Houda-Pepin se dit «exclue» du caucus du PLQ

La députée Fatima Houda-Pepin
Photo: Source: Assemblée nationale du Québec La députée Fatima Houda-Pepin

Québec — Alors que son caucus s’apprêtait à arrêter la position du Parti libéral du Québec sur la Charte de la laïcité, Philippe Couillard ne laissait à la députée dissidente Fatima Houda-Pepin qu’une alternative: se rallier ou partir. Un peu avant 19h, lundi, elle s'est présentée devant les médias en se disant «exclue» du caucus.

Mme Houde-Pepin en a fait elle-même l'annonce, au terme d'un caucus spécial des députés libéraux où devait être adoptée la position officielle du parti en matière de neutralité religieuse de l'État, incluant le port des signes religieux, de même que de lutte à l'intégrisme.

La députée de La Pinière conteste depuis deux mois les positions et l'approche retenues par son parti sur la question de la laïcité et du port de signes religieux, qu'elle juge contraires au bien commun. Elle favorise notamment l'interdiction des signes religieux pour le personnel employé de l'État ayant un pouvoir coercitif (juges, procureurs, policiers, gardiens de prison).

Madame Houda-Pepin demeurera néanmoins députée à l'Assemblée nationale.

«Ce n'est pas moi qui ai dit à Mme Houda-Pépin de partir, a dit Philippe Couillard. Personne n'a dit à madame Houda-Pepin: "vous êtes exclue du caucus".»

M. Couillard a dit que le départ de la députée «s'est fait de manière très émotive. Tout le monde lui a demandé de rester.» Tout de même, le chef libéral a dit: «on lui a demandé de prononcer les mots "solidarité" et "ralliement".»

«À la limite»

Plus tôt dans la journée, le chef libéral Philippe Couillard a déclaré que «la patience à des limites et je suis arrivé à la limite». Il participait ensuite à la réunion du caucus où les députés libéraux se penchaient sur le dernier rapport du comité présidé par le député de Fabre, Gilles Ouimet, sur la neutralité de l’État et l’intégrisme religieux. «On va adopter ensemble une position collégiale en donnant le droit de parole à tout le monde. Et la règle en politique, de base, c’est quand on est dans un groupe politique et qu’il y a une décision qui est prise, on s’y rallie ou non. Et le choix est très clair.»

«Le silence n’est pas acceptable. Il y a deux portes ici», a-t-il ajouté. Le PLQ aura désormais un position sur la Charte de la laïcité. «Aujourd’hui, on va y mettre un point final. Quand vous allez me poser des questions, à partir de ce soir ou demain matin, sur la Charte, je vais y répondre.»

Mais au moment de s’adresser aux médias, le chef libéral ne savait rien des intentions de la députée, ni même si elle se présenterait au caucus, malgré les nombreux appels que son entourage a fait pour joindre Fatima Houda-Pepin sans qu’elle n’y réponde. Le chef libéral estime tout de même que sa contribution sur cette question serait «majeure».

Finalement, la députée a rejoint le caucus alors que s’amorçait la réunion du caucus mais sans livrer aux journalistes sa réaction au rapport Ouimet. Elle a dit qu’elle ne fera pas de commentaires avant la fin de la réunion. 
 
Couillard condamne Marois

Philippe Couillard a énergiquement condamné le gouvernement Marois qui, en proposant d’interdire aux employés de l’État de porter des signes religieux ostensibles, fait un «geste démagogique», accusant le Parti québécois de «créer artificiellement une crise sociale».

«On met sur la table sciemment, et c’est doublement irresponsable de leur part, un projet qui est illégal selon les lois du Québec, par les lois d’Ottawa, d’ailleurs», a-t-il renchéri.
 
«Mon sentiment, c’est que les gens sont inquiets et qu’ils sont confus», a affirmé Philippe Couillard.

«Dans une ambiance comme ça, où la confusion est volontairement semée par un gouvernement, je comprends les citoyens d’être inquiets», a martelé le chef libéral.

«Je comprends ce que les Québécois voient et craignent. Et je le partage aussi», a-t-il pourtant souligné. Lui qui a passé cinq ans en Arabie saoudite se dit «familier avec ces questions, bien sûr, de la crainte des gens [devant] l’intégrisme, également qu’on est toujours, nous, en train de faire des concessions et que ces concessions ne viennent jamais de l’autre côté.»

Le projet de loi 60 ne pourra faire l’objet d’un vote libre parmi les libéraux comme ce sera le cas avec le projet de loi 52 sur les soins en fin de vie «parce que cet enjeu est au coeur des valeurs libérales», a-t-il tranché. «Vous ne pouvez pas être un libéral si vous ne défendez pas les libertés.»

Philippe Couillard est convaincu que le PQ fera de la Charte sur la laïcité un enjeu électoral. «Voulons-nous vivre dans une société qui se replie sur elle-même en retirant des droits ou voulons-nous vivre dans une société ouverte ou inclusive ?» a lancé le chef libéral, tout en soulignant que les préoccupations de la population porte sur autre chose : l’économie, l’exode des jeunes, les soins de santé, les finances publiques, la réputation du Québec à l’étranger.