Un bilan «assez positif»

Avec ses coupes dans l’aide sociale, le gouvernement de Pauline Marois s’est attiré les critiques de plusieurs groupes de gauche le printemps dernier.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Avec ses coupes dans l’aide sociale, le gouvernement de Pauline Marois s’est attiré les critiques de plusieurs groupes de gauche le printemps dernier.

Avec ses coupes dans l’aide sociale, le gouvernement Marois s’est attiré les critiques de plusieurs groupes de gauche le printemps dernier. Et, s’il a tenté de se reprendre, au cours de la dernière session parlementaire, avec différentes mesures à caractère social, dont sa fameuse politique de solidarité, plusieurs doutent toujours de ses véritables intentions et hésitent à lui faire confiance à nouveau.

 

« Ce gouvernement est encore sous haute surveillance », affirme la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Louise Chabot, en entrevue au Devoir. Elle fait un bilan « assez positif » de l’ensemble de l’oeuvre, mais elle a encore sur le coeur les importantes compressions annoncées en début de mandat dans plusieurs secteurs d’activité, comme la santé, l’éducation et les services de garde, sans oublier les fameuses coupes dans l’aide sociale. « Ç’a été la plus grave erreur de ce gouvernement. La ministre [de l’Emploi et de la Solidarité sociale] Agnès Maltais a eu beau se défendre, c’est clair que c’était une commande du Conseil du trésor. Et s’attaquer aux plus pauvres de la société, ce n’est vraiment pas à saluer. »

 

Selon elle, les pressions des différents groupes de gauche ont réussi à faire plier un peu le gouvernement Marois, qui a la réputation de gérer par essais-erreurs depuis son arrivée au pouvoir, en septembre 2012. Elle reconnaît les efforts du gouvernement en vue de « revaloriser le concept de solidarité comme richesse collective » et la reconnaissance des organismes communautaires et de ses travailleurs qui guident la politique de solidarité du gouvernement, annoncée à la fin octobre.

 

Elle salue également « deux projets de loi majeurs » en matière de santé — mourir dans la dignité et l’assurance autonomie — et ce, même si elle émet certaines réserves quant au fond. « Ça fait 20 ans qu’on dit que c’est un virage nécessaire. Ça va nécessiter beaucoup de doigté et de rigueur dans son application, si on ne veut pas revivre le dérapage ambulatoire des années 1990, mais le gouvernement semble avoir fait le bon diagnostic sur ces questions et vouloir aller de l’avant avec des moyens qui peuvent être probants dans nos soins de santé. »


«Solidarité de façade»

 

La représentante du Front commun des personnes assistées sociales du Québec, Amélie Châteauneuf, se montre plus sévère, affirmant ne pas croire la première ministre lorsque celle-ci affirme que la solidarité est l’un des piliers de son gouvernement. « C’est une solidarité de façade », dénonce la jeune femme. Après neuf ans de pouvoir libéral, elle admet que ses attentes étaient élevées. « La première chose que ce gouvernement a faite, c’est de réduire les prestations d’aide sociale. Après ça, il est arrivé avec une politique de solidarité qui n’était pas à la hauteur de nos attentes. C’est décevant. Le Parti libéral ne nous promettait jamais rien, mais cela avait le mérite d’être clair, il nous disait : “ Allez travailler !” Le PQ, lui, nous a dit : “ On va vous donner ceci et cela”», mais, finalement, quand il prend le pouvoir, il ne fait rien. »

 

La représentante du Front commun des personnes assistées sociales dénonce particulièrement le fait que, malgré ses promesses, le gouvernement n’a toujours rien annoncé au sujet des pensions alimentaires pour enfants qui sont soustraites de la prestation du parent monoparental recevant l’aide sociale. Elle dénonce également le peu d’annonces en matière de logement social et le manque de contrôle sur l’incessante hausse des loyers. Elle se réjouit néanmoins de la hausse des seuils d’admission à l’aide juridique, qui représente « une bonne nouvelle ».


Un contexte difficile

 

Pour le sociologue et professeur titulaire à la Faculté des sciences sociales de l’Université Laval, Simon Langlois, le gouvernement Marois est resté fidèle à ses convictions et à ses promesses dans un contexte particulièrement difficile. Il cerne trois grands facteurs contextuels qui « limitent un peu les ambitions du PQ », soit un statut minoritaire, un contexte budgétaire difficile, qui impose des compressions, et un environnement continental « marqué par une sorte de virage à droite sur le plan moral, au sens sociologique ».

 

« C’est un bilan qui est satisfaisant du point de vue des politiques sociales dans le contexte actuel. C’est sûr que, si on évalue ça en fonction d’un contexte idéal, comme c’est le cas par exemple à Québec solidaire, ce ne sera jamais satisfaisant. »

 

Il estime que les groupes de gauche sont « trop sévères » envers le gouvernement de Pauline Marois, et ce, pour la simple et bonne raison que les attentes sont souvent trop grandes. « Il y a un principe de réalisme dans cet environnement qui fait que le PQ a quand même tiré son épingle du jeu d’une manière tout à fait conforme à ses grandes orientations, qui est de gouverner au centre-gauche. »

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1 commentaire
  • Murray Henley - Inscrit 29 décembre 2013 12 h 03

    Comme dirait Shakespeare...

    "...A rose by any other name would smell as sweet."

    Adaptation libre: "il faut appeler un chat un chat."

    La prétendue "assurance autonomie" est simplement un nouvel impôt, à mettre dans le même panier que la "contribution santé."

    Que le gouvernement dédie ce nouvel impôt aux soins à domicile ne change rien. Le gouvernement n'ose plus augmenter les impôts et taxes. Il croit faire passer la pilule en créant une nouvelle petite boîte pour y placer des dépenses et financer ces dernières à même une prétendue nouvelle "assurance."

    Peu importe que l'on nomme ce qui sort des poches du contribuables, taxe, impôt, cotisation, assurance, contribution, on en revient toujours à imposer davantage les citoyens qui sont déjà les plus taxés en Amérique du Nord.