Le PQ a un discours aux accents frontistes, croit Michel Seymour

Plus de 200 groupes ou personnes ont déposé un mémoire sur le projet de loi 60 qui fait l’objet présentement d’une consultation publique à Québec.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Plus de 200 groupes ou personnes ont déposé un mémoire sur le projet de loi 60 qui fait l’objet présentement d’une consultation publique à Québec.

Le philosophe et souverainiste Michel Seymour croit que le Parti québécois, en proposant d’interdire le port des signes religieux dans le secteur public et parapublic, alimente un « nationalisme du ressentiment » avec un discours qui ressemble à celui de Marine Le Pen du Front national.

 

« Le Parti québécois n’a rien à voir avec le Front national, il faut s’entendre. Mais il y a vraiment dans le discours parfois des ressemblances, en degré, un discours de droite qui a peur de l’Autre », a déclaré Michel Seymour après sa comparution à la consultation sur le projet de loi 60. « Vous écoutez les propos mielleux et modérés de Martine Le Pen. Sacrifice, ça se ressemble un peu. »

 

Une nécessité

 

L’universitaire s’est dit « profondément convaincu » de la nécessité de doter le Québec d’une charte de la laïcité pour combler le besoin d’affirmation nationale des Québécois, mais sans cette prohibition du port des signes religieux ostensibles. Il s’agit d’un « dérapage », d’« une mauvaise réponse à une bonne question ». Il a dénoncé le « nationalisme conservateur » que trahit cette interdiction, un nationalisme d’État, inspiré par la France, « qui lamine les différences ».

 

« On se retire dans la majorité canadienne-française aux dépens des minorités et c’est un repli identitaire. Les régions contre Montréal, la population, avec un discours populiste, contre les intellectuels, l’origine française contre le multiculturalisme, ce sont des manifestations d’un repli identitaire », a-t-il expliqué aux parlementaires.

 

Le Québec a vécu une « expérience historique » différente de celle de la France, une histoire marquée par le respect de la minorité anglo-québécoise et la reconnaissance du pluralisme, a fait valoir Michel Seymour.

 

Le gouvernement ne doit pas s’engager dans un « social engineering » [ingénierie sociale], se mêler des habitudes de vie des citoyens, forger les mentalités, a-t-il prévenu. « L’État ne doit pas entrer dans la chambre à coucher des citoyens, mais il ne doit pas non plus rentrer dans leur garde-robe. »

 

Diversité de religions

 

Selon lui, il y a non seulement une diversité de religions, mais aussi une diversité de rapports à la religion. « Pour certains, la foi religieuse est essentiellement une affaire qui relève de la liberté de conscience et qui se vit dans la sphère privée. Mais pour d’autres personnes, l’identité religieuse est intimement liée à une appartenance communautaire et elle se vit en groupe », a-t-il signalé. Le port des signes religieux ostentatoires devient « un marqueur identitaire important » pour manifester cette appartenance communautaire.

 

Le ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, a tiqué à l’évocation de ce nationalisme conservateur, disant ne se sentir ni conservateur ni replié. Il a demandé aux participants qui ont suivi Michel Seymour de se prononcer sur la question.

 

« De parachever la laïcité de l’État, c’est une oeuvre progressiste », a soutenu André Lamoureux, de la Coalition laïcité Québec. « Il n’y a pas de repli identitaire », a-t-il ajouté, pas de xénophobie, comme en témoigne la pétition du Rassemblement pour la laïcité qui a recueilli les signatures de 63 000 Québécois de toutes origines.

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