déchiré sa chemise pour qu'un budget soit déposé, en promettant du même souffle qu'il voterait contre.

    • Nicole Bernier - Inscrite 21 février 2014 07 h 29

      Mais personne n'a forcé le PQ de vouloir déclencher des élections... et de bâtir un calendrier en conséquence....

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 21 février 2014 08 h 17

      De plus, que, aller en élection sans présenter un budget, équivaut à demander un chèque en blanc aux voteurs...

      Aller en élection sans budget prête le flanc aux critiques de l'opposition avec la suspicion que le budget est pire qu'il ne l'ait et cache les vrais chiffres...

      Mais ce budget déposé sans révéler les coupures à tous les ministères est incomplet et manque d'honnêteté...

    • Johanne Bédard - Inscrite 21 février 2014 10 h 33

      Madame Houle, merci pour votre commentaire si pertinent. Nous en avons tellement besoin !

    • Daniel Lemieux - Abonné 21 février 2014 14 h 07

      Le PLQ ne gagnera pas beaucoup de votes avec cette stratégie...

  • Grace Di Lullo - Inscrit 20 février 2014 15 h 14

    Quelle déception devant tout ce beau travail

    J'ai écouté les travaux sur la chaine de l'Assemblée nationale.
    J'ai écouté les gens et les représentants d'organismes étant pour ou contre le projet de loi. J'y ai appris beaucoup de choses. J'ai parfois nuancé mon opinion sur le sujet.
    J'ai admiré le travail des parlementaires et de tous les partis politiques.

    et aujourd'hui j'apprends par cette nouvelle qu'on tue ce projet de loi, il n'était pas en fin de vie, mais bien tout prêt de naitre...

    Mémoires, travaux des parlementaire, études, discussions...en vain.

    Il faudra reprendre à zéro.

    Il me semble qu'il y a des côuts à cela, qu'il y a un processus démocratique peut respecter.

    Autant j'avais du respect pour les parlementaires participants à ces travaux, autant j'éprouve du dégout de voir que l'on ne s'interesse pas à la population, mais bien à des jeux de parlementaires.

    Quelle déception.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 20 février 2014 18 h 55

      Je suis également déçu que le projet de loi n'ait pas été voté. La partisannerie du PLQ est époustoufflante. Couillard tombe encore plus bas.

      J'espère que ce sera un des premiers projets de loi à être adoptés après les élections. Et sans trop risquer de se tromper on peut prédire que ce sera le PQ majoritaire.

    • Johanne Bédard - Inscrite 21 février 2014 10 h 51

      Madame Di Lullo,

      Merci à vous aussi pour ce judicieux commentaire. Vous avez tellement raison ; le représentant du parti libéral est clairement en panique devant le peu de marge manoeuvre qu'il possède.

      Il faut le comprendre, un jour, il fut ministre et maintenant, il voit très bien que son rêve d'être premier ministre du Québec est drôlement compromis. Comme Mme Daoust-Boivert le dit dans son article : «...Il (le projet de loi) mourra vraisemblablement au feuilleton...».

      Il ne faut présumer de rien, mais si M. Couillard reste sur sa vieille position de dénigrer, de s'opposer constamment aux projets de lois, et de lancer des flèches empoisonnées au parti au pouvoir, sa fragile popularité risque de le reléguer aux vieux rêves non réalisés.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 20 février 2014 15 h 24

    Décidément ça frise l'imbécilité...

    Couillard "Ce qui rend ce projet de loi politique et partisan aujourd’hui ... "

    Si ce projet n'était pas partisan, le simple bon sens il me semble fait qu'il ne peut le devenir. Le meilleur exemple est sans doute le projet de loi 60 (la charte) où une partie, celle concernant l'interdiction de signes dits ostentatoires, a pu, depuis le début, être considérée comme partisane, et continuera de l'être; tout comme ce nom hors sujet "charte des valeurs québécoises", qui a fini par disparaître mais non sans laisser de traces.

    Décidément, sauf l'apparence j'ai l'impression que cet homme n'a rien d'un chef: l'art consommé de se mettre les pieds dans les plats, surtout en refusant de voter pour un projet qu'il appuyait et qu'une large partie des Québécois appuie, tout ça pour une affaire d'élections: ne s'agit-il pas de partisannerie?

    Et la Commission Charbonneau qui s'aproche de Québec, Québec...

  • Paul Bertrand - Abonné 20 février 2014 15 h 24

    M. Couillard comme chef de l'opposition et medecin devrait savoir l'importance et l'impact de cette loi. Il a maintenant le fardeau de la preuve, élection ou non, c'était l'occasion idéale ( ratée ) de faire de la politique ''autrement'' et non partisane, bravo à la Coalition Avenir Québec et Québec Solidaire. Cette loi ne fait aucune distinction entre fédéraliste et souverainiste soi dit en passant. Il est beau d'avoir de belles théories mais il faut savoir mettre le tout en pratique, je vous souhaite bonne chance M. Couillard