La domination de l'International prouvée

Des conversations entendues à la commission Charbonneau lèvent le voile sur la mainmise de l’International sur certains chantiers. Sur la photo, Ken Pereira, l'un des travailleurs victime de représailles.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir / Archives Des conversations entendues à la commission Charbonneau lèvent le voile sur la mainmise de l’International sur certains chantiers. Sur la photo, Ken Pereira, l'un des travailleurs victime de représailles.
Les mécaniciens industriels affiliés au local 1981 de Ken Pereira, à la FTQ-Construction, étaient des moutons noirs au Québec. Les entrepreneurs n’osaient pas les embaucher par crainte de représailles de la part du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (CPQMC – International).

Les enregistrements des hommes de Ken Pereira, tels que Gilbert Vachon et Marc Allard, démontrent que leur changement d’affiliation syndicale, en juin 2006, joue pour beaucoup dans leurs malheurs. Ces travailleurs ont éprouvé de grandes difficultés à trouver du travail après avoir renié le local 2182 Millwright de l’International.

Ces conversations, entendues lundi à la commission Charbonneau, lèvent le voile sur la mainmise de l’International sur certains chantiers. Vachon, Allard et leurs comparses du local 1981 suscitaient la méfiance des entrepreneurs.

La simple mention du fait qu’ils étaient désormais affiliés à la FTQ-C suscitait un malaise palpable dans la voix des employeurs potentiels.

« Je fais partie “astheure” du 1981. Penses-tu que je vais être bon pour rentrer pareil ? », demande un mécanicien industriel prénommé Jacques à un entrepreneur inconnu.

« Oh ! Là, par exemple, mon homme. Oh ! Seigneur, là, je peux pas te le dire », réplique le patron.

Un autre entrepreneur anonyme ferme carrément la porte à Gilbert Vachon. « On fait affaire avec le local des 2182. Le local d’union, on peut pas se permettre de passer à côté de ça », lui dit-il.

Un nouveau témoin sera interrogé à ce sujet dans les prochains jours. Paul Faulkner, directeur général de l’International, a commencé son témoignage en fin d’après-midi.

La FTQ-C et l’International ont adopté une stratégie similaire dans leurs contre-interrogatoires respectifs avec l’enquêteur Michel Comeau. Ils ont remis en question la méthodologie, lui reprochant à mots couverts d’avoir manqué de rigueur. M. Comeau, un enquêteur spécialisé en crime organisé, connaît peu le droit du travail et les us et coutumes sur les chantiers.

Il s’est fié aux témoignages qu’il a recueillis sous le couvert de l’anonymat, en s’assurant d’avoir au moins deux sources pour corroborer les faits mis en preuve.

Il a concédé que les cas de discrimination syndicale observés sur les grands chantiers de la Côte-Nord ne sont pas généralisés à toute l’industrie.

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Hydro-Québec se défend

Hydro-Québec se lave les mains des irrégularités sur le chantier de la Péribonka. Selon la société d’État, il est de la responsabilité des entrepreneurs « de prendre les mesures nécessaires pour maintenir la paix syndicale sur un chantier et d’en assumer les coûts dans le cadre de leur contrat ». Hydro-Québec a voulu rectifier le tir, à la suite du témoignage de Michel Comeau. Celui-ci a affirmé lundi qu’une douzaine de grutiers de la FTQ-C avaient été payés à ne rien faire à la Péribonka pendant deux ans. C’était le prix à payer pour permettre à des grutiers étrangers de la compagnie allemande Bauer de travailler sur le chantier. Hydro-Québec a vanté ses succès : l’ouvrage hydroélectrique a été terminé dans le respect du budget initial de 1,2 milliard, en avance de trois mois sur l’échéancier.
6 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 12 février 2014 08 h 33

    Tempête dans un verre d'eau?

    '' M. Comeau, un enquêteur spécialisé en crime organisé, connaît peu le droit du travail et les us et coutumes sur les chantiers.'' N'est-ce pas lui qui a déclenché la contreverse Bauer-Hydro-FTQ? Sans en comprendre les tenants et les aboutissants... Et maiontenant, ce n'est pas la FTQ mais l'International qui est dans la mire... Sauf que le commun des mortels n'y comprendra rien et va continuer à fustiger les syndicats en oubliant que nous sommes à la botte des multinationales.

    • Isabelle Martineau - Abonnée 12 février 2014 18 h 45

      Effectivement, je m'y perds!

  • Normand Murray - Inscrit 12 février 2014 10 h 23

    Bauer et après on fait quoi.

    Une question, oseront ils regardés en profondeur tout les agissements des 10 dernières années de cette boîte de Pandore.Hydro n'est plus ce qu'elle était.Profitez en l'affaire risque de durer un bon moment et qui sait on découvriras surement une autre patente pour encore continué a ne pas dérangé une organisation qui le mérite depuis le début.

  • Ouellet Yves - Inscrit 12 février 2014 11 h 41

    Mise au point

    Il est faut de dire que tout les membres du 1981 (ftq construction) ne travailles pas ,plusieurs d entre eux exerce leur métier au Québec sans problème ,prenez le temps de demander les statistique à la Ccq et ont pourra parler avec les chiffre véridique

  • Raymond Labelle - Abonné 12 février 2014 12 h 02

    Nos grutiers plus efficaces lorsque payés à ne rien faire.

    HQ considérait plus rentable d'engager des grutiers allemands - même en payant les nôtres à ne rien faire: il n'y a pas eu de dépassement de budget et le chantier s'est terminé 3 mois avant échéance.

    Ceci implique nécessairement que les grutiers allemands sont tellement meilleurs que les nôtres qu'il est plus rentable de les engager ET de payer les nôtre à ne rien faire plutôt que d'utiliser les services des nôtres. Si c'est vrai, il faut se poser de sérieuses questions sur les compétences de nos grutiers. Si c'est faux, HQ nous ment. Troublant.

  • Denyse Cusson - Inscrite 12 février 2014 17 h 29

    Et s'ils avaient le choix ??

    dans toutes les sphères du travail, les employés devraient avoir le choix de choisir leur syndicat, comme dans certains pays d'Europe.
    les syndicats sont obligés de donner l'heure juste et de "faire" dans la transparence. Ils doivent se " battre" pour que les travailleurs se rallient a leur syndicat plutôt qu'a un autre,
    La loi Rand a fait son temps, d'autres avenues sont possibles aujourd'hui pour protéger les syndiqués.
    Denyse Cusson