Le Conseil du statut de la femme se range dans le camp pro-charte

Julie Miville-Dechêne avait au départ émis des réserves au sujet du projet péquiste de charte de la laïcité.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Julie Miville-Dechêne avait au départ émis des réserves au sujet du projet péquiste de charte de la laïcité.

Québec — Le projet de charte de la laïcité du gouvernement péquiste obtiendra un appui de taille. La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne, fera connaître un « appui solide » au projet de loi 60 à l’occasion de son passage à l’Assemblée nationale du Québec, a appris Le Devoir.

 

Au terme d’« échanges francs », les membres du Conseil ont fait le choix d’avaliser en grande partie les mesures détaillées dans le projet de législation du ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville.

 

Cependant, l’organisme chargé de conseiller le gouvernement du Québec sur tout sujet lié à l’égalité des droits de la femme émettra un certain nombre de réserves sur l’interdiction mur à mur des signes religieux ostentatoires pour les employés de l’État préconisée par le gouvernement péquiste.

 

Ralliant toutes ses membres — y compris celles désignées en septembre par le gouvernement péquiste — l’avis fait l’unanimité dans les rangs du Conseil du statut de la femme, a indiqué Mme Miville-Dechêne dans un bref entretien avec Le Devoir vendredi.

 

L’adoption d’une position faisant l’objet d’un consensus paraissait hors de portée il y a à peine quatre mois.

 

Changement de position

 

En septembre, la désignation, par la ministre responsable de la Condition féminine, Agnès Maltais, de quatre nouvelles membres à première vue pro-charte avait été accueillie avec une grande méfiance par la numéro un du Conseil du statut de la femme. Mme Miville-Dechêne y voyait une tentative d’ingérence du gouvernement péquiste dans la réflexion de l’organisme plongé, lui aussi, dans le débat suscité par le projet de bannir le port des signes religieux pour les employés de l’État.

 

L’ancienne journaliste appelait à mieux circonscrire les impacts d’une éventuelle interdiction du port de signes religieux ostentatoires afin de déterminer si le « remède » proposé par le gouvernement péquiste était « à la mesure » de la menace réelle de l’intégrisme religieux dans la société québécoise. « Une institution qui se fait dicter ce qu’elle doit penser, malheureusement, ce n’est pas une grande aide au débat de société », avait-elle lancé dans une entrevue avec Le Devoir.

 

Vendredi, Mme Miville-Dechêne a refusé de dire si, quatre mois plus tard, ses craintes étaient fondées. « Le passé, c’est du passé », s’est-elle contentée de dire en marge du congrès annuel de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec (ACRGTQ).

 

Le Conseil a été le théâtre de « discussions fermes » lors des deux réunions, en septembre et en novembre, a-t-elle dit. « Ce sont des questions importantes », a expliqué Mme Miville-Dechêne.

 

«Échanges d’idées fructueux»

 

Les membres du Conseil du statut de la femme consultées sont catégoriques : le climat de travail s’est rapidement réchauffé dans la foulée de l’arrivée de Leila Lesbet, Julie Latour, Lucie Martineau et Ann Longchamps.

 

La première réunion a été l’occasion d’« aplanir des choses », a affirmé l’une des « nouvelles membres », Leila Lesbet, dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. « Les échanges ont été très francs et très fructueux. »

 

Au fil des derniers mois, les membres du Conseil du statut de la femme ont abattu un « travail colossal » dans un « esprit de collégialité »,a indiqué à son tour Julie Latour. « Au terme d’échanges francs, mais fructueux, la position du Conseil du statut de la femme a été adoptée de façon unanime et enthousiaste », a précisé l’ex-bâtonnière du Barreau de Montréal.

 

Mme Lesbet et Mme Latour se sont toutefois refusées à tout commentaire sur le contenu du mémoire du Conseil du statut de la femme puisque celui-ci n’a pas encore été passé au peigne fin par la commission parlementaire responsable d’étudier la charte de la laïcité. D’ailleurs, la date de l’audition de Mme Miville-Dechêne à l’Assemblée nationale n’a toujours pas été fixée.

 

Chose certaine, l’avis contribuera à faire « avancer » le Québec « dans le sens des droits des femmes », a soutenu Mme Lesbet, avant de saluer la « franchise » et la « sincérité » de toutes ses collègues. « [Le document] est intéressant à lire. Nous nous sommes entendues sur des choses auxquelles il ne faudra pas déroger », a-t-elle ajouté.

 

Par ailleurs, Leila Lesbet et Julie Latour dévoileront chacune un second mémoire dans le cadre des consultations sur le projet de loi 60, Mme Lesbet avec le groupe Être ensemble et Mme Latour avec les Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État.

53 commentaires
  • André - Inscrit 25 janvier 2014 03 h 07

    Normalité et humilité

    On peut dire qu’Agnès Maltais avait raison sur toute la ligne, ce qui met fin à une crise montée en épingle avec une confusion entretenue par des journalistes émotifs plutôt qu’impartials. Je me rappelle le scandale exposé par Mme Miville-Dechêne, qui s’était servi des médias pour montrer son indignation, qui avait refusé un prix attribué au CSF pour ses positions sur la laïcité, qui était appuyé par celle qui l’avait nommé, une Christine St-Pierre offusquée, indignée, enragée qui a traité Pauline Marois de «maudite folle» à l’Assemblée nationale. Une Christine St-Pierre, égale à elle-même, qui s’était débarrassé de l’ancienne présidente qui n’avait pas sa vision de la laïcité et qu’en plus, Françoise David se disait solidaire et la majorité des journalistes, incluant plusieurs du Devoir, prenait sa défense.

    Rares sont ceux qui ont vu que Mme Maltais avait assumé pleinement ses responsabilités. Les nominations au CSF étant faites par le gouvernement (conseil des ministres), c’était à elle que revenait cette responsabilité. Sachant que le CSF avait toujours été favorable au principe de la laïcité avant l’arrivée de Mme Miville-Deschêne, il lui revenait de s’assurer de cette continuité avec les nouvelles nominations.

    Et voici le résultat que ça donne. Un travail fait en collégialité avec enthousiasme qui a permis d’obtenir l’unanimité des membres du CSF et, je pense, qui a aussi permis à sa présidente de bien comprendre son rôle et d’accepter, en toute humilité ce virage à 180 degrés. C’est tout à son honneur et je l’en félicite. Pour moi, le CSF retrouve ainsi sa crédibilité d’avant la crise et joue pleinement son rôle de défense des droits des femmes, ce qu’on ne peut pas dire de la FFQ.

    • Michel Blondin - Abonné 25 janvier 2014 09 h 45

      Vous le dites bien, jouer son role.

      C'est dans le respect des differences, de la comprehension des enjeux, de l'evolution des reflexions que la cohesion d'action menee avec humilite du devenir d'un moitie de notre humanite quebecoise peut se faire entendre.

      Attendons quand meme le lire avant les dires.

    • Élisabeth Germain - Abonnée 25 janvier 2014 10 h 31

      Monsieur, le CSF dans son avis sur la diversité en 1997 a prôné la tolérance en matière de port du voile. Toujours favorable à la laïcité, oui, mais cela n'implique pas l'interdiction du voile.
      Les nominations au CSF reviennent au gouvernement, mais après des consultations et selon des règles (de provenance etc) qui n'ont pas été respectées. La "crise" reposait sur des faits bien réels.
      Enfin, avant de dénigrer la FFQ, vous auriez avantage à prendre connaissance de ses positions à travers ses propres déclarations et publications, et non au travers des critiques parfois tendancieuses de ses adversaires - dont on se demande souvent d'où leur vient cette hargne envers une fédération qui aura entraîné autant d'avancées pour les femmes du Québec et du monde entier (pensons à la Marche mondiale des femmes qui est née de son initiative).
      Bonne réflexion!

    • Louka Paradis - Inscrit 25 janvier 2014 15 h 06

      Heureusement que la présidente du CSF retrouve son objectivité, et surtout, son bon sens. La dérive de l'automne dernier avait gravement entaché sa crédibilité et celle de la député Christine Saint-Pierre qui l'a nommée à ce poste lorsqu'elle était ministre. Cette dernière a dû d'ailleurs s'excuser pour les propos qu'elle a tenus envers la Première Ministre, et qui étaient beaucoup plus orduriers que ce qui est rapporté ici. Les journaux du 24 septembre 2013 en ont fait état en long et en large, et même en vidéo, mais il semble que je ne peux les rapporter ici.
      Il semble que le bon sens et le savoir-vivre ont retrouvé leur place : tant mieux pour tout le monde !

      Louka Paradis, Gatineau

  • Jean-Marc Simard - Abonné 25 janvier 2014 05 h 15

    Bonne nouvelle

    Le gros bon sens triomphe toujours quant on a l'occasion de débattre...Un grand pas a été franchi par le Conseil du statut de la femme...Reste le dernier concernant l'expression vestimentaire et signifiante de la religion...On verra...

    • Nicole Bernier - Inscrite 25 janvier 2014 09 h 04

      M Simard, quand vous dites "Reste le dernier concernant l'expression vestimentaire et signifiante de la religion", c'est parce que vous aussi vous entrevoyez qu'il y a peut-être quelque chose derrière les silences.

      "Au terme d’« échanges francs », les membres du Conseil ont fait le choix d’avaliser en grande partie les mesures détaillées dans le projet de législation [...] Cependant, l’organisme chargé de conseiller le gouvernement du Québec sur tout sujet lié à l’égalité des droits de la femme émettra un certain nombre de réserves sur l’interdiction mur à mur des signes religieux ostentatoires"

      N'est-ce pas, cette section de la charte qui a semé la controverse dans cette charte?

    • Christian Fleitz - Inscrit 25 janvier 2014 09 h 46

      Oui, bon... Je ne serai pas aussi optimiste que vous dans la généralisation du bon sens découlant d'un débat. C'est à souhaiter, c'est souvent le cas, mais méfions-nous des partisanneries compulsives qui rendent autistes.

  • Claude Kamps - Inscrit 25 janvier 2014 06 h 13

    Passez de hu à dia

    je suis content de ce revirement, depuis le début la charte est faite pour que la femme soit moins un objet de l'homme... Malheureusement des relents politiques du PLQ qui se sont formés depuis dix ans de par les nominations normalement partisanes restent toujours en place.
    Couillard avec sa fermeté inutile et son manque de jugement politique au sujet de sa seule personne ressource musulmane a sans doute précipité les choses et c'est tant mieux...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 janvier 2014 06 h 28

    Félicitation

    Il est gratifiant de voir que malgré des débuts houleux, il est toujours possible de s'entendre entre personnes sensées. Souhaitons que ce rapprochement soit considéré par tous comme un modèle à suivre.

    PL

  • Normand Carrier - Abonné 25 janvier 2014 07 h 10

    Après le show de boucane de madame Miville-Dechêne .....

    Le bon sens , la collégialité et la solidarité a primé enfin au CSF et c'est tant mieux car toutes les membres en sont satisfaites et les citoyens(nes) en seront les grands gagnants .... Il est a espérer que l'actuelle présidente qui subissait des influences de l'extérieur saura en tirer des lessons et s'efforcera a l'avenir de ne pas faire de procès d'intention et d'exercer son devoir de réserve ......

    • Gilles Théberge - Abonné 25 janvier 2014 09 h 43

      Et ça laisse la FFQ seule dans son coin

    • enid bertrand - Inscrit 25 janvier 2014 10 h 13

      Ainsi, elle aurait subi des influences de l'extérieur? C'est possible...

      Mais on aura réglé le problème différemment. On a changé les membres du conseil, de façon à pouvoir influencer de l'intérieur.

      Vous voyez une grande différence, vous?

    • Normand Carrier - Abonné 25 janvier 2014 11 h 22

      Monsieur Enil Bertrand , vous auriez intérêt a être précis car , on a remplacé les postes inocupés et fait quatre nominations ...... C'est une grande différence ! Vous voyez la différence ?

    • enid bertrand - Inscrit 25 janvier 2014 12 h 45

      On a fait quatre nominations de femmes qui avaient toutes pris une position favorable à la charte.

      Moi, j'appelle ça "paqueter un comité".

      Vous voyez la différence?

    • Normand Carrier - Abonné 25 janvier 2014 14 h 01

      Monsieur Bertrand , qui a nommé madame Miville-Deschêne , une libérale notoire ? Madame Saint-Pierre une collègue de travail a R-C .... Mais oui , il aurait fallu que le PQ nomme quatre libérales qui pensait comme madame Saint-Pierre .... Mais il a nommé Julie Latour une libérale bru de Claire Kirkland-Casgrain qui est d'accord avec la charte ..... Chapeau aux libéraux libres-penseurs .....