Un projet de loi inutile contre le fondamentalisme, dit la FFQ

La FFQ considère que le gouvernement Marois pourrait faire beaucoup plus pour freiner l’influence des intégristes au Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir La FFQ considère que le gouvernement Marois pourrait faire beaucoup plus pour freiner l’influence des intégristes au Québec.

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) s’apprête à demander au gouvernement Marois de retirer son projet de loi 60 pour mieux prévenir et freiner la montée du fondamentalisme religieux au Québec. Dans son mémoire Pour la laïcité sans domination qui sera présenté devant la commission parlementaire sur la charte des valeurs québécoises, la FFQ reconnaît que la laïcité peut être un outil intéressant « pour éloigner les fondamentalismes du pouvoir politique » sans pour autant « assurer que toutes les femmes soient libres ».

 

En fait, la FFQ estime que le projet de charte du ministre Bernard Drainville est loin de répondre à ses préoccupations en ce qui concerne l’égalité et la justice pour toutes les femmes. « En traitant l’égalité entre les femmes et les hommes comme une “valeur” ou un “principe” plutôt qu’un droit au sens politique et juridique, le projet affaiblit la teneur de ce droit et rend encore plus difficile que cette égalité de droit se traduise en égalité de fait », a expliqué la présidente de la FFQ, Alexa Conradi, dans un communiqué rendu public lundi.


Intégristes religieux

 

La FFQ soutient qu’une loi sur la laïcité serait préférable à une charte des valeurs afin de mieux lutter contre le fondamentalisme religieux dans la société québécoise. Les féministes craignent plus précisément que les intégristes religieux fassent reculer la place des femmes dans l’espace public ou qu’ils remettent en question le droit à l’autonomie économique ou encore la liberté sexuelle des femmes. De plus, elles considèrent que le projet de loi du Parti québécois stigmatise les minorités religieuses, dont les musulmanes, ce qui « risque d’augmenter le repli identitaire qui est un terreau fertile pour le développement de mouvements fondamentalistes ».

 

La FFQ considère que le gouvernement Marois pourrait donc faire beaucoup plus pour freiner l’influence des intégristes au Québec. Elle affirme qu’il pourrait, par exemple, travailler avec des groupes de femmes pour recenser les meilleures manières de « stopper le contrôle social des femmes associées souvent aux fondamentalismes religieux ou encore reconnaître que ce n’est ni au pape, ni à l’imam, ni au juge, ni à l’État, ni au mari, de décider pour les femmes leur rapport à la religion ».

 

Or, les féministes constatent que rien n’a été fait en ce sens jusqu’à présent. Dans le projet de charte du Parti québécois, elles remarquent plutôt qu’« au nom de l’égalité, l’État se substitue au jugement des femmes en décidant ce qui est bon pour elles alors qu’elles ont droit autant à l’égalité qu’à la liberté de conscience ».

 

Devant ce constat, la FFQ affirme que le gouvernement Marois devrait revoir sa charte en prenant en considération trois grands principes féministes qui permettraient une véritable laïcisation de l’État soit la non-domination, l’autodétermination des femmes et le respect des droits des femmes. « Dans une perspective de non-domination, le gouvernement a un rôle à jouer pour confronter et non conforter les préjugés qui circulent actuellement », a indiqué Mme Conradi.

 

Signes ostentatoires

 

Du coup, la FFQ recommande à Québec de ne pas interdire le port de signes religieux ostentatoires pour éviter de discriminer certaines minorités religieuses. Elle croit néanmoins qu’il est important d’interdire le port du voile intégral dans la fonction publique, y compris dans les garderies en milieu familial.

 

La FFQ maintient également que le projet de loi 60 demeure flou à bien des égards, notamment sur le retrait du crucifix à l’Assemblée nationale, la prière dans les conseils, en plus de passer « carrément sous silence le financement par l’État des écoles privées confessionnelles ».

 

« Nous demandons donc au gouvernement de mener les recherches et les consultations nécessaires afin de présenter un nouveau projet de loi qui permettrait une véritable laïcisation de l’État, de ses lois, procédures, dispositifs et institutions », a fait savoir Mme Conradi.

 

Pour pallier les lacunes, la FFQ propose de mettre sur pied un comité de travail, composé de chercheurs et de militantes féministes, qui serait chargé d’examiner les enjeux entourant le fondamentalisme religieux.

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