Rupture au PLQ

Après une réunion du caucus qui a duré plus de quatre heures lundi, Fatima Houda-Pepin est sortie la première pour annoncer qu’elle avait été «exclue» de l’équipe libérale.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Après une réunion du caucus qui a duré plus de quatre heures lundi, Fatima Houda-Pepin est sortie la première pour annoncer qu’elle avait été «exclue» de l’équipe libérale.

Expulsion aux yeux de la principale intéressée, départ selon Philippe Couillard : Fatima Houda-Pepin, après avoir porté pendant vingt ans les couleurs du Parti libéral du Québec, n’est plus une élue du caucus des libéraux. Elle siégera désormais comme indépendante.

Après une réunion du caucus qui a duré plus de quatre heures lundi, Fatima Houda-Pepin est sortie la première pour annoncer qu’elle avait été « exclue » de l’équipe libérale. Pour la députée de La Pinière, la seule élue musulmane de l’Assemblée nationale, la neutralité religieuse de l’État doit « s’incarner minimalement » dans les agents de l’État dotés de pouvoirs de coercition, comme les juges, les procureurs, les policiers et les agents correctionnels. Ils ne devraient pas porter de signes religieux ostensibles.

 

« La nouvelle, c’est qu’on a une position à laquelle on s’est tous ralliés, sauf Mme Houda-Pepin », a déclaré Philippe Couillard d’entrée de jeu. Cette position en matière de laïcité, décrite dans un rapport d’un comité présidé par le député de Fabre, Gilles Ouimet, ne sera connue que mardi, a-t-il précisé en début de soirée après avoir promis son dévoilement la journée même. La notion de neutralité religieuse de l’État, défendue par les libéraux, fera une distinction « entre les institutions et les individus ».

 

Pour Fatima Houda-Pepin, qui a souligné qu’elle luttait contre l’intégrisme depuis trente ans, refuser d’interdire le port de signes religieux, « c’est une porte ouverte à beaucoup de dérives ».

 

« La ligne de parti, c’est en train d’évoluer dans tous les Parlements de type britannique comme le nôtre », a-t-elle fait valoir sans succès. « Malheureusement, le Parti libéral de M. Couillard ne me permettait pas d’avoir une liberté d’action. » Fatima Houda-Pepin s’est cependant dite sereine. « J’ai défendu mes convictions et, cela, je ne le regretterai jamais. »

 

Pour illustrer l’unité de ses troupes, Philippe Couillard s’est présenté avec l’ensemble de ses députés. Devant cet aréopage, le chef libéral a rejeté du revers de la main toute allusion à une crise de son leadership. « C’est un [député] sur cinquante. Si j’avais le même pourcentage [d’appuis] au Québec, je serais plus qu’heureux », a-t-il dit.

 

Mauvais pour le PLQ

 

Ce départ n’aide pas le parti, a reconnu le chef libéral du bout des lèvres. Mais ce qui nuisait au parti avant tout, « c’est le flottement, c’est l’impression d’une direction qui n’existe pas, qu’il n’y a pas de ralliement, de consensus. Ce n’est pas le cas, c’est terminé ».

 

Philippe Couillard ne se laisse pas émouvoir par le dernier sondage Léger Marketing qui montre qu’une majorité croissante de Québécois est favorable à l’interdiction pour les employés de l’État de porter des signes religieux. Sur la question des droits et libertés et la question des minorités, « la pire chose qu’une démocratie peut faire, c’est se laisser guider par les sondages », a-t-il affirmé.

 

Le chef libéral a permis un vote libre sur le projet de loi 52 concernant les soins de fin de vie, « une question personnelle, de nos vies très intimes et physiques ». Mais pour le projet de loi 60 sur la charte de la laïcité, la ligne de parti s’impose parce que sont les « valeurs libérales » qui sont en jeu.

 

Au moment de s’adresser aux médias avant la réunion du caucus, le chef libéral ne savait rien des intentions de Fatima Houda-Pepin, ni même si elle se présenterait au caucus, malgré les nombreux appels que son entourage avait faits pour la joindre et auxquels la députée n’a pas répondu. Finalement, la députée a rejoint le caucus alors que s’amorçait la réunion.

 

Philippe Couillard a énergiquement condamné le gouvernement Marois qui, en proposant d’interdire aux employés de l’État de porter des signes religieux ostensibles, fait un « geste démagogique », accusant le Parti québécois de « créer artificiellement une crise sociale ».

 

« On met sur la table sciemment, et c’est doublement irresponsable de leur part, un projet qui est illégal selon les lois du Québec, par les lois d’Ottawa, d’ailleurs », a-t-il renchéri.

 

« Mon sentiment, c’est que les gens sont inquiets et qu’ils sont confus », a affirmé Philippe Couillard. « Dans une ambiance comme ça, où la confusion est volontairement semée par un gouvernement, je comprends les citoyens d’être inquiets. »

 

« Je comprends ce que les Québécois voient et craignent. Et je le partage aussi », a-t-il pourtant souligné. Lui qui a passé cinq ans en Arabie saoudite se dit « familier avec ces questions, bien sûr, de la crainte des gens [devant] l’intégrisme, également qu’on est toujours, nous, en train de faire des concessions et que ces concessions ne viennent jamais de l’autre côté. »

 

Philippe Couillard est convaincu que le PQ fera de la charte sur la laïcité un enjeu électoral. « Voulons-nous vivre dans une société qui se replie sur elle-même en retirant des droits ou voulons-nous vivre dans une société ouverte ou inclusive ? » a lancé le chef libéral, tout en soulignant que, selon lui, les préoccupations de la population portent sur autre chose : l’économie, l’exode des jeunes, les soins de santé, les finances publiques ou encore la réputation du Québec à l’étranger.

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115 commentaires
  • Michel Bouchard - Inscrit 21 janvier 2014 00 h 18

    Je vous félicite Mme Houda-Pépin.

    Je vous félicite Mme Houda-Pépin d'avoir su tenir tête à votre chef et d'avoir exprimer ce que vous pensiez. Espèrons qu'il y aura d'autre député libéral qui feront ce que vous avez fait.

    • Carole Jean - Inscrite 21 janvier 2014 09 h 39

      Pas de liberté d’expression chez les libéraux

      La seule députée libérale qui connait d’expérience la signification anti-femmes des symboles islamistes aurait été forcée sous le règne de Philippe Couillard, un ancien employé du gouvernement misogyne de l’Arabie saoudite, d’en faire la promotion. Quelle aberration ! Quelle dictature ! Incroyable fermeture d’esprit et d’ignorance.

  • Carole Dionne - Inscrite 21 janvier 2014 00 h 57

    Si j'ai bien compris

    Houda-Pépin à sa sortie du conseil: Couillard ne lui demandait pas seulement d'adhérer à la vison du PLQ mais d,en faire aussi la promotion, ce qui est effectivement inacceptable. Donc avec les conditions de Couillard, c'est bien de demander à M Houda Pépin de quitter. Imaginez: promouvoir le hidjab, etc.

  • simon villeneuve - Inscrit 21 janvier 2014 01 h 52

    rien d'inquiétant

    De toute facon , un liberal va rester liberal peu importe les scandales (corruption) ou les valeurs (charte) .

    M. Coullaird ne perdra aucun vote avec cette expulsion deguiser.
    Montreal-Ouest va rester rouge, garantie :)

    • Marc Lacroix - Abonné 21 janvier 2014 09 h 03

      Entre vous et moi, l'enjeu électoral ce n'est pas véritablement "Montréal-Ouest".

    • simon villeneuve - Inscrit 21 janvier 2014 11 h 38

      Je sais !
      C'est pour ca ca change rien !

  • Patrick Asselin - Inscrit 21 janvier 2014 02 h 04

    La charte continue de faire des ravages ...

    La charte est devenue une arme de destruction massive pour les prochaines élections. Le calvaire de Philippe Couillard ne fait que commencer.

    Soyons honnêtes, la gouvernance de madame Marois ne passera pas à l'histoire. Son bilan économique et social est très faible. Cependant, Pauline Marois a démontré tout son talent politique en ramenant à l'avant-scène le débat sur les accommodements raisonnables, ce qui rend le prochain scrutin presque référendaire. Le PLQ, inspiré de Bouchard-Taylor, invitera la majorité francophone à être plus tolérante alors que le PQ demandera aux différents groupes religieux de respecter la neutralité de l'État.

    Qui fera donc les compromis ? La majorité ou les minorités ? voilà enfin une question claire.

    • Hélène Thompson - Inscrit 21 janvier 2014 08 h 18

      ça fait un an qu'ils sont au pouvoir et ils sont majoritaires... Vous vous attendiez à quoi? Franchement....

    • Denis Beausoleil - Abonné 21 janvier 2014 08 h 59

      M. Asselin, la charte je la voie comme une grande réflexion de société que nous devons avoir et aussi une avancée sur l'évolution et l'affirmation de valeurs que nous préconisons pour l'avenir du Québec. Les opposants à la charte tapent toujours sur la fibre de culpabilité des québécois en général et la réponse à votre dernière question, à savoir qui fera des compromis ? Hé bien la réponse me semble évidente et ça me navre. (Pour ce qui est de la compétence en économie, le PLQ nous a démontré sans équivoque qu'il sont pourris et corrompus et que leur gouvernance amènerait le Québec droit dans un gouffre, à la merci du fédéral.)
      O. Lessard

    • Claude Champagne - Inscrit 21 janvier 2014 09 h 34

      M. Asselin d'accord avec votre premier paragraphe, pour la suite je vous invite à lire l'article <chômage au Canada
      Le Québec champion de la création d'emplois : http://tvanouvelles.ca/lcn/economie/archives/2013/, ce n'est pas moi qui le dis, tva à ce que je sache pas plus Péquiste que le client en demande. Un article paru il y a deux mois est encore d'actualité. Pour le social c'est une affaire de tout le monde, faire mieux d'accord mais pour cela il faut créer de la richesse et d'une façon acceptable. Le filet social de plus en plus lourd et personne ne veut lâcher le morceau, sans aller jusqu'à privatiser le Québec. Je suis très contre, il va falloir faire des choix pénibles et il est là le problème. Aussi à ce que je vois en ce moment, personne ne se fait matraquer et personne ne fesse sur des chaudrons (paix sociale).

    • Pierre Labelle - Inscrit 21 janvier 2014 09 h 47

      Cette gouvernance comme vous dites M. Asselin n'a que 16 mois. Avant de tirer des conclusions, faudrait peut-être attendre la fin du mandat vous ne penser pas.... Pour ce qui est des compromis, aussi paradoxal que cela puisse être, selon Couillard la majorité en fait plus que la minorité. Remarquer que ce bon docteur n'en est pas à une contradiction près.

  • Gaetane Derome - Abonnée 21 janvier 2014 02 h 47

    Ainsi pas de vote libre sur la charte pour les libéraux.

    Assez etrange,je croyais qu'on etait dans une democratie et que tous avaient le droit de s'exprimer et surtout la liberte de le faire.
    M.Couillard dit que c'est une question de "valeurs liberales",il me semble que ces valeurs en questions font passer les libertes religieuses avant l'egalite homme-femme.

    Ou peut-etre que M.Couillard veut faire plaisir a ses amis en Arabie saoudite?

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 janvier 2014 08 h 00

      Mme Houda-Pépin a tout à fait le droit de s'exprimer. Mais les députés libéraux ont aussi le droit de ne pas la vouloir avec eux.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 21 janvier 2014 08 h 22

      Je crois avec vous que les valeurs du PQ sont plus libérales que celles du PLQ...

    • Raymond Chalifoux - Inscrit 21 janvier 2014 09 h 55

      Les "valeurs libérales" (le pouvoir et l'argent, point. Ah oui, les gerbes de quatre douzaines de roses aussi.) pas sûr qu'elles émeuvent le peuple tant que ça...

      Quant aux amis "Arabes" de M. Couillard, il ne faudrait quand même pas oublier, parlant d'amis, la communauté Juive de Montréal, elle-même tout aussi porteuse de signes ostentatoires.

      Tiens, tandis que j'y pense, vu leurs accointances, les Libéraux devraient peut-être être mandatés par l'ONU pour trouver une solution au conflit Palestinien... ("On jase!", comme dirait l'autre...)

    • Marc Lacroix - Abonné 21 janvier 2014 10 h 05

      @ M. Auclair

      Si la liberté d'expression est une — valeur libérale —, un vote libre sur cette question litigieuse aurait été une démonstration concrète de la liberté d'expression !

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 21 janvier 2014 11 h 50

      Les contradictions dans le discours de M Couillard sont dérangeantes. On laisse entendre que M Couillard est intelligent ou très intelligent. À ma connaisssance, intelligence n’est pas synonyme de jugement équilibré.