2013 en 13 photos - Division

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Dévoiler pour mieux régner. Ce devait être un point final aux controverses sporadiques et localisées des dernières années sur les accommodements raisonnables, c’est devenu le point de départ de tensions sociales et surtout d’un nouveau déchirement collectif sur fond d’identité, de peur de l’autre et de hidjab.

Difficile d’en être autrement avec ce débat hautement émotif amorcé le 10 septembre par le gouvernement minoritaire de Pauline Marois et la présentation en grande pompe d’une idée de Charte des valeurs québécoises. Signe d’une utilisation à des fins politiques et partisanes de la chose, le plan de match péquiste en matière de laïcisation de l’État québécois par l’affirmation de valeurs faisant consensus dans la province a fait l’objet, dans les mois précédents son dévoilement, de fuites particulièrement bien orchestrées et surtout ciblées dans les journaux populaires et parfois populistes de l’empire Québecor.

À l’image de la France, de la Belgique, de quelques länder allemands et cantons suisses, Québec souhaite par cette démarche politique, officialisée le 7 novembre dernier avec le dépôt devant l’Assemblée nationale d’un projet de charte au titre à rallonge, réaffirmer la neutralité de l’État, encadrer le port de signes religieux dans son espace civique, mais également doter la province d’un outil de gestion général des accommodements à caractère religieux, accommodements jusque-là traités à la pièce et, bien souvent, dans la frustration.

La destination, dans une société vieillissante obligée de se tourner vers l’autre et l’ailleurs pour la suite des choses, n’est pas totalement dénuée de logique. Le chemin par contre pour s’y rendre s’est toutefois transformé rapidement en grand fossé séparant les tenants d’une charte censée réaffirmer les fondements d’un « Nous » et les opposants farouches à ce projet qualifié d’une source insoutenable de rejets, d’intolérance et de peur de la différence mal canalisée. En octobre, 58 % des Montréalais se disaient opposés à cette Charte, et ce, sur un territoire où la diversité sociale est certainement la plus perceptible au Québec.

Charte des valeurs communes pour les uns, charte de la chicane et de la division pour les autres, le concept, par les profondes divisions qu’il induit, a, à quelques endroits dans son développement, donné l’impression d’une stratégie politique visant à cibler les plus faibles, dans un environnement donné, pour forcer la cohésion et la solidarité d’un groupe qui en avait moins — dans la Grèce Antique, on appelait ça le pharmacos —, mais aussi à regagner le cœur d’un électorat perdu dans des élections passées et des circonscriptions localisées dans certaines couronnes en titillant son hostilité face à la différence. Une malice politique dont la finalité pourra sans doute être évaluée en 2014, en cas d’élections seulement.


Voyez le photojournaliste du Devoir Jacques Nadeau expliquer la présence nécessaire des photographes sur le terrain.
7 commentaires
  • Rafik Boualam - Inscrit 28 décembre 2013 06 h 44

    Instrumentalisation

    L'utilisation de la charte à des fins de politique partisane vient lui enlever sa crédibilité. Quand le PQ a vu que la première mouture pouvait aboutir, avec quelques petits amendements, à un consensus, il a pas mal musclé la deuxièmement mouture pour mieux cristalliser la division et aller chercher quelques votes supplémentaires. Avoir conçu un guide des bonnes réponses à donner lors des fêtes, était l'aboutissement inéluctable d'une logique pas mal tordue. Entre le parti conservateur et le PQ, je n'arrive plus à distinguer, ça se peut-tu que ce soit la nouvelle façon de faire la politique.

    • Léandre Nadeau - Inscrit 29 décembre 2013 16 h 55

      Mine de rien, Fabien Deglise reprend dans son texte les lignes de presse du plus grand groupe de presse au Québec, le Groupe Gesca (La Presse, Le Soleil, les journaux régionnaux, etc ). Or il se trouve que ces lignes sont aussi celles du ROC, du PLQ, des partis fédéraux, etc. C'est son droit. mais quand il déblatère sur une autre presse qu'il qualifie de populaire et populiste, il dérape car les textes de plusieurs chroniqueurs du JDM ont plus de profondeur que ceux de La Presse dont les journalistes et chroniqueurs font valoir une pensée unique, mise à part Foglia.

  • Sylvain Deschênes - Abonné 28 décembre 2013 11 h 29

    Instrumentalisation

    L'utilisatin de la charte à des fins de Quebec bashing vient lui donner toute sa crédibilité. La division par religion sous autorité anglicane étant la seule envisagée par les Canadiens et les opposants à une charte de laïcité.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 28 décembre 2013 22 h 53

    Hostilité face à la différence...

    La laïcité a en effet été instrumentalisée, son sens tordu à l'extrême par ceux-là même qui s'y opposent afin de protéger leurs intérêts personnels et propres croyances qui sont sources de division et de répression ailleurs dans le monde. La religion divise et ostracise... La laïcité a pour unique but de faire cohabiter toutes ces croyances souvent aux antipodes ensemble, dans une même société. Il est triste d'être témoin de la recrudescence des religions, et de voir combien nombreux sont les gens si peu renseignés qui se sont laissé convaincre que le débat vise un bout de tissu et une poignée d'intégristes, alors que la laïcité a pour but de protéger les droits de tous et chacun. Alors que les religions règnent de nouveau, l'Histoire et l'actualité auront servi à rien. Quant à l'instrumentalisation du débat par la politique pour des fins électoralistes, elle s'est surtout opérée du côté du Canada anglais conservateur qui a vu une occasion parfaite de dénigrer le Québec devant les groupes minoritaires, alors que la laïcité est le seul moyen d'assurer la paix et l'harmonie dans une société pruraliste. Que la tragédie humaine se poursuive et que la Tour de Babel continue de s'élever et de créer encore plus de violence et de guerre.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 décembre 2013 04 h 19

    Le père

    Le père de la charte canadienne des droits et libertés est d'accord avec la nouvelle charte québécoise. Il n'a pas été nommé, mais il reste que, il l'est ! Vu à RDI en filigrane en bas d'écran. Pas si pire comme soutient !

    C'est qui le «père» de la charte canadienne, réponse quelqu'un ?

    PL

    • Mathieu Bouchard - Inscrit 29 décembre 2013 14 h 21

      Roger Tassé, un haut fonctionnaire au fédéral de 1950 à 1985, puis avocat dans le même bureau d'avocats où Chrétien avait déjà travaillé. Tassé était sous-ministre du rapatriement de la constitution en 1982, sous le ministre Chrétien et son premier ministre Trudeau.

      Pour plus d'infos, vous pouvez aller lire l'article de la SRC.

      Il y a aussi cet article d'André Burelle qui, en juillet 2007, opposait déjà deux visions de la Charte : celle de Tassé vs celle de Trudeau. C'était une histoire de droits collectifs vs droits individuels. C'était sur Policy Options. Le titre est « Deux lectures opposées de la Charte canadienne » et c'est en ligne sur irpp.org.

  • Léandre Nadeau - Inscrit 29 décembre 2013 16 h 47

    Roger Tassé le père de la Charte canadienne des droits et libertés est en faveur de la Charte québécoise des valeurs

    Roger Tassé le père de la Charte canadienne des droits et libertés est en faveur de la Charte québécoise des valeurs

    http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2013/

    Dans l'entrevue qu'il a accordé à Radio-Canda, il mentionne entre autres que ce serait une bonne chose que l'État inscrive en toutes lettres dans une loi sa neutralité et laïcité. Il dit qu'une telle loi pourrait passer à la Cour suprême et qu'il n'est pas d'accord avec la position de la Commission des droits du Québec sur la charte des valeurs.

    Est-ce que les anti-charte vont accuser ce sous-ministre de Jean-Chrétien qui a rédigé la Charte canadienne des droits et libertés d'être un xénophobe, raciste, islamophobe, etc ??