18 millions en logiciels Microsoft

Un important appel d’offres que se prépare à lancer Québec visant la mise à jour des logiciels Microsoft pour 39 000 postes informatiques de la fonction publique, au coût de 18 millions de dollars, soulève l’ire des professionnels du gouvernement. Selon eux, ce projet contrevient une nouvelle fois aux lois que s’est données la province pour injecter plus de concurrence et de logiciels libres, des solutions numériques qui réduisent la dépendance à la multinationale américaine dans l’appareil gouvernemental. Ils dénoncent au passage une gestion à courte vue du parc informatique, aux dépens des citoyens, mais aussi d’un système d’information gouvernemental condamné à être moins durable, selon eux.

 

Dans une note interne confidentielle datée du 16 janvier dernier et dont Le Devoir a obtenu copie, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) vilipende le Centre de services partagés (CSP) et l’accuse de contrevenir à nouveau, avec cet appel d’offres, dont il a pris connaissance avant sa diffusion, à la Loi sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles du gouvernement, peut-on lire.

 

En substance, cette loi stipule que les appels d’offres du gouvernement ne peuvent plus favoriser un produit informatique spécifique et doivent envisager à l’avenir les logiciels dits libres comme autre solution. Le document, produit par la Direction des orientations, de la transformation et de la sécurité du CSP évalue l’appel d’offres que le gouvernement va lancer sous peu pour cette mise à jour informatique. La partie syndicale est invitée à l’intérieur à se prononcer sur la chose.

 

Le commentaire du SPGQ rappelle en substance l’adoption le 24 septembre dernier par l’Assemblée nationale d’une motion visant à encourager la diffusion de ces mêmes logiciels libres au sein du gouvernement et de l’administration publique. Le groupe d’employés de l’État cherche ainsi à mettre en relief l’incohérence de l’appel d’offres que le CSP est sur le point de lancer.

 

Incontournable

 

Cette mise à jour informatique est commandée, prétend Québec, par Microsoft et surtout son intention de ne plus offrir au gouvernement de soutien technique pour ses logiciels Windows XP et Office 2003. L’installation des nouvelles versions devient donc incontournable, estime le gouvernement. Elle va s’étaler jusqu’en octobre 2016, et débuter le 1er avril prochain. Malgré de nombreux appels, il n’a pas été possible de parler aux responsables de ce plan de modernisation tout comme de l’appel d’offres aux CSP.

 

« En matière d’informatique, il y a de beaux principes que le gouvernement aime bien exposer, mais n’arrive pas à appliquer, a résumé mercredi Richard Perron, le président du Syndicat. Nous sommes devant un cercle vicieux, une dépendance à un fournisseur informatique unique, qu’il va falloir briser en ramenant de l’expertise dans ce domaine pour réduire la sous-traitance. »

 

Non liés à des licences d’exploitation coûteuses, les logiciels libres sont embrassés de plus en plus par des administrations publiques à travers le monde afin de réduire leur dépendance aux logiciels dits privatifs, mais également pour mettre en place un cadre informatique plus durable et sécuritaire. Ces logiciels sont une des composantes des données ouvertes, elles-mêmes préalables à la mise en place d’une gouvernance numérique, d’une citoyenneté numérique, tout comme des villes intelligentes.

7 commentaires
  • Claude Bernard - Abonné 23 janvier 2014 10 h 22

    Le Syndrome Bixi.

    On a vu avec les Bixi les risques de se prétendre expert quand on ne l'est pas.

    Depuis les débuts de l'informatique les gouvernements et les grandes administratrations sont prisonniers d'un dilemne: entre être à la merci d'une multinationale ou essayer de s'en passer par l'expertise interne.
    Dans le premier cas, on se fait arnaquer, dans le deuxième ça marche jamais.
    Peut-être le premier choix est-il le meilleur, au moins ça fonctionne la plupart du temps.

    • Jacques Morissette - Inscrit 23 janvier 2014 13 h 56

      Je doute des problèmes annoncés par ces logiciels Microsoft. Je doute aussi que M$ ait exigé du gouvernement qu'il fasse des mise à jour? Par contre, très possible que M$ ait exigé les mises à jour du gouvernement? Le gouvernement se met un doigt dans l'oeil de penser que le privé est la meilleure des solutions.

      Je ne peux pas croire qu'il n'y a pas des personnes compétentes en informatique pour conquérir leur autonomie en matière d'informatique au gouvernement, comme l'ont compris les gouvernements de bien des États américains et aussi ailleurs dans le monde. Je comparerais le privé au gouvernement à une taupe en espionnage.

    • François Robitaille - Inscrit 23 janvier 2014 17 h 18

      Windows XP ne sera plus supporté par Microsoft dès cet été, le pas est à franchir pour éviter les potentiels trous de sécurités découverts par la suite.... vivement Linux svp

  • Armand Roy - Abonné 23 janvier 2014 10 h 51

    Qui est l'ultime responsable?

    ''Malgré de nombreux appels, il n’a pas été possible de parler aux responsables de ce plan de modernisation tout comme de l’appel d’offres aux CSP.''

    M. Deglise pouvez-vous interroger le ministre? Est-ce le même qui cette été a prolongé de 10 ans le programme de "crédit d'impôt pour le développement des affaires électroniques (CDAE)", nom ronflant pour parler des subventions aux grosses firmes informatiques. 230 millions par année. (CGI, IBM etc...), pour les aider à mieux nous apauvrir.

    Dans plusieurs domaines mais plus particulièrement en informatique, il y a un principe auquel le gouvernement ne déroge pas, il faut que ça coûte cher.

  • Jacques Morissette - Inscrit 23 janvier 2014 11 h 07

    Le pouvoir plus important que la dette publique.

    Le court terme et la partisanerie est comme un virus qui s'attaquent au parti politique à leur insu. Oh, pouvoir, quand tu me tiens et que je fais tout pour ne pas te perdre, en restant à la surface des choses. Après, on parle de la dette publique, suggérant entre les lignes que cette dette dépend d'une population gâtée par trop de services gouvernementaux.

  • Sylvain Auclair - Abonné 23 janvier 2014 12 h 13

    Il est temps de briser cette dépendance

    Le enouvellement de ces licences devrait être l'occasion de passer au libre et de développer une expertise locale, voire interne.

  • André Cotte - Abonné 24 janvier 2014 07 h 41

    Tout comme pour nos infrastructures routières...

    On attend d'avoir le dos au mur pour réagir et alors on doit accepter souvent la moins bonne des solutions pour le long terme. La Gendarmerie français a planifié d'avance son passage au libre et... elle l'a réussi haut la main.

    On savait depuis des années que le support pour XP allait se terminer... falllait y penser à ce moment là. Maintenant c'est un peu tard.