Couillard met en garde le Québec contre la volonté de se distinguer

Philippe Couillard
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Philippe Couillard

Saint-Félicien — Le chef libéral Philippe Couillard a prévenu que le Québec ne peut choisir un modèle de diversité qui se distingue de ses voisins en Amérique du Nord, comme le propose le Parti québécois avec la charte des valeurs, sans risquer d’en pâtir sur le plan économique.

 

« Nous ne sommes pas en Europe. Nous ne sommes pas des Européens déplacés. Nous sommes des Nord-Américains et nous fonctionnons dans un contexte nord-américain », a affirmé Philippe Couillard en marge du caucus de son parti. « Les sociétés nord-américaines, par nature, sont diverses. La nôtre devient également de plus en plus diversifiée. »

 

Selon lui, les investisseurs étrangers, avant de placer leurs billes au Québec, tiendront compte de « la façon dont cette diversité est gérée, non pas comme source de tensions ou de divisions, mais comme un actif pour la société et une source de prospérité ». Cela fera partie des multiples facteurs qui seront évalués, a-t-il précisé.

 

« La diversité chez nous, ce n’est pas une menace. Nous ne sommes pas menacés au Québec », a-t-il insisté.

 

Le chef libéral, qui croit réelle la possibilité que Pauline Marois déclenche des élections sous peu, juge que la population sera placée devant un choix entre « deux modèles de société complètement différents » : le Parti libéral misera sur la croissance économique pour assurer le financement adéquat des services publics. « Sur le plan social, alors que d’un côté, le gouvernement divise, nous, on veut rassembler. On veut créer une identité québécoise, maintenir et promouvoir une identité québécoise qui rassemble tous les Québécois », a-t-il fait valoir. Philippe Couillard proposera un projet de société « qui envoie le message que nous, les Québécois, nous sommes forts, confiants ».

 

À ses yeux, le projet du PQ « est largement basé sur l’humiliation, la peur, le retrait — on est des assiégés, le monde entier nous en veut, on a peur des autres ».

 

Le déclin démographique au Québec est amorcé et l’accroissement du nombre des ménages provient « très largement » de l’immigration, a signalé le chef libéral qui a dit citer les plus récentes statistiques.

 

Les libéraux sont en mode électoral, a reconnu Philippe Couillard. Au caucus, huit candidats ont été présentés aux députés.

 

Même si par les temps qui courent le chef libéral parle beaucoup de la charte des valeurs, il voudra éviter de se laisser entraîner sur ce terrain lors de la campagne électorale. « On va en parler mais on ne fera pas notre campagne là-dessus. On va faire campagne sur l’économie, l’emploi, la richesse collective des Québécois. »

 

La position libérale sur la charte des valeurs, qui comprend le maintien du crucifix au Salon bleu de l’Assemblée nationale, est maintenant connue. « Cette question, pour nous, c’est réglé », a-t-il soutenu.

 

Plusieurs députés libéraux jugent d’ailleurs que la défense du crucifix manifestée par leur chef, Philippe Couillard, se traduira par des votes pour leur parti à la prochaine élection générale.

 

À l’entrée du caucus libéral, le député de Maskinongé, Jean-Paul Diamond, a dit croire que « les gens veulent garder le symbole », particulièrement dans les circonscriptions rurales comme celle qu’il représente. « Je suis dans un comté rural, c’est excellent », a-t-il indiqué en parlant de la position du Parti libéral du Québec qui vient de trancher : le crucifix, accroché au Salon Bleu par Maurice Duplessis en 1936, y restera.

 

Dans le débat sur la charte des valeurs, s’engager à conserver le crucifix au Salon bleu, « ça fait une différence » dans sa circonscription, estime le député chevronné, dans un contexte où une majorité de ses électeurs sont pour la charte. « Il y en a qui sont pour, il y en a qui sont contre, mais la plupart sont pour la charte », a-t-il affirmé.

 

Pour le député de Mégantic, Ghislain Bolduc, cette défense du crucifix aura « un effet positif » pour les libéraux même s’il avance que la charte des valeurs ne suscite pas d’intérêt « dans nos régions ».

 

« On va parler maintenant de choses réelles », a soutenu Philippe Couillard, déplorant « que l’on consacre 250 heures de travaux de l’Assemblée nationale à un enjeu largement théorique et une fiction du Parti québécois ».

 

« Il n’y a aucun policier qui porte de signes religieux alors qu’il y a 350 000 chômeurs au Québec », a martelé le chef libéral.

***

Crucifix : un « flip flop » électoraliste de Couillard, selon la CAQ

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, voit dans le « flip flop » de Philippe Couillard une manoeuvre bassement électoraliste. « Ce n’est pas très fort », a-t-il lancé mardi après-midi.

Cela dit, le chef du deuxième groupe d’opposition s’est dit « content » de la profession de foi libérale en faveur du maintien du crucifix dans le Salon bleu. « On a toujours été d’accord pour garder le crucifix au Salon bleu », a souligné M. Legault. Pourtant, la députée Nathalie Roy indiquait la semaine dernière que la CAQ appuierait le retrait du crucifix de l’Assemblée nationale si la « majorité des Québécoises, des Québécois » le demandait. « Écoutez, si les gens veulent qu’on le déplace, on le déplacera », a répété l’élue caquiste en commission parlementaire.

Selon M. Legault, une élection référendaire sur le projet de charte de la laïcité profiterait au Parti québécois. « Le plus vite [la première ministre Pauline Marois] déclenche des élections, on garde le focus sur la charte. C’est ce qu’elle souhaite. [Mais] on ne parlera pas seulement de la charte », a-t-il averti.


Marco Bélair-Cirino

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77 commentaires
  • Jean Lapierre - Inscrit 29 janvier 2014 00 h 53

    Voyez vous ça?

    "Plusieurs députés libéraux jugent que la défense du crucifix manifestée par leur chef se traduira par des votes pour leur parti à la prochaine élection générale." C'est qui ceux qui martèlent sans arrêt que le projet de charte est purement électoraliste? Se pourrait-il que eux aussi ça fasse leur affaire? "On va en parler, mais on ne fera pas notre campagne là-dessus". J'ai bien hâte de voir ça.

    • Normand Carrier - Abonné 29 janvier 2014 11 h 41

      Difficile pour le PLQ d'accuser le PQ d'être électoraliste sur la charte lorsqu'on les voient s'accrocher au crucufix pour gagner des votes en région ... Se pourrait-il qu'ils aient été conseillé par làlà Tremblay ? Stratégie simpliste et non productive car il n'y a moins de 15% de catholiques pratriquants et ce ceux-la un grand nombre fortement pro-charte qui ne s'émeut guère d'un transfert de crucifix comme le propose le PQ avec l'accord de tous les partis ..... Difficile de faire beaucoup de millage alors qu'aucun parti ne préconisent de brusques changements pour les catholiques plus orthodoxes .....

  • Diane Veilleux - Inscrite 29 janvier 2014 01 h 04

    Et voilà que le PLQ nous ressort ses vieilles renguaines. Le PLQ c'es l'économie nous disent-ils! Qu'ont ils fait au cours des 9 années qu'ils ont été au pouvoir? Le Plan Nord et après, avec la diminution de la demande des pays émergeants, la dégringolade en bourse de orifères, vous croyez que s'ils avaient repris le pouvoir on en serait pas au même point! Je n'ai peut être pas son QI mais je sais compter. Leur crédo ce n'est que de la brume, de la boucane, un leure pour faire croire à la population un vieux mythe, que le PLQ est pour la vertue .... comme si tout le monde n'était pas pour la vertue. Désolant.

    • Normand Carrier - Abonné 29 janvier 2014 06 h 50

      Si le PLQ était tant pour la vertue , comment expliquer toutes les dérives de leurs neuf années de pouvoir ou l'éthique et l'intégrité furent carrément bafoué et ignoré pour intitutionnaliser un système de rtour d'ascenseur qui a atteint même les garderies publiques et privées ?

    • RONALD LESAGE - Inscrit 29 janvier 2014 09 h 58

      Laissez venir à moi les petites enveloppes brunes .

    • Daniel Bérubé - Abonné 29 janvier 2014 17 h 00

      Dans leur dernier passage, ils ont augmenter la dette du Québec de 33% ou le 1/3...
      Alors quand je l'entend parler d'économie...

    • Daniel Bérubé - Abonné 29 janvier 2014 17 h 00

      Dans leur dernier passage, ils ont augmenter la dette du Québec de 33% ou le 1/3...
      Alors quand je l'entend parler d'économie...

  • Louis-Jacques Delacampagne - Inscrit 29 janvier 2014 01 h 42

    Parti Libéral du Québec : un Parti de sape systématique du Québec


    J'espérais un Parti Libéral un peu plus - « vraiment » - québécois avec le départ de Jean Charest.

    Je constate clairement, désormais, qu'il n'en est rien.

    Et manifestement, ça risque même d'être pire avec Philippe Couillard et son équipe de moutons de Panurge. Entendre : les intérêts du PLQ absolument et constamment prioritaires sur les intérêts supérieurs de la nation québécoise.

    Cet homme et ce Parti politique sont des entités extrêmement dangereuses pour l'avenir du Québec.

    En outre, avec ces gens-là le PLQ est à des années-lumière du PLQ de Jean Lesage, de René Lévesque, de Georges-Émile Lapalme et de Paul Gérin-Lajoie, lesquels avaient réellement et sincèrement à coeur l'évolution et le progrès du peuple québécois.

    Que ce Parti s'oppose à la pleine Libération du Québec, à la rigueur je puis le comprendre : le Canadian Choice, même s'il se défend très mal à la lumière de la situation, et ce depuis toujours (1867), reste sans doute, disons, une option théoriquement recevable, bien qu'intellectuellement indéfendable.

    Or le PLQ n'en est plus là. Il travaille obstinément contre le Québec de manière générale. Tout le temps, obstinément et sur tous les dossiers possibles - la Langue et l'Identité au premier chef !

    Avec le PLQ, c'est une English Province comme toutes les autres qui se profile, insensiblement.

    Et à coups de démagogie au marteau-piqueur, qui plus est.

    C'est à hurler de désespoir.

    Avons-nous tenu 250 ans (1759) pour en arriver là ?

    Là. C'est-à-dire : des hommes et des femmes qui désirent le Pouvoir pour... fermer boutique !

    Fermer la noble, belle et magnifique Maison québécoise en terre d'Amérique.

    M. Philippe Couillard. Vous êtes un fossoyeur de Peuple. Le pire, c'est que vous n'êtes pas même fichu de vous en rendre compte vous-même.

    Et vos troupes de Panurge, moins encore.

    Dignité, Liberté, Francité, Personnalité, Noblesse. Autant de vocables qui ne résonnent, ni ne raisonnent, plus rien du tout au sein

    • Denis Beausoleil - Abonné 29 janvier 2014 08 h 03

      M. Delacampagne, vous me tirez les mots de la bouche et ça me fait pleurer et peur de penser que nous avons raison concernant ce parti.
      O. Lessard

    • Michel Blondin - Abonné 29 janvier 2014 09 h 26

      Monsieur Delacampagne,

      Vous n'etes pas seul a penser cela, milles miseres de sabord!

      Que nous faut-il pour changer la donne, desespoirs de ces John Charest-Couillard!

      Peut-etre cent livres de Bastien, deux cents tonnes de Levesque, un kilo de Parizeau, un zeste de poetes et une trolee de monde fier.

      Essayons, aussi, de la tenacite de dire, du courage de l'exprimer, de l'ethique pour don de soi, de la vision pour avenir, de la coherence avec notre histoire et de l'huile de bras.

  • Alexandre Paquin - Inscrit 29 janvier 2014 02 h 17

    Les contradictions du parti rouge

    D'un côté, M. Couillard s'empare d'un mot directement venu des É-U et qui est devenu là-bas pratiquement obsessionnel, celui de la «diversité», laquelle opère dans un contexte aux antipodes mêmes du multiculturalisme canadien dont le chef libéral semble généralement friand. (Et par ailleurs, en tant que, comme il l'insiste, Nord-Américains, quelle langue devrions-nous par conséquent parler? Vous savez, la langue qui attire des investisseurs...?) D'un autre, il saute à la défense du crucifix comme un vieux groulxo-unioniste au plus sombre de la Grande Noirceur. C'est comme s'il tentait une mesure d'encerclement, mais à combattre sur deux fronts, il ne fera finalement que diluer ses troupes.

    Donc, ses priorités: L'économie, l'emploi, la prospérité, la richesse collective -- finalement, la même chose que le parti rouge fait au provincial depuis cinquante ans.

    • Yves Perron - Inscrit 29 janvier 2014 07 h 38

      Il essaie de servir deux maîtres. Le maître anglais l'emporte. Leur base dure ce sont les west Islanders et les ethnies et ça prends un talent d'équilibriste pour plaire à l'un sans froisser l'autre. Ça devient très difficile à mesure que les Québécois ouvrent les yeux.

  • Christian Montmarquette - Abonné 29 janvier 2014 03 h 14

    Nous, on veut rassembler, dit Couillard..


    Et bien, je ne vois pas comment Philippe Couillard pourrait se faire très «rassembleur» en s'opposant à un projet de Charte qui reçoit l'appui de plus de «60%» des Québécois?

    Quant à ses fameux investisseurs étrangers qui dans nombre de cas, viennent exploiter nos ressources à rabais pour ensuite plaquer les travailleurs et s'envoler avec le magot en se foutant de leurs responsabilité sociales.. Indisposer ces pauvres industriels sur la question de la Charte devrait bien être le cadet de nos soucis! Le Québec n'a pas plus à se soumettre aux diktats des entreprises qu'à celui des religions!

    Et en ce qui concerne leur sempiternel sermon sur l’économie et la richesse collective.. Après avoir fait augmenter la dette du Québec de plus de «70 milliards!» en 9 ans.. Les libéraux n'ont certainement pas de leçons d'économies à donner aux Québécois.

    Dans les circonstances, on comprendra facilement que les libéraux ne tiennent pas à se mettre en plus à dos les tenants du crucifix.

    En fait, ils devraient songer à l’accrocher sur leur corde à linge pour les prochaines élections.. Ils risquent d'en avoir rudement besoin!

    Christian Montmarquette

    • Hélène Paulette - Abonnée 29 janvier 2014 09 h 39

      J'aimerais vous croire, cependant.... Les libéraux sont passés maîtres dans la récupération politique... Ils surfent contre la Charte à Montréal et sur le crucifix en région... C'est simpliste mais vu le niveau de conscience politique au Québec, ça peut marcher...Souvenez-vous de Charest et ses défusions...

    • Cyril Dionne - Abonné 29 janvier 2014 16 h 18

      @ Christian Montmarquette

      Est-ce que vous pourriez éclairer ma lanterne M. Montmarquette ? Bien que je sois d'accord avec ce que vous dites que le PLQ a fait augmenter la dette du Québec de plus de «70 milliards!» en 9 ans, qu'ils sont à la solde du patronat et que le projet de Charte du PQ reçoit l'appui de plus de «60%» des Québécois, il n'en demeure pas moins que votre chef, Mme David et ainsi que votre autre et unique député sont pour le port du hidjab. Encore d'accord avec vous comme vous avez dit récemment « que tous ces vêtements symbolisent au fond la même chose, soit: l'infériorité et la soumission des femmes face aux hommes », mais comment pouvez-vous réconcilier votre position avec celle de « l'Establishment » et de vos chefs de Québec solidaire ?

      Et ce n'est pas le même député de Mercier, Amir Khadir, qui s'est joint aux deux marches organisées des anti-chartistes et dont la première était organisée par nul autre que messieurs Salam Elmenyawi et Adil Charkaoui, des intégristes et fondamentalistes bien connus de la région montréalaise.

      Récemment, Louise Mailloux nous proposait une charmante petite vidéo lors de la présentation de son mémoire agrémentée de photos qui montraient notre cher député de Mercier dans une réunion où les hommes étaient d'un côté et de l'autre, des femmes voilées qui participaient à cette réunion. On entendait aussi des petites filles de 9 et 10 ans prêter serment qu'elles ne renonceraient jamais au port du voile.

      Est-ce que Québec solidaire parle des deux côtés de la bouche ? Un discours pour les gens en région et un autre pour la région montréalaise.