L’Ordre des ingénieurs souhaite évaluer les bonnes pratiques des firmes de génie-conseil

L’Ordre des ingénieurs du Québec plaide pour que, malgré la crise de confiance, les contrats de réfection des infrastructures suivent leur cours au Québec. « On doit arrêter de ralentir les projets », dit son président, Daniel Lebel.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’Ordre des ingénieurs du Québec plaide pour que, malgré la crise de confiance, les contrats de réfection des infrastructures suivent leur cours au Québec. « On doit arrêter de ralentir les projets », dit son président, Daniel Lebel.

L’Ordre des ingénieurs du Québec veut aider l’Autorité des marchés financiers à réhabiliter plus rapidement les firmes de génie-conseil en proposant sa propre norme sur les bonnes pratiques de l’ingénierie. À travers un programme d’audits, il veut assurer davantage de contrôle sur les entreprises qui engagent ses membres.

 

L’Ordre des ingénieurs est très conscient de la mauvaise réputation de ses membres depuis les révélations fracassantes de la commission Charbonneau et tente de redorer son image en resserrant les règles et en élargissant son champ de compétence aux firmes de génie-conseil.

 

« Le système professionnel ne nous permet pas d’encadrer les firmes [qui sont] les grands employeurs d’ingénieurs, déplore le président de l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ), Daniel Lebel. Mais ce qu’on réalise, avec la commission Charbonneau, c’est que ça va bien au-delà de l’individu, on parle de pratiques d’affaires. Il faut encadrer ces grands employeurs [parce que] si un ingénieur se retrouve dans un environnement d’affaires qui est douteux, ça peut devenir difficile pour lui de faire son travail. »

 

Nouvelle norme

 

En attendant un changement de loi qui permettrait au système professionnel québécois de s’arrimer avec celui des autres provinces canadiennes, l’OIQ propose un programme d’audits sur une base volontaire. Et selon son directeur général, André Rainville, les firmes de génie-conseil auraient tout intérêt à se plier à cet exercice qui sera une sorte de gage de probité.

 

« Si la norme est crédible, l’Autorité des marchés financiers pourrait dire : si tu as été audité, on va accélérer la réalisation de l’étude de ton dossier et ça pourrait te permettre d’obtenir ton certificat [permettant de soumissionner pour les contrats publics] plus rapidement », affirme-t-il.

 

Mais pas question toutefois de se substituer à l’AMF ou à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), précise Daniel Lebel. « Nous devenons les auditeurs des firmes québécoises pour dire au donneur d’ouvrage : nous sommes passés au travers de leur code éthique, de leur processus d’octroi de contrats et du développement professionnel de l’individu et voici un sceau qui dit : l’Ordre a fait ses devoirs, on peut vous dire que cette entreprise-là respecte les bonnes pratiques en termes de génie et de construction. »

 

Cette norme sur les bonnes pratiques de l’ingénierie, élaborée en collaboration avec le Bureau de normalisation du Québec et d’autres partenaires, dont l’AMF et l’UPAC, devrait être prête pour avril et donnera le signal d’envoi pour le projet-pilote d’audit. Si tout va bien, l’OIQ songe à demander au gouvernement de modifier le Code des professions et à exporter le concept pour tous les ordres professionnels.

 

Comme plusieurs, Daniel Lebel attend avec impatience que la commission Charbonneau se penche sur l’attribution de contrats au ministère des Transports. Et bien qu’il affirme qu’il faut « aller chercher les coupables », il ne peut s’empêcher d’avoir certaines craintes pour la suite des choses. « La principale inquiétude que j’ai en ce moment, c’est le dossier des infrastructures au Québec. On doit faire la commission Charbonneau pour bien comprendre tous les stratagèmes, mais on doit aussi se préoccuper de la protection du public et des infrastructures et on doit arrêter de ralentir les projets. On sait qu’on a une crise de confiance, mais on a des projets à faire, des infrastructures à corriger et il faut le faire rapidement. Pour moi, c’est une grande préoccupation. »

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2 commentaires
  • François Dandurand - Inscrit 28 janvier 2014 10 h 04

    Il était temps!

    Il était temps que l'Ordre des ingénieurs sorte de son mutisme. Trop longtemps l'Ordre a cherché à minimiser les mauvaises pratiques de ses membres. Elle avait oublié qu'un ordre professionnel est constituté dans le but premier de protéger le public et non pas d'être un club social. Il serait temps que l'Ordre prenne des mesures à l'endroit de ses membres qui se sont avérés fautifs. C'est à ce seul prix que les ingénieurs retrouveront de la crédibilité auprès du public.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 janvier 2014 12 h 00

      À souhaiter que ce ne soit pas qu'une préposée qui estampillonne !

      PL