Nouvel affrontement en vue entre Fatima Houda-Pepin et le Parti libéral?

En novembre, Mme Houda-Pepin avait accepté de rentrer dans le rang en posant quelques conditions qui ne semblent pas se retrouver dans la position officielle du parti.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot En novembre, Mme Houda-Pepin avait accepté de rentrer dans le rang en posant quelques conditions qui ne semblent pas se retrouver dans la position officielle du parti.

Tout indique qu’un nouvel affrontement se prépare entre le Parti libéral du Québec (PLQ) et la députée Fatima Houda-Pepin, sur la position du parti en matière de laïcité de l’État, selon ce qu’a appris La Presse canadienne.

 

Le comité chargé de préparer un rapport sur la question, dirigé par le député Gilles Ouimet, prévoit de conclure ses travaux samedi, lors d’une ultime rencontre à Montréal, avant de faire entériner la nouvelle position du parti par les députés libéraux lundi après-midi, à Québec, à l’occasion d’un caucus spécial. Il est prévu que la députée assiste à ces deux rencontres.

 

D’après les informations recueillies de diverses sources proches du dossier, la position globale qui sera adoptée par le parti ne répondra pas aux exigences formulées en novembre par la députée de La Pinière, au moment où elle avait dénoncé publiquement la position libérale sur les signes religieux et le tchador, qu’elle jugeait contraire au principe de l’égalité des femmes et à l’approche traditionnelle de son parti quant à l’équilibre entre droits individuels et droits collectifs. « Il est permis d’interdire quand l’intérêt public l’exige », écrivait-elle alors, en rappelant qu’un gouvernement libéral avait déjà dans le passé accepté de limiter les droits pour le bien commun.

 

Pas d’interdiction

 

Or le PLQ de Philippe Couillard a choisi de s’en tenir à la ligne dure sur la question des droits de la personne et de la liberté religieuse : pas question d’adhérer à une logique d’interdiction des signes religieux, même pour les employés de l’État ayant un pouvoir coercitif (policiers, agents correctionnels et juges). Mme Houda-Pepin tenait pourtant mordicus à cette limitation. Au moment de sa sortie publique, M. Couillard avait réagi en acceptant d’examiner cette question, pour autant que la Charte des droits soit respectée. Mais le comité a cherché en fait à contourner le problème, sans jamais vraiment envisager la possibilité d’interdire quoi que ce soit à qui que ce soit, confirme une source.

 

Seule exception jugée acceptable par les libéraux : le visage devra être découvert, pour des raisons de sécurité, d’identification et de communication. En remaniant l’essentiel du projet de loi 94, déposé en 2010 par l’ex-ministre Kathleen Weil mais jamais adopté, on veut privilégier pour les signes religieux — dont le tchador — une approche basée sur les demandes d’accommodement, en fixant des balises qui permettront aux dirigeants des ministères ou organismes d’évaluer ce qui est jugé raisonnable ou non. L’ex-directrice de cabinet de Mme Weil a d’ailleurs été mise à contribution pour rédiger le rapport Ouimet. Ce sera donc un retour à la case départ.

 

Les libéraux vont proposer d’inscrire le tout dans un projet de loi, qui rappellera les grands principes de « laïcité ouverte » apparaissant déjà dans le projet de loi 94 : respect de la Charte québécoise des droits et libertés, égalité hommes-femmes, neutralité religieuse de l’État. Ils estiment que c’est l’État qui doit être neutre sur le plan religieux et non ses employés par leur tenue vestimentaire. Selon eux, la limitation portant sur le « visage découvert » pour offrir ou recevoir un service de l’État est la seule susceptible de passer le test des tribunaux en regard des chartes.

 

En parallèle, le PLQ voudra faire la lutte contre l’intégrisme, une préoccupation centrale pour Mme Houda-Pepin depuis des décennies. On parlait d’abord d’un projet de loi, mais on semble désormais pencher davantage vers la rédaction d’un simple plan d’action. On visera à revoir par exemple les exemptions fiscales accordées aux organismes religieux et aux lieux de culte abritant des intégristes. On envisagera aussi d’amender la Loi sur la protection de la jeunesse, de manière à prévenir les mariages forcés et à protéger la confidentialité des dossiers de jeunes plaignantes issues de familles propageant des valeurs intégristes.

 

La direction du parti cherche surtout à régler cette question controversée au plus tôt, soit avant le caucus précédant la prochaine rentrée parlementaire, qui sera tenu à Saint-Félicien à la fin du mois. L’opposition libérale espère pouvoir enfin recentrer le discours du parti sur l’économie et l’emploi, ce qu’elle n’a pas réussi à faire au cours des derniers mois, monopolisés par le débat sur la charte de la laïcité, sur fond de confusion autour de ses positions sur le tchador.

 

En novembre, au moment de sa sortie publique qui a failli lui valoir l’expulsion du caucus libéral, Mme Houda-Pepin avait accepté de rentrer dans le rang et de participer aux travaux du comité Ouimet, en posant quelques conditions : que le parti considère d’interdire les signes religieux aux employés de l’État ayant un pouvoir coercitif, que le tchador, symbole d’oppression féminine, soit totalement banni des services publics en toutes circonstances, et qu’elle puisse présenter à ses collègues du caucus le projet de loi de lutte contre l’intégrisme, qu’elle a rédigé en 2011 et actualisé au cours des derniers mois. Dans les trois cas, elle n’aura pas eu gain de cause.

 

« On ne travaille pas en fonction de Fatima », tranchera une des personnes contactées au parti. Résumée un peu brutalement, on pourrait décrire ainsi l’attitude libérale envers la députée rebelle : si elle reste, tant mieux, si elle part, tant pis.


Divergences autour du ministre St-Arnaud

La première semaine d’audiences en commission sur le projet de charte des valeurs québécoises s’est conclue avec deux demandes contradictoires. L’organisme Québec inclusif a demandé vendredi à la première ministre Pauline Marois d’enlever au ministre Bernard Drainville la responsabilité de ce dossier et de le confier à son collègue de la Justice, Bertrand St-Arnaud. Selon l’organisme, Bernard Drainville ne comprend pas les aspects juridiques de son projet de loi et s’avère incapable de saisir le climat qui existe au Québec depuis le dépôt du projet de loi 60. Au cours de la journée, le critique libéral en matière de justice, Gilles Ouimet, a au contraire lancé un ultimatum au ministre St-Arnaud. Il exige la divulgation des avis juridiques sur lesquels le gouvernement Marois s’appuie pour démontrer la légalité de son projet de charte. « Qu’il les dépose ou qu’il cède sa place ! », a-t-il déclaré. M. St-Arnaud a refusé d’accéder à la demande de son adversaire politique en expliquant que les avis juridiques du gouvernement sont « visés par le secret professionnel ». Il n’a pas l’intention de démissionner.

36 commentaires
  • Roch Yves Simard - Abonné 18 janvier 2014 01 h 59

    Ce que je comprends, c'est que pour les Libéraux, la laïcité de l'État ne pose aucun problème particulier. Ce qui semble leur poser un problème, c'est l'intégrisme religieux. Quelqu'un sait ce que c'est que l'intégrisme religieux? Comment fait-on pour identifier des organismes religieux et des lieux de cultes abritant des intégristes? On en aurait eu peut-être un exemple dernièrement avec une secte ultraorthodoxe juive qui se serait réfugiée en Ontario et dont on ne sait plus ce qu'elle est devenue. Je vous signale dès le départ que ça apparaît un sujet très sensible. Allez-y donc mollo!

  • André - Inscrit 18 janvier 2014 04 h 41

    Pauvre Fatima

    Je sympathise avec elle. Que fait-elle dans ce parti ? On se fout complètement d'elle ? Que cherche le PLQ ? Est-ce purement électoral et s'assurer sans partage le vote des anglophones et des minorités ethniques ?

    Aura-t-elle le cran et le force de caractère de partir ou de plier et se soumettre ?

    Moi, je la verrais bien au PQ et elle ferait une très bonne ministre (par exemple à la Culture, ce serait mieux que ce qu'on a, ou à l'Immigration, à la Condition féminine), fonction qu'elle aurait dû occuper dans les gouvernements de Charest si ce n'eut été de ses convictions fermes contre l'intégrisme religieux et pour l'égalité entre les hommes et les femmes.
    Malheureusement, ce sont ses convictions fédéralistes qui l'emportent ? Quel gaspillage....

    • lise pelletier - Inscrit 18 janvier 2014 15 h 21

      Mis à part ce sujet en particulier qu'elle connaît de façon plus personnelle, Mme Houda-Pépin est bien une libérale.

      Je l'ai entendu lors d'une entrevue avec Benoît Dutrizac cette semaine et j'ai reconnu le style libéral., soit celui ou celle qui parle parle parle avec même parfois un ton agressif du style "moi j'ai raison et toi écoute".

      Alors le moment venu le PLQ fera semblant de lâcher du lest et de rejoindre sa députée, ce que les médias nous répéteront sans cesse pendant 24 heures mais tout ceci aura été convenu d'avance.
      La madame et son chef seront bien contents.

  • Nicole Bernier - Inscrite 18 janvier 2014 04 h 59

    Si c'est la position du parti libéral... aux prochaines élections...

    ... se sera la 2e fois que je voterai, pour ce parti, en 40 ans... J'imagine que je ne serai pas la seule, et si c'est le cas, le PQ connaîtra peut-être, en ayant fait de la charte sont principal cheval de bataille, la tempête qu'a connu le Bloc Québécois au fédéral...

    • Guillaume Houle - Inscrit 18 janvier 2014 10 h 51

      Vous êtes donc prête à endosser l'ensemble des positions du Parti Libéral du Québec - un parti reconnu pour son soutiens aux élites riches et fédéralistes - pour un seul enjeu?

    • David Boudreau - Inscrit 18 janvier 2014 10 h 53

      Le cas par cas posera de nouveaux problèmes que la charte veut régler, c'est-à-dire la contestation judiciaire des cas particuliers. Ce n'est pas une position, c'est une absence de position qui réduit le politique à des droits individuels sans tenir compte des consensus qui ont bâti l'esprit d'accueil dans le respect de tous et qui s'est réalisé dans la laïcité institutionnelle. Vous savez Mme, lorsque des homosexuels quittent leur pays d'origine par crainte pour leur vie et viennent s'installer à Montréal, le problème souvent rencontré est celui du rejet de leur propre famille et de leur propre communauté d'origine. La régulation sociale informelle s'appuyant sur la religion et les traditions partiarcales fait son oeuvre au-delà des droits et libertés. Lorsqu'on défend le droit d'afficher ces convictions qui postulent bon gré ou mal gré ces régulations informelles, cela ne se fait pas sans conséquence. Vous pourriez appliquer la même situation pour les femmes qui arrivent et se font prendre en charge par leur communauté. Avant de déposer votre bulletin de vote dans l'urne, pensez-y une seconde et dites-vous que dans certains cas, la notion de choix est plutôt relative au contexte où nous atterrissons.

    • Colette Pagé - Inscrite 18 janvier 2014 12 h 57

      Si j'étais à votre place je serais prudente dans mes prédictions. Car, il ne faut pas oublier que le Parti libéral attire de moins en moins d'électeurs francophones. Ce qui devrait vous amener à réfléchir avant d'appuyer un Parti otage de sa clientèle anglophone et allophone qui avec son chef aligne sa postion sur le multiculturalisme à la Trudeau.
      Aujourd'hui ce Parti navigue à vue sans orientation claire. Avec la présente de Madame Hounda-Pépin et le risque de dérapage on sent la nervosité augmentée de jour en jour.

      Ajoutons que ce Parti d'affairiste qui préfère parler principalement d'économie est moins à l'aise lorsqu'il s'agit de débattre de questions de société.

  • Pierre Labelle - Inscrit 18 janvier 2014 05 h 13

    Le courage de ses.....

    Fatima aura-t-elle le courage de ses convictions? Car si ces fuites s'avérent exact, Mme Pépin n'aura qu'un choix, sortir des rangs de ce parti de bouffons; un jour ils disent oui, le lendemain c'est non, un autre jour c'est peut-être. À vouloir plaire à tout le monde, et son père et sa mère, voila à quoi cela ressemble. Une seule priorité dirige le PLQ actuellement; reprendre le pouvoir, alors pour ce faire il leur faut aller chercher des votes. Exercice difficile quand on affiche publiquement une telle incohérence, comment peut-on faire confiance à un parti qui change d'idées aussi souvent que ses membres changent de culottes? Si le parti libéral manque de courage, souhaitons que Mme Pépin ne s'effondre pas comme certain de ses collègues et demeure debout.

    • Nicole Bernier - Inscrite 18 janvier 2014 10 h 54

      Ils ont choisi une ligne qui va rassembler bien des positions différentes qui sont contre la charte... Je trouve au contraire le processus du parti libéral moins dogmatique que celui du PQ qui a craché sur tous les nationalistes qui s'opposaient à la formulation actuelle de la charte...

      Je trouve que le leadership de M. Couillard semble indiquer qu'il cherche la construction de consensus dans son équipe... Si c'est le cas, attention à l'ouragan qui va renverser le PQ car, au final, le peuple québécois n'a jamais tranché en faveur du radicalisme...

    • Normand Carrier - Inscrit 19 janvier 2014 06 h 38

      Chercher le consensus de la charte fédérale qui prône le multiculturalisme et les libertés individuelles qui priment sur les droits collectifs , ce n'est pas très vendeur ... Mais vous avez le droit de rêver madame Bernier et espérer un consensus chez les anglophones ....

  • michel lebel - Inscrit 18 janvier 2014 06 h 08

    Leadership et clarté requis!

    Il est grandement temps que le Parti libéral adopte une position claire et déterminée sur la charte des valeurs: les libertés fondamentales, dont la liberté de religion, doivent être défendues sans équivoque. Par exemple, le port de signes religieux doit être permis partout et pour quiconque, sauf si la sécurité physique des personnes est en cause.

    Il importe absolument d'être clair et déterminé dans ce débat sur cette charte. À Philippe Couillard de montrer ses qualités intellectuelles et de chef!


    Michel Lebel

    • Diane Veilleux - Inscrite 18 janvier 2014 11 h 26

      Pour qu'il puisse montrer ses qualités intellectuelles et de chef il lui faudra sortir de l'ombre où il se cache dès que la soupe chauffe.

    • Colette Pagé - Inscrite 18 janvier 2014 13 h 01

      Il serait surprenant que le Chef du Parti libéral démontre de la souplesse dans le dossier de la Charte. Otage de sa clientèle anglophone et allophone et adepte d'un fédéralisme axé sur le multiculturalisme, il boira le calice de la Charte jusqu'à la lie quitte à perdre sa députée Hounda-Pépin, à voir son leadership contesté et à perdre les élections.
      Son expression "Over my dead body" résume assez bien son ouverture.

    • Gilles Théberge - Abonné 18 janvier 2014 15 h 31

      Les religions, il y a des endroits pour ça. Les églises, les temples, les synagogues, les mosquées. Puis il y a un autre endroit, sa maison. À cela ajoutons son for intérieur.

      Ce sont les endroits appropriés pour pratiquer sa religion. La «job» c'est l'endroit pour travailler, pas pour pratiquer sa religion ou proclamer sa foi.

      Il faut convenir que les croyances auxquelles s'ajoutent nombre de superstitions nous viennent du fond des âges. C'est pourquoi toutes ces manifestations persistent à travers le temps.

      Mais il ne faut pas confondre la pratique de la religion avec l'exhibition des symboles exprimant ses croyances. D'autant et c'est bien fatiguant à la longue de voir le refus obstiné de plusieurs à le reconnaître, les religions sont fondamentalement prosélytes.

      Àpartir du moment où tu crois que les humains ont besoin de salvation et que tu es persuadé de posséder la réponse finale au problème, tu te met forcément à vouloir étendre la puissance de ta religion en multipliant le nombre des croyants. C'est une donnée indéniable.

      Et le problème est là. Je pense que madame Pépin l'a bien compris, d'où la crise qui sévit au parti libéral. Mais comme Couillard s'est peinturé dans le coin, ça devient pratiquementinsoluble et je pense que ça va finir par un divorce.