Marois et Hollande d’accord sur la laïcité

Le président francais, François Hollande, accueillait mardi à l’Élysée la première ministre Pauline Marois.
Photo: Agence France-Presse (photo) Alain Jocard Le président francais, François Hollande, accueillait mardi à l’Élysée la première ministre Pauline Marois.

Pauline Marois a clos mardi sa visite officielle en France et en Belgique en recevant un appui non équivoque du président français en faveur de l’interdiction du port des signes religieux qui serait un facteur d’apaisement des tensions, selon le président français. Après le premier ministre Jean-Marc Ayrault, vendredi dernier, c’était au tour du président lui-même d’affirmer qu’il était clairement sur la même longueur d’onde que Pauline Marois en la matière.

 

Après un entretien de 45 minutes à l’Élysée avec la première ministre, le président ne s’est pas fait prier pour expliquer à la presse que l’interdiction des signes religieux chez les fonctionnaires et à l’école était un facteur d’apaisement des tensions. « Oui, nous en avons fait l’expérience ! » a déclaré le président.

 

« La laïcité n’appartient pas à la France, précise-t-il. C’est un principe, une valeur que nous considérons pouvoir partager avec d’autres pays et qui permet de vivre ensemble […]. Avec le Québec, il est vrai que nous avons aussi des fondements communs qui permettent de comprendre pourquoi nous arrivons peut-être aux mêmes résultats. »

 

Le président a évoqué la loi française adoptée « à la quasi-unanimité » en 2004 alors que François Hollande était dans l’opposition et qui interdit aux élèves de porter des signes religieux à l’école. Une loi, dit-il, « qui a été pleinement acceptée et qui, aujourd’hui, n’est pas rediscutée, dit-il. Je n’ai pas à donner de leçons à d’autres pays, mais je peux donner cette expérience ».

 

Selon le président, les religions « n’ont pas leur place dans les établissements scolaires en tant que signes ostensibles. C’est ce que nous avons décidé de façon consensuelle en France en 2004. » (Précisons que la charte proposée par Pauline Marois ne concerne pas les élèves, mais uniquement les fonctionnaires et les enseignants.)

 

Si la France a peut-être précédé le Québec en ce domaine, le président reconnaît que c’est parfois l’inverse. « Le Québec, par exemple, nous avait précédés en ce qui concerne le mariage pour tous [mariage gai]. Vous voyez que quelques fois, les exemples peuvent être dans les deux sens. »

 

Pauline Marois s’est dite « inspirée » par les propos de son interlocuteur. « Je vous le jure, je n’ai pas mis ces mots dans sa bouche, a-t-elle conclu. Mais ce sont exactement les mêmes que j’utilise au Québec lorsque je parle de notre proposition. »


Le Québec à la conférence sur le climat ?

 

Le président français a aussi pris note de l’intention du Québec, exprimée lors de cet entretien, d’« être partie prenante » de la 21e conférence de l’ONU sur le climat dont Paris sera l’hôte en 2015. Pauline Marois et François Hollande, dont les positions communes sur le réchauffement climatique sont par ailleurs très éloignées de celles du premier ministre canadien, Stephen Harper, n’ont pas précisé comment cette participation pourrait se concrétiser.

 

« Ce n’est pas à moi qu’il appartient de savoir quelle sera la place du Québec, a déclaré François Hollande. Ce que je sais, c’est que politiquement, Madame Marois m’a confirmé qu’elle était pleinement engagée sur l’objectif de cette conférence sur le climat qui est de trouver un accord. Et moi, chaque fois qu’on peut avoir une mobilisation large, je ne m’en plains pas. »

 

Concernant la position canadienne sur le réchauffement climatique, très critiquée en France comme au Québec, le président s’est contenté de souligner que « le réchauffement devrait nous faire comprendre qu’il y a quand même urgence à agir ».

 

Pauline Marois et François Hollande ont aussi discuté du traité de libre-échange Canada-Union européenne dont « le Québec sera d’ailleurs largement bénéficiaire, comme l’Europe,dit le président. […] Je rappelle que 44 % des échanges [de la France] se font avec le Québec dans le Canada ».

 

François Hollande dit comprendre les inquiétudes des producteurs de fromage québécois qui devront faire face à une concurrence accrue. « Je les comprends d’autant mieux que j’ai les miennes d’inquiétudes [qui sont celles] des producteurs de viande. […] Nous avons veillé, le Canada et la France, à faire en sorte que nos producteurs puissent être préservés, autant qu’il est possible. »


Hollande au Québec cet automne

 

François Hollande a de plus annoncé qu’il se rendrait en visite officielle au Québec l’automne prochain. Sa venue pourrait être accompagnée d’une mission économique. Le président a rappelé que le Québec accueillait plus de 600 entreprises et pas moins de 13 000 étudiants français.

 

Il a d’ailleurs indiqué qu’il serait disposé, en contrepartie, à « accueillir davantage d’étudiants québécois en France ». Mais le président n’a pas précisé comment il comptait faire pour augmenter ce nombre qui est aujourd’hui au plus bas.

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11 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 18 décembre 2013 08 h 13

    Une différence majeure...

    A la différence majeure que la France est une République et que toutes ses lois sont votées au nom de l'ensemble du pays. Donc, par une majorité de tutelle politique nationale non-choisie comme prépondérante à la sienne.
    Le Québec, qu'on le veuille ou non, reste un Etat dépendant constitutionnellement d'un Canada monarchique. Par constitution non signée il est vrai, mais appliquée "à l'anglaise" chez lui et avec un gouvernement qui se trouve sans déterminisme politique sur une grande partie des lois appliquées chez lui...
    Ce qui change tout.
    Tout parce que, tel nous l'avons si souvent vu, les lois québécoises peuvent ne durer que le temps d'être invalidées en Tribunaux canadiens. Ce qui ne tardera certainement pas à venir, à cause de la définition restrictive de Mme Marois de la laïcité.
    Sous apparence d'ordre et de respect des valeurs, en fait, ce à quoi nous assistons, c'est une offre électorale du PQ pour un brusque virage nationaliste. Ce que les Québécois ont toujours refusé de prendre et qui plus est, donnera des arguments supplémentaires aux adversaires historiques de notre indépendance politique. Eux qui investissent déjà à montrer partout que le Canada n'a jamais été qu'exemplaire en démocratie et que cette exemplarité est justement ce qui justifie son opposition formelle à ce qu'il présente comme une idéologie étroite. Alors qu'en fait, l'indépendance du Québec est exactement l'inverse et qu'il s'agit d'une lutte contre ce nationalisme canadien qui, par obsession et fermeture d'esprit, ne cesse de briser toujours plus l'usage normal du français au Québec, en niant les droits d'un peuple qui jamais, n'a accepté l'idée colonialiste qu'un jour, il était devenu étranger chez lui.
    Toutes choses qui donnent, mais en apparences seulement, à Mme Marois l'occasion médiatique de se vanter auprès des Québécois, d'une symétrie politique comprise et acceptée de M. Hollande...
    Ce qui, à mon avis, reste encore à être confirmé.
    Vive le Québec libre !

    • Christian Fleitz - Inscrit 18 décembre 2013 09 h 38

      Remarquable constat. Il est vrai que le Québec, comme le Canada ne sont, ni l'un, ni l'autre, des républiques. Le régime politique est un avatar du système ''whigs'' britannique du XVIIème siècle pour lequel J-J Rousseau écrivait ''Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l'est que durant l'élection des membres du parlement: sitôt qu'ils sont élus, il est esclave, il n'est rien.'' (extrait du contrat social, livre III, chapitre XV). En République, le peuple est souverain par le biais de ses élus et ces derniers ''faisant la loi'', il est donc maître des lois, un dispositif technique de surveillance formé de ''sages'' politiques, expérimentés et compétents, assurent la conformité constitutionnelle du contenu législatif. Dans un tel dispositif, la loi s'impose à tous et, en particulier, aux juges qui sont chargés de l'appliquer. Laisser aux juges ou à n'importe quel autre groupe ou lobby le pouvoir de décider de la validité d'une loi, prive le citoyen de son contrôle et de l'expression de sa volonté sur le fonctionnement de sa ''Nation'' : c'est l'ouverture de la porte à toutes les tyrannies. On s'en d'ailleurs bien compte quand on constate les décisions politiques inspirées par les pouvoir financiers de compagnies ou de services animées par une idéologie néolibérale qui donne la primauté à l'enrichissement des actionnaires contre l'intérêt des personnes - on ne peut pas dire des ''citoyens'', ce terme ne désignant justement que les membres d'une République -.
      Québec libre ? Peut-être, mais avec un régime différent dans lequel le citoyen et sa volonté sont respectés.

    • Yves Côté - Abonné 18 décembre 2013 10 h 09

      Monsieur Fleitz, merci de votre lecture attentive.
      De la mienne, de votre commentaire je partage le sentiment et sa conclusion.
      Si j'ai pour habitude de signer d'une exclamation historique que vous ne pouvez que connaître, c'est bien parce que le mot "liberté" y vient en exergue avec toutes les exigences qu'il renferme. Et au premier plan de celles-ci, l'exigence de réfléchir déjà ensemble et de développer ensuite, un régime politique républicain si novateur qu'il ambitionnera à lier, d'une part, la nécessité de renouveler l'expression directe des citoyens sur les grands problèmes politiques qui nous touchent et, d'autre part, la contingence des élus à ne pas pouvoir se dérober à leurs responsabilités.
      Ce qui, je crois, ne peut devenir un espoir pour nous que dans la venue d'un Québec indépendant.
      Salutations républicaines, Monsieur !

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 décembre 2013 10 h 39

      Monsieur Fleitz,
      Je vous en prie, arrêtez avec votre pseudo-analyse république / monarchie constitutionnelle. Rousseau en avait contre la représentation, pas contre la monarchie; il dirait la même chose de la France actuelle, voire même de la Suisse actuelle.

      À tout prendre, je préfère vivre au Canada ou même en Suède, qui sont des monarchies, qu'aux États-Unis, et à plus forte raison en Russie ou en Corée du Nord, qui sont des républiques.

    • Christian Fleitz - Inscrit 18 décembre 2013 22 h 56

      @Sylvain Auclair -
      Monsieur Auclair,
      D'accord pour la Russie et la Corée du Nord, pseudo-républiques ou républiques de façade, elles parmi beaucoup dautres d ailleurs, mais la Suède, les Pays-Bas, le Danemark, ont bien un roi ou une reine comme chef d État, mais une organisation politique républicaine. Quand aux États-Unis, personnellement, je ne supporte pas l'impérialisme et ses dérives. L’important est que le Citoyen assume les choix de sa nation, soit écouté et respecté dans ceux-ci et obtienne une information fiable de ses dirigeants politiques. Il faut aussi que ses choix, dont ses représentants feront des lois s’imposent à tous sans exception. En ce qui concerne cet article, les juges doivent appliquer la loi, la dire même, mais pas la faire.

  • Gilles Roy - Inscrit 18 décembre 2013 08 h 38

    Sur Hollande

    Étonnant de constater jusqu'où le président Hollande sait être candide là où on ne s'y attend pas nécessairement. C'est qu'avec son érudition, il aurait pu enrober son discours d'un jargon diplomatique qui aurait davantage su plaire aux élites canadiennes...

    • Christian Fleitz - Inscrit 18 décembre 2013 09 h 49

      Contrairement aux commentaires, souvent compulsifs d'ailleurs, de ses détracteurs, M. Hollande est un homme intelligent et capable d'obstination dans ses convictions, même si son apparence n'en fait pas un battant. C'est un stratège avisé, d'ailleurs peu à peu son plan de redressement de la France prend corps et parallèlement sa cote de popularité commence à progresser après, il est vrai, une véritable descente aux enfers. Prendre les mesures nécessaires à un redressement demande des efforts de tous les citoyens, ce n'est pas forcément populaire et, comme toujours, les démagogues populistes ne manquent pas de s'engouffrer dans la brèche du mécontentement.
      La morale n'est pas souvent politique de nos jours.

    • Gilles Roy - Inscrit 18 décembre 2013 10 h 05

      Je ne doute pas de la colonne du président français. Je ne fait que signaler qu'il se refuse à utiliser une langue de bois, ce qui peut être interprété, in fine, comme une certaine rebuffade face aux autorités canadiennes...

  • Rafik Boualam - Inscrit 18 décembre 2013 10 h 54

    symptomatique

    un type de société n'est pas tributaire d'une personne, aussi intelligente et visionnaire soit-elle. En France, il y a un problème d'inégalités sociales majeures, la mobilité sociale y est trés difficile, en tout cas, beaucoup plus difficile qu'ici, la division des classes est beaucoup plus nette. Le symptome de cette réalité se cristalise dans les niveaux de réussite scolaire, où les écoles dans les milieux riches sont parmi lesplus performantes au monde, et où les écoles en milieu défavorisé sont parmi les plus foireuses au monde.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 décembre 2013 05 h 41

      « Le symptome de cette réalité se cristalise dans les niveaux de réussite scolaire, où les écoles dans les milieux riches sont parmi lesplus performantes au monde, et où les écoles en milieu défavorisé sont parmi les plus foireuses au monde.»

      Mais on s'en fout !!!

      PL