Un viaduc sur trois est mal en point

Une structure temporaire sous l’autoroute 40, à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Une structure temporaire sous l’autoroute 40, à Montréal.

Malgré les milliards investis ces dernières années pour préserver les viaducs, bretelles et autres ponceaux qui menacent de s’écrouler, près d’une structure sur trois nécessite toujours des réparations, travaux majeurs ou même un remplacement, selon les plus récents chiffres du ministère des Transports.

« Oui, on a des chiffres bruts comme ça qui peuvent faire peur, mais les structures sont toutes suivies », se défend la porte-parole au ministère des Transports (MTQ), Caroline Larose. Se basant sur les bilans annuels de l’état du réseau routier, elle affirme que malgré les apparences, le réseau s’améliore d’année en année.

 

Sur les 5294 structures répertoriées par le MTQ en date du 14 janvier, 940 nécessitent des réparations, 262 des travaux majeurs et 362 doivent carrément être remplacées. Une seule, située à Hemmingford, est fermée pour des raisons de sécurité. « Quand on parle de structures qui nécessitent des réparations, ce ne sont pas nécessairement des travaux qui doivent être faits de façon immédiate, ça peut s’étaler sur un horizon de 10 ans, précise Mme Larose. Ce sont davantage celles qui nécessitent des travaux majeurs ou un remplacement qui nécessitent notre attention première. »


Viaduc Henri-Bourassa

 

Pourtant, le viaduc Henri-Bourassa, dont un morceau de béton s’est effondré lundi sur un véhicule qui circulait sur l’autoroute 40, faisait partie de la première catégorie, soit celle des structures qui nécessitent des réparations non urgentes.

 

Dans ce cas précis, il s’agissait de béton de recouvrement qui venait recouvrir et protéger les armatures et non pas de béton structural. Malgré le rapport d’inspection qui révélait en juillet 2012 que le dispositif de retenue était dans un état de « désagrégation très importante » et représentait « un risque important pour les usagers », cette structure n’était pas considérée comme une urgence et n’était soumise à aucune restriction.

 

On avait toutefois procédé, à au moins deux reprises au printemps puis à l’automne dernier, à des opérations de sécurisation qui consistaient à retirer des morceaux de béton chambranlants.


Vérification de 500 structures

 

Pour le ministre des Transports, Sylvain Gaudreault, le problème de l’état des routes est complexe et il n’existe pas de solution miracle. « On peut faire le plus de travail possible, on peut examiner au plus près possible les infrastructures et il va arriver un événement qui va faire qu’un morceau qui va tomber. C’est ça qui est arrivé. Mais ce qui m’apparaît important, c’est d’être capable de s’ajuster et de changer nos façons de faire. C’est ça qu’on a fait, dès hier. »

 

Dans les minutes qui ont suivi l’incident, le ministre a demandé de vérifier à nouveau et de sécuriser les 500 structures à travers le Québec où un problème similaire a été décelé ces dernières années. Le rapport est attendu pour la fin de la semaine.

 

Il rappelle que son ministère a consacré « la part du lion » des investissements routiers pour la conservation des structures, soit 2,6 des 5,6 milliards prévus en 2013-2015.

 

Et malgré le dernier incident, il tente de se faire rassurant, même s’il ne peut « garantir à 100 % » qu’un événement semblable ne se reproduira pas. « Les automobilistes sont en sécurité. Dès que nous avons des informations voulant qu’une structure soit dangereuse, on la ferme carrément. »


Montréal

 

Le maire Denis Coderre a également tenté de se faire rassurant au sujet des ponts et viaducs appartenant à la Ville de Montréal. « Je ne suis pas inquiet dans le sens où il y a quand même des inspections qui se font en continu, a-t-il indiqué mardi. On va très certainement être vigilants. Il faut qu’on soit en mode prévention. »

 

Le maire a tout de même demandé un portrait complet de l’état des structures de compétence municipale. Il estime d’ailleurs que dans l’optique d’une ville intelligente, les citoyens devraient être mieux informés de l’état des ponts et viaducs.

 

En 2011, le vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, avait sonné l’alarme concernant le retard de la Ville dans l’entretien de ses ponts, tunnels et viaducs. Montréal compte 589 structures sous sa responsabilité exclusive ou partagée. Selon le bilan présenté en septembre dernier par l’administration, 24 structures étaient considérées dans un « état critique », 31 présentaient des « déficiences »,alors que 54 autres étaient dans un état « médiocre ».

 

L’effondrement d’un morceau de béton sur l’autoroute 40 oblige Québec à revoir ses priorités et à procéder à de nouvelles vérifications sur 500 structures qui n’étaient jusqu’alors pas jugées prioritaires.


Avec Jeanne Corriveau

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19 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 15 janvier 2014 01 h 27

    Impossible

    Le ministre veut sécuriser la population. Imaginez-vous: 3 jours pour vérifier 500 structures à travers le Québec, ans compter la rédaction du rapport . Ou bedon c'est une vérification très très sommaire pour faire plaisir au monde ou bedon ce sont des faussetés. Cela prend des camions élévateurs, des "boom", etc. en plus, cela prend beaucoup de personnel. Ce n'est toujours pas les secrétaires et les employés de bureau qui vont faire les vérifications. Belle essai, M Gaudreault, mais moi, je n'y crois pas.


    En passant, même si je ne vous crois absolument pas, ce n'est sûrement pas la faute du PQ, du PLQ ou tout autre ministre. On a coupé dans les infrastructures pour le mettre ailleurs et la population récolte un peu ce qu'elle a semé.

    Un parti politique veut se faire élire à tout prix, c'est la base de notre démocratie. Plutôt que de voir la vérité en face, on a voté pour le parti qui nous en promettait le plus. Donc...

    • Jean Richard - Abonné 15 janvier 2014 09 h 18

      «  On a coupé dans les infrastructures pour le mettre ailleurs et la population récolte un peu ce qu'elle a semé. »

      Ce qu'on a semé, c'est une culture, une religion de l'automobile. Toujours plus de routes et d'autoroutes est la devise depuis le milieu du siècle dernier. La conséquence de cette foi aveugle ? Voyons un peu les chiffres de Transport Québec : le réseau routier du Québec dépasse largement les 130 000 kilomètres contre 122 000 en Ontario. Or la population du Québec n'est que de 8 millions d'habitants alors que celle de l'Ontario se dirige vers les 14 millions. Ajoutez au tableau un climat plus difficile au Québec (davantage de jours de gel là où est concentré le réseau) et le fait qu'un bonne proportion du réseau québécois soit construit sur un sol instable (la vallée du Saint-Laurent) et ça aide à comprendre que pour entretenir ce réseau gigantesque, on doit miser au départ sur des frais d'entretien par habitant au moins deux fois plus élevés qu'en Ontario (la comparaison avec l'état de New York donne des résultats qui ressemblent à ceux de l'Ontario, mais avec un avantage climatique non négligeable).

      Fallait-il tout sacrifier à l'entretien de ce réseau routier démesuré ? À chacun d'y répondre selon ses convictions mais il y a un prix à payer pour ce manque de vision du siècle dernier.

    • Louis Bourque - Inscrit 15 janvier 2014 17 h 10

      On ne peut mieux dire, Monsieur Richard.

      Ajoutons à cette comparaison économique, celle des infrastructure de l'automobile de masse (autoroutes) à celle de la ville compacte (voirie urbaine et réseaux ferroviaires).

      Toute infrastructure induit une demande pour le mode de transport qu'elle accommode, notamment par son mode d'accès et la constitution du territoire desservi (MTQ: Guide à l'intention des MRC). Selon ce guide l'offre (et l'extension) autoroutière fait éclater le territoire, ce qui allonge la durée des déplacements, réduit leur concertation et disqualifie les transports actifs et collectifs. La ville s'en trouve également disqualifiée, comme l'interaction sensible, immédiate et sensée à l'autre. Une dépendance automobile s'en suit et avec elle, un déficit commercial annuel de 26G$ au Québec.

    • Louis Bourque - Inscrit 15 janvier 2014 17 h 10

      Par opposition, un couplage de voirie urbaine (assurant la vie urbaine) et de voies ferrées (assurant l'efficience des déplacements régionaux) est, typiquement, deux à trois fois moins cher à construire (selon le VTPI). Du coup à valeur égale, les déplacements deviennent trois fois moins chers pour les usagers (selon le VTPI et la ChambreCommerceMontréal). Surtout, le milieux de vie retrouve ses facultés interactives et paysagères qualifiantes, en fait social et humain. Notamment pour les enfants, que l'auto sert autrement à protéger de l'auto des autres, du sort de quelques 50 000 blessés de la route annuellement au Québec. Pour infléchir ce gâchis abominable, le transport public est quatre fois plus sûr à Montréal que l'auto pour son passager, et de trois à quatre fois plus sûr pour les autres (en distance, selon la DSP).

      Pour sortir de cet héritage en fait de danger systémique, de colonisation et d'aberration économique, nous devons réduire l'importance du réseau routier dans les transports, au profit des infrastructures et des formes urbaines actives et collectives. Ces dernières réduisent l'importance des transports dans l'accessibilité, acquise en partie par la complémentarité immédiate des usages et des lieux depuis l'espace humainement qualifiant.

  • Daniel Montambo - Inscrit 15 janvier 2014 04 h 52

    Dire que certains nous croyaient farfelus!

    La Coalition pour humaniser la rue Notre-Dame a vu le jour en décembre 2007.

    Avec le temps, les propos tenus tiennent bon, eux :

    http://rue-notre-dame.org

    Personnellement, je crois qu'avant de songer à remplacer tout ce béton qui ne tient pas la route, il faut plutôt se replacer les neurones afin de "songer" à des alternatives viables pour tous!

  • Mario Leroux - Inscrit 15 janvier 2014 05 h 25

    Sécurité des structures

    Malgré les propos rassurants des autorités,il demeure que deux dames ont frôlé la mort alors qu°un morceau de béton a littérallement abimé le capot avant de leur voiture en roulant sur une autoroute achalandée et non pas dans un bled perdu!
    J°ignore comment ça se passe ailleurs sur les autoroutes des pays industrialisés mais je me pose de sérieuses questions sur la sécurité des viaducs au Québec;il y a eu trop de laisser-aller à mon humble avis et il faut remédier à tout ça en urgence!La vie des usagers est en cause ici!

  • Michel Hélène - Inscrit 15 janvier 2014 08 h 40

    Rien de nouveau à l'horizon !

    Il n’y a rien de nouveau à l’horizon depuis belle lurette lorsque l’ensemble de nos élus nous valse des raisons et des chiffres, à pourfendre le véritable bon sens et tous les partis politiques confondus! Encore aujourd’hui, c’est de VALEUR que la priorité est la charte des valeurs ! Pratiquement et depuis des années que nos rues semblent avoir été bombardées par des théories les plus loufoques les unes que les autres. Ils ont toujours raison jusqu’à ce que l’on réalise sur le tard, que la raison déraisonne!

  • Patricia Clermont - Abonnée 15 janvier 2014 08 h 41

    la part du lion

    On n'a plus les lions qu'on avait en tout cas. La 'part du lion', habituellement, elle est la plus grosse, pas la plus congrue. Le ministre devrait consacrer 100% des sommes à la conservation des structures pour 4 ou 5 ans, le temps de remettre le tout à niveau. Malheureusement, tout un chacun pousse pour un bout de 19, une voie de contournement ici, une optimisation là... nonobstant le fait que nous avons le plus de km de voies routières par habitant en Amérique, à peu près tout le monde dans la belle province pense qu'il faut le compléter. Misère.