Libre-échange Canada-UE - À la défense des fromagers québécois

Pauline Marois, en compagnie lundi du ministre-président de la Flandre, Kris Peeters
Photo: Yves Logghe Associated Press Pauline Marois, en compagnie lundi du ministre-président de la Flandre, Kris Peeters

De passage à Bruxelles à l’occasion d’une tournée européenne, Pauline Marois a dit vouloir faire en sorte que le Québec profite au plus vite de l’accord de libre-échange Canada-Union européenne sans pour autant abandonner les producteurs de fromage québécois qui devront affronter une concurrence plus vive. S’il n’obtient pas de compensation d’Ottawa pour ses producteurs de fromage, le Québec n’appliquera pas l’accord de libre-échange, a affirmé la première ministre. Mais il ne remettra pas pour autant l’accord en question.

 

Alors qu’elle s’entretenait lundi à Bruxelles avec le commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier, Pauline Marois a soutenu que cette question ne saurait être une cause de rupture des négociations qui se poursuivent avec l’Union européenne après l’entente de principe intervenue le 18 octobre dernier. « Non, ce n’est pas un deal breaker[une cause de rupture]. Il faut être bien clair là-dessus. L’engagement que j’ai pris auprès de M. Harper, c’est que nous accepterions de présenter cet accord de libre-échange devant l’Assemblée nationale […] une fois qu’Ottawa aura eu une entente avec nos producteurs de fromage pour une compensation. Et tant que nous n’aurons pas cette entente, nous ne présenterons pas l’accord et il ne sera pas applicable. Mais ce n’est pas un deal breaker », a répété la première ministre.

 

Adoption conditionnelle

 

Pauline Marois n’a pas expliqué ce qu’il adviendrait de l’accord Canada-Union européenne s’il n’était pas adopté par l’Assemblée nationale du Québec. L’Union européenne, quant à elle, exigera impérativement l’unanimité de ses 28 pays membres. Lundi à Bruxelles, Pauline Marois n’a pas repris à son compte la revendication de l’Union des producteurs agricoles, qui réclame une compensation de 450 millions de dollars par année en échange du doublement des quotas d’importation de fromages européens. Des négociations se poursuivent à ce sujet avec le ministre de l’Agriculture, François Gendron, a-t-elle précisé.

 

Pauline Marois a par ailleurs obtenu l’assurance de Jean-Luc Demarty, directeur général de la division du Commerce à la Commission européenne, que l’Europe n’utiliserait pas la certification des produits pour mettre des bâtons dans les roues du traité et freiner l’importation des produits canadiens.

 

Alors qu’elle prononçait une allocution devant 150 représentants des milieux d’affaires belges et québécois à la Chambre de commerce Canada-Belgique-Luxembourg, Pauline Marois a dit vouloir augmenter de 10 % en cinq ans les exportations du Québec vers l’Europe. Elle a surtout mis l’accent sur les avantages de cet accord plus que sur ses inconvénients. « On n’a pas beaucoup d’inquiétude honnêtement. [...] Pour le reste, nous ne voyons que des avantages », a-t-elle dit.

 

La première ministre a fait valoir le fait que les entreprises européennes s’implantant au Québec pourront avoir accès au marché américain grâce à l’ALENA.


Pas avant deux ans

 

Convaincue à son arrivée à Bruxelles que l’accord serait mis en pratique au plus tard dans un an et demi, la première ministre a appris de Michel Barnier que cela pourrait prendre jusqu’à deux ans avant qu’il soit ratifié par les 28 membres de l’Union européenne. Pauline Marois a aussi évoqué avec le commissaire européen l’ouverture l’été dernier de négociations entre l’Europe et les États-Unis. D’ici à ce que soit conclue une telle entente, la première ministre veut profiter de l’avantage compétitif dont pourrait jouir pendant encore quelque temps le Canada. « C’est pour ça qu’on veut prendre de l’avance, a-t-elle dit. On est ici dans cette perspective [pour] que le Québec prenne l’initiative. »

 

Interrogée sur ce qu’il adviendrait du libre-échange avec l’Europe en cas de sécession du Québec, la première ministre s’est montrée confiante dans la reconduction de cet accord. « À mon point de vue, sans parler d’un véritable automatisme, moi, je crois que ça pourrait aller dans ce sens-là. […] On sera d’accord pour appliquer les ententes en termes de commerce intérieur et de commerce international. »

 

Pauline Marois a aussi rencontré lundi le ministre-président de la Flandre, Kris Peeters, avec qui elle souhaite signer une entente sur la mobilité durable. Pauline Marois achève sa visite de cinq jours en Europe mardi par une rencontre à l’Élysée avec le président François Hollande.

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Ce texte a été modifié après publication.

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