13 ans après la motion de blâme - À Québec, des démarches en coulisses pour Yves Michaud

Yves Michaud
Photo: - Le Devoir Yves Michaud

« Avant de manger les pissenlits par la racine, j’aimerais bien que la motion de blâme déposée contre moi soit retirée », lançait Yves Michaud, dimanche après-midi, dans sa maison d’Outremont.

 

À 83 ans, l’ancien politicien ne digère toujours pas l’affront auquel il a dû faire face le 14 décembre 2000. Ce jour-là, les députés de l’Assemblée nationale ont adopté à l’unanimité une motion de blâme pour des propos qu’il avait tenus lors des États généraux sur l’avenir de la langue française au Québec. M. Michaud avait alors proposé aux Québécois « de suivre l’exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif. » Quelques jours plus tôt, il avait également raconté à la radio une anecdote sur un sénateur juif. Il n’en fallait pas plus pour que ses déclarations soient qualifiées d’antisémites. « Je vis dans un quartier juif depuis plus de cinquante ans, je suis le parrain d’un enfant juif. Ils auraient dû trouver un autre profil que le mien s’ils cherchaient un antisémite », lâche-t-il sur un ton d’amertume malgré les années qui ont passé.

 

Treize ans plus tard, quelques députés chercheraient à réhabiliter la réputation d’Yves Michaud, selon ce qu’a appris Le Devoir. Depuis quelques semaines, le député de Québec solidaire Amir Khadir reconnaît que des démarches ont été faites dans les coulisses de l’Assemblée nationale. « Certains estiment, de toute évidence, que la motion contre Yves Michaud allait trop loin et qu’elle a été démesurée », mentionne M. Khadir en ajoutant qu’il a proposé à quelques députés de déposer une nouvelle motion qui réclamerait le retrait de la motion de blâme contre Yves Michaud.

 

« Mais c’est compliqué, et cette idée n’est pas passée », a-t-il dit en refusant de dévoiler les noms des députés auxquels il s’est adressé. Il soutient toutefois que de nombreux députés seraient prêts à effacer la motion contre Yves Michaud et à tourner une fois pour toutes la page de cette histoire.

 

Selon M. Khadir, la solution la plus simple serait que le député libéral Lawrence S. Bergman, qui avait déposé la motion de blâme contre Yves Michaud en 2000, retire lui-même sa motion pour réparer le tort qui lui a été causé. Lorsque Le Devoir a tenté de joindre M. Bergman, son attaché de presse n’a pas été en mesure de dire si le député envisageait de retirer sa motion. Il a, par contre, indiqué que M. Bergman « ne travaille avec aucun groupe de députés pour retirer sa motion ».

 

Des excuses attendues

 

Yves Michaud soutient qu’il continuera de dénoncer l’infamie dont il a été victime tant et aussi longtemps que la motion ne sera pas rescindée. « On a bafoué les règles les plus élémentaires du droit, on m’a accusé, on m’a condamné sans avoir la chance de me défendre », affirme M. Michaud en s’en prenant aussi à Lucien Bouchard, qui était premier ministre du Québec à l’époque, et à Jean Charest, alors chef de l’opposition.

 

« Ils ont eu un comportement ordurier, ils ont tétanisé les députés pour qu’ils adoptent la motion, parce qu’ils ne voulaient pas me voir à l’Assemblée nationale »,soutient M. Michaud, qui voulait présenter sa candidature à l’époque pour devenir député du Parti québécois dans la circonscription de Mercier. « Certains députés ont eu la décence de s’excuser, mais d’autres ne l’ont jamais fait », tient-il tout de même à dire.

 

Depuis 2000, plus d’une cinquantaine de députés ont officiellement présenté leurs excuses à Yves Michaud pour le préjudice qu’il a subi lors de l’adoption de la motion de blâme contre lui. La première ministre, Pauline Marois, de même que les anciens premiers ministres Bernard Landry et André Boisclair figurent parmi les personnalités qui lui ont offert des excuses.

 

Parmi les députés qui ont voté en faveur de la motion en 2000, Yves Michaud souligne que certains siègent toujours à l’Assemblée nationale et ne se sont toujours pas excusés, dont Nicole Léger, Stéphane Bédard, Jean-Marc Fournier, Pierre Paradis et François Legault.

 

Le député Amir Khadir constate que « la blessure de M. Michaud tarde à guérir. » Il espère que les députés parviendront à trouver une solution très prochainement. « Même si ce n’est pas une motion, nous devons trouver un moyen d’en finir », indique M. Khadir en spécifiant qu’il est en train de jongler avec plusieurs solutions. « J’ai eu l’idée d’essayer de retirer cette motion de blâme contre Yves Michaud en novembre dernier lorsque les députés ont adopté une motion pour créer une Journée internationale de la gentillesse. Alors, j’espère que la gentillesse, ce n’est pas seulement une fois par année », lance-t-il.

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