​La CAQ veut des compromis sur les signes ostentatoires

Le député caquiste Stéphane Le Bouyonnec estime que le Québec a besoin d'une telle charte, afin de préciser les balises des accommodements religieux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir - Archives Le député caquiste Stéphane Le Bouyonnec estime que le Québec a besoin d'une telle charte, afin de préciser les balises des accommodements religieux.
Alors que débuteront mardi les audiences sur le projet de charte de la laicité, la Coalition avenir Québec estime que le gouvernement péquiste devra faire des compromis et se rapprocher de sa position.

Le ministre responsable du dossier Bernard Drainville a laissé entendre que le «salut» de la charte passera par la CAQ, puisqu'il n'entretient aucun espoir de voir les libéraux appuyer le projet de loi 60. Le ministre ne voit donc aucun autre scénario possible que celui d'une collaboration avec la formation de François Legault.

Le député caquiste Stéphane Le Bouyonnec estime que le Québec a besoin d'une telle charte, afin de préciser les balises des accommodements religieux.

Il appuie la démarche «ouverte et transparente» du gouvernement de permettre à la population de s'exprimer dans le cadre d'audiences.

M. Le Bouyonnec rappelle qu'il y a un consensus sur les accommodements raisonnables et sur l'égalité homme-femme, mais il constate que la position des partis politiques diffère sur les signes religieux ostentatoires. C'est sur ce dernier point, ajoute-t-il, que la CAQ insistera pour que le gouvernement fasse des compromis.

Bernard Drainville s'est déjà dit optimiste sur la possibilité de conclure une entente avec la CAQ. Il entend toutefois écouter d'abord les gens qui se présenteront devant la commission, avant de passer à l'étape suivante, celle de peaufiner un accord éventuel avec la Coalition avenir Québec.

Quelque 250 mémoires devraient être présentés durant les audiences qui débuteront mardi.

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À la défense des femmes musulmanes

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) entend faire de son opposition à la charte de la laïcité l’une de ses priorités d’action en 2014. La directrice, Alexa Conradi, espère réussir à convaincre le gouvernement du Québec que le projet, tel qu’il est présenté, ne doit pas être adopté et qu’il doit être modifié. Selon elle, ce sont les femmes qui risquent de faire les frais d’un débat qui appartient davantage au rapport qu’entretient la société avec la religion. Une question qui se fait en partie « sur le dos des femmes musulmanes » considère la FFQ.

Ce chantier, la Fédération y est engagée par nécessité et en raison des enjeux qu’il soulève. Alexa Conradi reconnaît qu’il ne sera pas possible d’échapper au débat, mais elle formule quand même un souhait : « Qu’on réussisse à s’écouter collectivement davantage. Je crois qu’il faut trouver le moyen de faire la paix avec notre histoire et avec la religion pour être capable de mieux débattre », a-t-elle mentionné.
38 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 12 janvier 2014 12 h 20

    Le seul compromis acceptable

    Ce serait d'accepter la clause grand père et fermer la porte à tout autre compromis.

    Autrement ce sera à recommencer dans quelques années. Est-ce que le gouvernement est sérieux dans son intention d'enfin boucler la boucle de la laïcisation commencée avec la révolution tranquille et jamais complétée?

    C'est ce que nous verrons vientôt

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 13 janvier 2014 10 h 47

      Boucler la boucle de la laicisation? La question des accomodements raisonnables méritent sans aucun doute d'être encadrée de façon plus musclée, plus raffinée, et plus cohérente. Pourtant, est-ce que la Charte traite du curieux financement public des écoles privées confessionnelles? Est-ce qu'elle aborde le non-sens des allègements fiscaux et congés de taxe accordés aux institutions religieuses? Ce sont des privilèges accordés à des Institutions religieuses par l'État, et qui contribue à une situation d'inégalité entre les citoyens, ce que veut combattre la laicité comme principe démocratique.

      Autrement, est-ce qu'une éducatrice en garderie portant le voile, ou une infirmière, s'oppose aux valeurs québécoises? Est-ce qu'un privilège lui est accordé?

      Ce n'est pas la poursuite de la Révolution tranquille, c'est le retour au délire identitaire duplessiste, avant l'audace. Agiter le voile rouge devant le taureau de l'opinion publique pendant qu'on balance en coulisse les défis de notre société.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 14 janvier 2014 08 h 36

      Monsieur Lamy-Théberge, l'interdiction de porter des symboles religieux sur ses heures de travail est une exigence raisonnable de la laïcité de l'État.

      Comparer cela avec le duplessisme est grotesque. À moins de tenir à comparer la Cour européenne des Droits de l'Homme à une institution favorable au duplessisme...

  • Jean Lapierre - Inscrit 12 janvier 2014 13 h 05

    Compromis

    Il n'y a pas de compromis à faire sur la nécessité d'afficher la neutralité de l'état en matière religieuse. C'est le principe même du respect des croyances et non-croyance de tous les citoyens. Et ça, ça passe par l'absence de signes ou vêtements religieux ostentatoires de la part de ceux qui représentent l'état. Quand j'obtiens un service de la part d'un représentant de l'État, je ne veux pas savoir si cette personne est chrétienne, musulmane, juive, bouddhiste, ou autre. Tout ce que je veux, c'est un service compétent et consciencieux. On parle beaucoup du hidjab, mais tous les signes ou vêtements religieux sont concernés.

    • Benoît Landry - Abonné 13 janvier 2014 06 h 42

      Je suis d'accord que l'État s'affiche comme laïque, mais vous ne trouvez pas cela incohérent que l'État continue à financer l'éducation religieuse avant d'interdire aux gens qui ont profités des subsides d'afficher leurs valeurs.

      Encouragé de la main droite et interdire de la gauche... bizarre non ?

  • Gérard Pitre - Inscrit 12 janvier 2014 14 h 25

    À M. Jean Lapierre

    J'appuis vos dires. Porter des signes ostentatoires dans le cadre de ses fonctions ce n'est pas pratiquer sa religion, c'est faire la démonstration de son appartenance religieuse et ça, ça n'a pas sa place dans la fonction publique et ça ne devrait pas non plus être permis dans le milieu de travail en général qu'il soit publique ou privé. Mais pour le moment, tenons-nous en à l'État. Moi comme citoyen lorsque je reçois un service de l'État pour lequel je paie, je ne veux pas que celui ou celle qui me donne le service me dise à travers sa tenue vestimentaire ou quelque autres signes extérieures que ce soit de quelle appartenance religieuse il ou elle est. C'est un minimum de respect envers la clientèle. Quand je suis au travail dans le cadre de mes fonctions, je suis au service d'un employeur pour exécuter une tâche pour laquelle je suis payé, et non pour faire la démonstration de mes idéologies religieuses ou autres. Qu'est-ce qu'il y a de si difficile à comprendre pour les anti-charte? Ceux et celles qui ne respecteront pas la loi, devront en subir les conséquences et vivre avec les conséquences de leurs choix. Quand ça fera des semaines qu'aucun salaire ne rente à la maison, ils décideront ce qui est plus important: leur gagne pain ou leur apaventrisme à des croyances religieuses ancestrales et abêtissantes. Arrêtons d'en faire des victimes potentielles. Ce sont eux-mêmes qui s'excluront du travail par leur désobéissance à la loi. Tant pis pour eux et pour elles. Les signes religieux toute catégorie confondue n'ont pas leur place dans le milieu de travail. Pas de compromis à faire la-dessus. Il faut que le ministre et le gouvernement se tiennent debout. Pas de chantage, pas d'accommodements. Point final. Et comme la dit Michaud: tu ne veux pas accepter, déguerpit. Trouve-toi un autre emploi. Pas d'excuse, pas de pardon, pas d'accommodement point à la ligne. Merci Gérard Pitre

    • Nicole Bernier - Inscrite 13 janvier 2014 06 h 59


      M" Pitre, cet extrait est la réponse à votre question?
      "Qu'est-ce qu'il y a de si difficile à comprendre pour les anti-charte? Ceux et celles qui ne respecteront pas la loi, devront en subir les conséquences et vivre avec les conséquences de leurs choix. Quand ça fera des semaines qu'aucun salaire ne rente à la maison, ils décideront ce qui est plus important: leur gagne pain ou leur apaventrisme à des croyances religieuses ancestrales et abêtissantes."

      Vous ne voulez pas quelqu'un qui soit respectueux des différentes croyances qui donne un bon service à tous les clients, mais on voit très bien que ce que vous appelez la neutralité c'est le refus de rendre visible la croyance de ceux qui ont fait des choix différents de vous, des choix que vous trouvez "ancestrales et abêtissants'...

      Donc, les anti-chartes comme moi, refusent d'être associés à des gens qui méprisent autant les autres croyances que la leur, des gens qui sont prêts à être violents pour ne pas permettre à d'autres manières d'expliquer l'univers...

      Ce matin, le journaliste Daniel Lak, ancien journaliste à BBC et à CBC, a introduit le débat autour de la charte à Aljazeera

      Il a bien dit, pour représenter les pro-chartes, quelque chose du genre à ce que vous dites M. Pitre, en reprenant des extraits du Ministre Drainville:
      "Moi comme citoyen lorsque je reçois un service de l'État pour lequel je paie, je ne veux pas que celui ou celle qui me donne le service me dise à travers sa tenue vestimentaire ou quelque autres signes extérieures que ce soit de quelle appartenance religieuse il ou elle est. C'est un minimum de respect envers la clientèle."

      Mais il a aussi fait parler les anti-chartes, et personnellement, je suis incapable de dire, sur la place publique internationale, aux gens qui ont la foi, vous êtes "bêtes et arriérés" parce que vous avez des croyances religieuses... Cacher sur la place publique les signes religieux, c'est entériner une telle violence contre d'autres croyances.

    • Jean Richard - Abonné 13 janvier 2014 09 h 02

      « Moi comme citoyen lorsque je reçois un service de l'État pour lequel je paie, je ne veux pas que celui ou celle qui me donne le service me dise à travers sa tenue vestimentaire ou quelque autres signes extérieures que ce soit de quelle appartenance religieuse il ou elle est. »

      Comme citoyen lorsque je reçois un service de l'État pour lequel je paie, je regarde la qualité du service reçu, peu importe l'habit porté par celui ou celle qui me le fournit. Tout le reste est accessoire.

      Nous sortons du temps des Fêtes. Bien qu'on tente de le nier, Noël est, dans notre société, une fête religieuse. Alors, est-ce qu'on devrait se scandaliser de voir des signes ostentatoires de la fête dans l'espace public, dans des édifices qui abritent des employés de la fonction publique, ou pire, dans les écoles ou les garderies ?

      Et puisqu'on parle de fonction publique, on pourrait s'attendre à ce qu'elle soit non pas seulement neutre sur le plan religieux, mais aussi sur le plan politique. Alors, les signes ostentatoires d'appartenance partisane politique, est-ce qu'on en parle ?

      Entre un accommodement qui vient perturber le fonctionnement normal de la société (comme ne pas vouloir travailler avec une femme) et le port d'une quelconque pièce de lingerie qui elle, ne perturbe rien, il y a une nuance importante que l'on s'obstine à ne pas considérer.

      Enfin, le vieux réflexe « si tu n'es pas content, retourne d'où tu viens », désolé, mais j'ai de plus en plus de difficulté à savoir que ça existe encore. Tolérer ce type de propos en public, c'est assister au suicide de la société francophone du Québec.

    • Fany Millette - Inscrit 13 janvier 2014 09 h 58

      Qu'est-ce que l'habillement en général vient faire là-dedans?

      D'ailleurs, avez-vous la moindre idée de ce qu'est, objectivement, un signe "ostentatoire"? Cela reste encore à définir par le gouvernement, qui ne le sait même pas encore lui-même. Et si l'État se veut neutre, alors les jours fériés tel que Noël subsisteront-ils? Car comment un État peut se déclarer neutre s'il préfère une religion à une autre?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 13 janvier 2014 10 h 58

      La laicité n'est pas la disparition des signes religieux mais la neutralité de l'État envers les diverses croyances. Afficher un signe n'est pas nécessairement un privilège et ne s'oppose pas dans tous les cas à l'égalité des citoyens. C'est cette distinction mal comprise qui permet à certains de cacher leur malaise identitaire derrière une volonté de laicisation, qui combat finalement les manifestations culturelles étrangères tout en mettant en valeur de façon tout à fait arbitraire les éléments patrimoniaux, qui n'ont rien à voir avec la laicité.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 13 janvier 2014 19 h 43

      Le respect des autres, comme individus, comme être spirituel, être politique, être portant une casquette rouge alors que je porte une casquette bleue...Refuser la différence semble être un reflexe de tout groupe qui se définit comme tel...

      Comme féministe passionnée et athée, je suis contre des demandes d'accommodements déraisonnables...La plupart du temps, il suffirait de dire:"Non"...

      Si on cherche le pourquoi psychologique de tout ce débat, il est simple et compréhensible...La Nation québécoise se sent menacée de l'intérieur et de l'extérieur. Et comme il est habituel, toute réaction de crainte à une situation réelle ou perçue, est souvent excessive...

      Il faut regarder vers le futur et se demander quel État le Qc veut devenir? Tous les pays (pas seulement le Canada) ont vu une hétérogénisation de leurs populations: les E.U.,la France, l'Allemagne, la GB etc..Je lisais que 89% de la péninsule arabique est constituée de personnes venant d'Inde, Philippine etc...La Grèce est inondée de gens venant d'ailleurs! Les WASP du Canada sont en minorité..Il existe au niveau planétaire une dynamique difficile à résister à cause des facilités de déplacement et de communication...

      Alors quels sont les choix? S'entourer au propre ou au figuré d'une double barrière de barbelés? Cette charte, si adoptée ne va changer en rien le contexte dynamique de la société à moins de se déclarer officiellement contre toute future immigration...au détriment du QC..

  • Arthur Desgagnés - Inscrit 12 janvier 2014 15 h 03

    Par ordre d'importance ...

    Je ne vois pas de demi-mesure dans la projet de Charte tel que proposé.
    Comme citoyen, et surtout comme grand père, la Charte doit s’appliquer aux domaines desservant les clientèles les plus influençables de la société, prioritairement et dans l'ordre d’importance suivant:
    les pré-maternelles subventionnées;
    les maternelles subventionnées;
    les écoles primaires subventionnées;
    les CEGEPS subventionnés;
    les universités subventionnées;
    les hôpitaux subventionnés;
    les municipalités (également subventionnées);
    le domaine de la justice; (par définition, ils doivent appliquer les lois);
    les députés de l’Assemblée nationale. (ils devraient toutefois donner l’exemple car ils votent les lois.)

  • Hélène Paulette - Abonnée 12 janvier 2014 15 h 05

    J'exempterais les hopitaux….

    S'il y a un endroit où la présence de signes religieux ne me choque pas, ce sont bien les hopitaux où l'on a vu de tout temps aumôniers et représentants de dieux visiter les malades.... Je suis aussi d'accord pour la ''clause grand-père'' ce qui fermerait la porte à des recours en justice....

    • Gérard Pitre - Inscrit 12 janvier 2014 15 h 42

      À Mme Hélène Paulette. Non pas d'exception pour les hôpitaux non plus. Les aumoniers auxquels vous faîtes allusions ne sont pas des employés de l'État. En passant qu'est-ce que vous voulez dire par la «clause grand père»? Je ne connais pas cette expression, du moins je n'en ai jamais entendu parler?. Merci. Gérard Pitre

    • Jean Lapierre - Inscrit 12 janvier 2014 16 h 49

      Madame
      Un aumônier n'est pas un employé de l'État, que je sache. Un visiteur est un visiteur. Il ne s'agit pas de bannir toute présence de signes religieux dans l'espace public. Il s'agit de demander à quelqu'un qui représente l'État de ne pas afficher son appartenance religieuse, de la même façon qu'on lui demande de ne pas afficher son allégeance politique.

    • Gilles Théberge - Abonné 12 janvier 2014 22 h 30

      Ce n'est pas l'avis du syndicat des infirmières madame Paulette.

      Les symboles religieux n'ont pas leur place dans les institutions de l'État madame Paulette. Ça ne rime à rien vraiment. Et on pourrait avoir mille raisons de faire une tonne d'exceptions, ce qui à la fin mécontenterait tout le monde.

      Le mieux c'est d'être congruent, et cohérent.

    • Jacques Nadon - Inscrit 13 janvier 2014 05 h 23

      Messieurs Lapierre et Pitre
      Les services d'aumônerie dans les hôpitaux ont évolé et sont maintenant désignés comme des services spirituels. Ils sont intégrés à l'équipe des soins. Selon la loi sur ces services, les centres de santé (CH, CHSLD) et autres doivent offrir ce service. Si " l'aumônier" est souvent membre du clergé, l'équipe peut être composée de laïcs.
      Entre le service d'aumônerie et les services spirituels il y existe une rès grande différence.

    • Alain Lavoie - Inscrit 13 janvier 2014 09 h 28

      @M. Pitre. Moi aussi je me suis posé la question. Sur Google voici ce que cela donne : ''En droit, une clause de grand-père est une disposition légale permettant que, lors de l'adoption d'une nouvelle loi, les conditions de l'ancienne loi puissent s'appliquer à ceux qui en bénéficiaient déjà, généralement pour une période limitée.''

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 13 janvier 2014 19 h 58

      M. Pitre..Les médecins sont des travailleurs autonomes, malgré que, par entente ils sont payés par la RAMQ...

      Les infirmières sont des professionnelles à part entière, malgré qu'elles sont mal payées et avec des conditions de travail souvent inhumaines..Mais elles ne sont pas des fonctionnaires ou employées de l'État que par extrapolation..

      Oû tire-t-on la ligne des impositions par le gouvernement?

      Je suis d'accord avec la clause grand-père..Et encore plus "smart" pour le futur: essayer d'identifier par une interview plus serrée, les candidats -immigrants qui, de toute évidence n'ont pas la capacité ou la volonté de s'adapter è la société d'accueil...