Le bluff de Pauline Marois

Pauline Marois a réussi à mettre ses adversaires sur les dents.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois a réussi à mettre ses adversaires sur les dents.

Québec — Le 12 mars 2003, le premier ministre Bernard Landry avait déclenché des élections pour le 14 avril suivant. Le 11 mars, Pauline Marois, alors ministre des Finances, avait déposé son budget qui, forcément, distillait un fort parfum électoral. Cette fois-ci, la première ministre, à peu près à la même période de l’année, affirme qu’elle pourrait se lancer en campagne électorale sans budget. Rapidement. De quoi mettre ses adversaires sur les dents.

Quand François Gendron, le vice-premier ministre et vénérable député élu sans interruption depuis 1976, parle, il faut l’écouter attentivement. En novembre, il fut le premier à dire que déclencher des élections à l’automne n’était pas la voie à suivre, avant même que Pauline Marois n’annonce sa décision de ne pas en déclencher. Mercredi, il fut le seul à évoquer la possibilité que le Parti québécois puisse se lancer en campagne électorale sans que le gouvernement présente de budget. Le lendemain, Pauline Marois évoquait cette possibilité.

 

La première ministre a expliqué jeudi que, depuis la mise à jour économique et financière de la fin de novembre, « les chiffres n’ont pas changé. […] Les grands paramètres sont exactement les mêmes ». Un budget, c’est incomplet. « Le budget, ce n’est pas les crédits, a-t-elle fait observer. Le budget présente les grands équilibres. »

 

Si rien n’est changé, pourquoi ne pas déposer un budget avant les élections pour confirmer que la mise à jour était juste ? Pourquoi pas la ceinture et les bretelles ? Après le dépôt du budget fédéral le 11 février prochain, les fonctionnaires du ministère des Finances peuvent accoucher d’un budget un mois plus tard, sans forcer. À temps pour le déclenchement d’élections à la mi-mars, après les deux semaines de relâche.

 

En l’absence de budget, tant Philippe Couillard que François Legault auraient beau jeu, en campagne électorale, d’accuser les péquistes de cacher le véritable état des finances publiques.

 

La mise à jour économique, qui prévoit que l’atteinte de l’équilibre budgétaire est reportée de deux ans, avec un déficit de 2,5 milliards à la clé pour l’année courante, n’a pas provoqué d’onde de choc, sauf dans les partis d’opposition. Aucun frémissement dans les chaumières. La montée du PQ dans les sondages ne s’est pas démentie. La mauvaise nouvelle est escomptée.

 

On peut croire que la déclaration de Pauline Marois sert à mettre les partis d’opposition sur les talons, compte tenu des avantages pour son parti de se présenter devant l’électorat avec un cadre financier avalisé par le ministère des Finances, c’est-à-dire un budget en bonne et due forme. C’est du moins sur ce scénario que ses conseillers planchent.


Le beurre et l’argent...

 

Chose certaine, Pauline Marois a confirmé jeudi qu’elle croyait avoir toutes les justifications nécessaires pour déclencher des élections. Le chef de la CAQ, François Legault, insiste pour avoir le beurre et l’argent du beurre : des baisses d’impôt et l’équilibre financier dès l’an prochain. Les caquistes ne peuvent que voter contre le budget.

 

Du côté des libéraux, Philippe Couillard, après avoir dit la vérité — c’est-à-dire que le retour au déficit zéro pourrait prendre quelques années, ce que l’ébauche de programme électoral dévoilé au Conseil général du PLQ en octobre évoquait d’ailleurs clairement —, s’est rabattu sur la position de la CAQ. Lui aussi veut un retour à l’équilibre budgétaire dès l’an prochain. Et s’il venait à changer d’idée dans un sursaut de réalisme, le PLQ se trouverait à reprendre la position péquiste. Bref, d’une façon ou d’une autre, les libéraux n’ont pas de position qui leur soit propre. Mais quand on entend Philippe Couillard qualifier le gouvernement Marois de « toxique pour l’économie du Québec », on voit mal comment il pourrait le faire durer.

 

Comme libéraux et caquistes sont, jusqu’à nouvel ordre, au diapason sur la question du retour à l’équilibre budgétaire, Pauline Marois peut leur opposer une simple et même parade : « Les Québécois ont le choix entre l’austérité et la prospérité. » C’est pratique.

 

Les libéraux disposent toutefois d’une carte dans leur jeu : ils comptent sur le rapport du vérificateur général qui jugera de la justesse de la mise à jour économique du gouvernement. Ils comptent sur le fait que le v.g. pourrait mettre en doute les chiffres présentés par le ministère des Finances. Ce rapport doit être déposé dans les deux premières semaines de la session.


Les plats au feu

 

Outre le blocage sur le budget, Pauline Marois a mentionné ceux qui ont visé la loi 14 pour renforcer la Charte de la langue française, la création de la Banque de développement économique du Québec et la charte des valeurs. La première ministre s’est montrée moins convaincante quand elle a parlé des raisons pour lesquelles elle voudrait continuer de gouverner. « Il y a beaucoup de plats au feu », a-t-elle dit, en donnant l’exemple de l’assurance autonomie et des mesures de stimulation de l’emploi. Elle a surtout insisté sur le projet de loi 52 visant l’aide médicale à mourir. Or ce projet de loi est prêt à passer aux voix. Le leader parlementaire du gouvernement, Stéphane Bédard, tentera de le faire adopter dès le début de la session. De leur côté, les libéraux indiquent qu’ils n’entendent pas faire d’obstruction.

 

Une autre raison qui milite pour un déclenchement rapide des élections, c’est que Pauline Marois commence à en avoir marre des attaques de François Legault. De le voir exiger que le vérificateur général débarque au Fonds de solidarité de la FTQ, alors que l’ancien ministre péquiste sait pertinemment que le v.g. n’en a pas le pouvoir, dépasse son entendement. Son acharnement à réclamer que Claude Blanchet comparaisse en commission parlementaire l’irrite au plus haut point. L’énergie du désespoir que déploie François Legault le rend erratique, imprévisible, déplorent les péquistes. « Il gaspille des cartouches. Il tire au 12 sur tout ce qui bouge », constate, pour sa part, un conseiller libéral. Y compris sur les hélicoptères. À quand les ambulances ?

 

Dans ce contexte, les échanges à l’Assemblée nationale, au cours des deux prochaines semaines, risquent d’être houleux. Tant Philippe Couillard que François Legault emploient déjà l’artillerie lourde. Il y a fort à parier que Pauline Marois n’attendra pas longtemps avant de faire en sorte que les tirs nourris de ses adversaires se transportent dans l’arène électorale.

42 commentaires
  • Marc Bergeron - Inscrit 8 février 2014 03 h 38

    Les kids kodak au PQ

    C'est ainsi que le ministre de la santé après examen de plusieurs comité présenta un projet de loi qui ouvrait la porte à la diminution d'exigence de sécurité aux centres privé pour personnes agées, le contraire de son message. Comme quoi les kids kodak, ne peuvent travailler sérieusement sur des dossiers et faire des communications à temps plein. Je déteste cette façon de se plaindre des autres partis plutôt que de répondre à des questions pertinentes comme le favoritisme du fond de solidarité, comme elle aurait fait sans aucun doute dans l'opposition. C'est assez enfantin! Le message cette semaine a la télé; de parler aux gens comme à des enfants, ça me dépasse. Les dernières élections le PQ n'avait pas de budget et promettait mer et monde et voilà encore la même affaire on promet, pas de budget, on ne respecte rien et ça recommence. Pour répondre à Madame Marois, Pourtant F. Legault était un homme extraordinaire il n'y a pas si longtemps, Il était populaire, intègre au PQ, il était compétent et tout d'un coup le contraire?
    J'ai perdu mes favoris Lapointe, Curzi, Beaudoin, Lemieux, et compagnie....Que ce soit PLQ, QS,CAQ ou PQ c'est de la malhonnêteté de partir en élection avant que la comnmission Charbonneau puisse nous présenter les explications du ministère des transports. On assiste à des fraudes financière mais ce qui m'a surpise c'est qu'il existe aussi la fraude académique et a mon étonnement de deux illutres personnages connus.

    • Gaetane Derome - Abonnée 8 février 2014 14 h 46

      @ M.Bergeron,

      La malhonnetete peut aussi etre associe souvent a un manque de loyaute.Dans vos favoris,que vous avez nommes,certains ont ete dissidents du parti quebecois.Personnellement,je prefere la loyaute de M.Gendron qui est toujours la et ce depuis 1976.Partir c'est facile,rester fidele a un parti,travailler en equipe ca l'est beaucoup moins.

  • Normand Carrier - Abonné 8 février 2014 06 h 53

    Francois le désespéré joue son va-tout .........

    Tout tourne très mal pour la CAQ et son chef et ce parti semble de plus en plus désespéré ...... Ils ne savent plus ou donner de la tête et sont confus et imprévisibles donc leurs gestes s'en ressentent et sont innefficaces ..... Comme Francois déteste l'opposition il ne fera pas de compromis sur le budget et jouera son va-tout ce qui mettra fin a sa carrière politique .......

  • Pierre Labelle - Inscrit 8 février 2014 07 h 01

    Boussoles en folies...

    Le PLQ a la sienne et la CAQ aussi. Le problème est que celle du PLQ perd le nord régulièrement depuis ces derniers mois. La hantise de l'un est devenu l'obsession de l'autre. En effet, le PLQ qui fonde l'espoir de se faire élire lors d'une prochaine élection. est hanté par ce déficit zéro qu'il a tant réclamé, il commence à se dire; si par malchance nous étions élus, comment allons nous faire.... Car ils savent très bien que partir de - 2,5 milliards$ à 0.00$ en 12 mois est mission impossible à moins, de mettre en application les cataplasmes ridicules des grands spécialistes de la CAQ. Donc notre grand Philippe consulte sa boussole, un jour elle lui dit de dire oui, demain se sera noui, ou peut-être, l'un revient à l'autre mais l'autre ne revient pas nécessairement, pauvre Philippe il en perd le nord. Dans le cas de la CAQ, le nord ils ne savent pas le trouver alors ils ne risquent pas de le perdre.... Ce qui fait que François et son petit comptable de Lévis se retranchent derrière leur obsession; déficit zéro, sinon on vous renverse. Menace en l'air car en se faisant, ce parti se tire dans le pied, en d'autres mots il disparait de la carte électorale. Alors moi, si j'étais à la place de Mme Marois, je n'aurais aucune gêne à déclencher des élections au moment de mon choix. Pourquoi attendrait-elle que des zigotos le fassent?

  • Guy Vanier - Inscrit 8 février 2014 07 h 40

    Pas d'opposition, car c'est bon pour nous!

    <La mise à jour économique, qui prévoit que l’atteinte de l’équilibre budgétaire est reportée de deux ans, avec un déficit de 2,5 milliards à la clé pour l’année courante, n’a pas provoqué d’onde de choc, sauf dans les partis d’opposition. Aucun frémissement dans les chaumières. La montée du PQ dans les sondages ne s’est pas démentie. La mauvaise nouvelle est escomptée.>

    Sinon, tout les québécois sont concients, que nous allons étrangler nos programmes sociaux et arrêter le peut d'élan économique que nous avons encore.....

  • Claude Kamps - Inscrit 8 février 2014 07 h 44

    Si, Charbonneau le veut

    Si, Charbonneau le veut, les élections seront plus facile pour le PQ, si au bout de trop de mois on a pas abordé la question du fond de guerre électorale du PLQ et des enveloppes brunes de Charest, c'est que les dés sont pipés et que cette commission est trop électorale.

    • F. Georges Gilbert - Inscrit 8 février 2014 15 h 39

      Si le conseillé de France Charbonneau lui dit d'aller de l'avant...((Alain Lauzier, ex fonctionnaire du Conseil exécutif, vétéran du ministère de Jean Charest,ancien bras droit de Gérard Bibeau, occupe un poste clé au sein de la commission d'enquête, celui de conseiller auprès de France Charbonneau,selon l'agence QMI.Il a été conseiller également, pour les commissions Johnson et Bastarache.))Y-a-t-il trop de libéraux à cette autre commission pour aborder''le fond de guerre électorale et enveloppes brunes de Charest'' nous le saurons dans les prochains mois...