Laïcité - Pauline Marois et Jean-Marc Ayrault sont sur la même longueur d’onde

Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault a vanté la laïcité et l’interdiction des signes religieux.
Photo: Agence France-Presse (photo) Bertrand Guay Le premier ministre français Jean-Marc Ayrault a vanté la laïcité et l’interdiction des signes religieux.

Pauline Marois a trouvé vendredi un allié de choix sur la laïcité en la personne du premier ministre français Jean-Marc Ayrault. Alors que les deux premiers ministres sortaient d’un déjeuner à Matignon, Jean-Marc Ayrault y est allé d’une profession de foi en faveur de la laïcité et de l’interdiction des signes religieux, notamment à l’école.

 

« Les propos de Jean-Marc Ayrault sont de la musique à mes oreilles, a déclaré la première ministre. Vous connaissez très bien notre point de vue. Ce sont les mêmes mots que j’ai utilisés à l’Assemblée nationale du Québec entre autres où j’ai parlé justement du vouloir vivre ensemble […]. Nous pensons qu’il faut que les règles soient claires et c’est essentiellement ce que nous faisons avec notre charte des valeurs affirmant la laïcité du Québec et de ses institutions. »

 

Sans se prononcer sur les politiques de chacun, les deux premiers ministres avouent partager « une inspiration commune » en matière de laïcité, ainsi que l’affirmait Pauline Marois sous le regard approbateur de Jean-Marc Ayrault. « La France suit son chemin et nous suivons le nôtre,dit-elle, ce qui ne nous empêche pas d’échanger et de partager des points de vue et des connaissances à cet égard. »

 

Hasard de la politique, ce matin-là, le premier ministre français réagissait de façon véhémente à la publication du rapport d’un groupe de travail proposant le rétablissement, pour les élèves, de l’autorisation du port du voile islamique à l’école interdit en 2004 par une large majorité de l’Assemblée nationale. Les experts suggèrent ni plus ni moins que de mettre au rancart l’« intégration » les immigrants au profit de la valorisation des cultures d’origine. Accusé par le leader de l’opposition (UMP), Jean-François Copé, de sacrifier le modèle d’intégration républicaine, Jean-Marc Ayrault a saisi au bond la question d’un journaliste québécois.

 

« On va jusqu’à dire que nous voudrions réintroduire les signes religieux à l’école […]. Mais de quoi parle-t-on ? Mais, est-ce qu’on a dit ça une fois ? Est-ce qu’on a cette intention ? Évidemment pas ! Moi-même j’ai voté la loi pour l’interdiction des signes religieux à l’école. Donc, nous gardons le même cap et nous voulons surtout remettre en marche le modèle d’intégration républicain qui est aujourd’hui en panne. »

 

Jean-Marc Ayrault et Pauline Marois ont discuté en privé de la charte de la laïcité. « C’est vrai qu’entre le Québec et la France il y a tellement de choses en commun que nous apprenons les uns des autres »,a déclaré le premier ministre français qui se garde de tout « jugement sur ce que fait le Québec ». « Les Québécois sont suffisamment responsables pour décider par eux-mêmes », dit-il.

 

Violemment critiqué à gauche comme à droite, notamment par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, le rapport qui a provoqué la colère du premier ministre a toutes les chances de se retrouver sur une tablette. Les controverses qui agitent les élus français ces jours-ci ne concernent pas la suppression de l’interdiction des signes religieux à l’école, une mesure soutenue de l’extrême droite à l’extrême gauche, mais au contraire son élargissement aux garderies privées subventionnées.

 

La première ministre a aussi discuté de fiscalité avec Jean-Marc Ayrault, qui a récemment proposé une vaste réforme de la fiscalité française. Le premier ministre s’est dit séduit par « la simplicité du système fiscal québécois, et canadien, dont il faudra, j’espère, s’inspirer », dit-il.


Électrification des transports

 

En présence du ministre de l’Économie Pierre Moscovici, la première ministre a aussi annoncé la création d’un groupe franco-québécois sur l’électrification des transports. Le groupe, où siégeront le président du conseil d’administration d’Hydro-Québec, Pierre Karl Péladeau, et des représentants des milieux de la recherche et de l’industrie, vise à favoriser les projets concrets de collaboration entre la France et le Québec.

 

Déjà, le groupe français Bolloré produit des batteries au Québec et l’Institut de recherche d’Hydro-Québec (IREQ) collabore avec l’Université Paris VI et le CNRS. Le Québec et la France projettent aussi de couvrir leur territoire respectif de milliers de bornes de recharge électriques. « Nous nous positionnons comme des leaders sur nos continents respectifs », a déclaré Pierre Moscovici avant d’ajouter qu’il trouvait « regrettable » qu’il n’y ait toujours pas de voitures françaises fabriquées au Québec. « Cela ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd », a répondu la première ministre.

 

En fin de journée, Pauline Marois a rencontré le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf pour parler du prochain sommet de l’OIF, à Dakar, du Mali et de la République centrafricaine. On peut penser qu’il a aussi été question de sa succession puisque l’ancien président sénégalais quittera ses fonctions l’automne prochain. Pauline Marois rencontrera ce samedi le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et prononcera dimanche une allocution à la World Policy Conference à Monaco. Elle sera lundi à Bruxelles pour discuter de l’accord de libre-échange Canada-Union européenne


 
36 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 14 décembre 2013 06 h 17

    Non comparables!

    Dans le domaine de la laïcité et de l'intégration des immigrants, le Québec et la France n'ont pas du tout la même histoire et les mêmes résultats. À ne pas comparer! Il ne faut jamais l'oublier: le Québec est une terre d'Amérique!

    Michel Lebel

    • Jean Richard - Abonné 14 décembre 2013 09 h 48

      Et s'il y a parfois des tensions entre les immigrants et les pure-laine à Montréal, on est bien loin de la tension permanente rencontrée dans certaines villes françaises, Marseille et Paris en tête.

      Il faudrait donc faire attention à ne pas trop s'inspirer de la France.

    • Nicolas Bouchard - Abonné 14 décembre 2013 11 h 30

      Donc, n’étant pas 100% identiques, on ne pourrait comparer la France et le Québec? Cela me semble dénaturer la raison même de faire une comparaison… Vous semblez plutôt d’arguer que le Québec n’a rien en commun avec la France et tout avec le Canada et les États-Unis, hormis la langue, cette petite anomalie sans importance.

      Encore une fois M. Lebel, vous niez ou ignorez l'importance de la langue et de la culture ainsi que de leurs impacts sur les sociétés. Prétendez-vous, en suivant votre logique, que le monde hispaniques de l’Amérique centrale et du sud pensent comme les anglophones et les francophones? Que le facteur géographique importe plus, au point d'éclipser complètement d'autres facteurs tels la langue et la culture?

      Si c'est le cas, j'aimerais bien que vous expliquiez le fond de vote raisonnement car il me semble nébuleux.

      Nicolas B.

    • Normand Carrier - Inscrit 15 décembre 2013 07 h 16

      Il est sage pour le Québec de se servir de l'expérience et de ce que vivent les Francais ..... Le Québec pourrait s'inspirer de la Belgique , de l'Alemagne et du Royaume-Uni suite a leurs difficultés d'intégration de leurs immigrants . Plusieurs pays européens ont rejeté le multiculturalisme lorsqu'ils ont réalisé que ce multiculturalisme devenait une gettoisation de plusieurs minorités .....

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 15 décembre 2013 07 h 21

      À M. Lebel et... Nicolas B.

      M. Lebel, vous avez raison à 100%, minimum. et je pourrais poursuivre, mais bon...

      M. B. écrit "Donc, n’étant pas 100% identiques, on ne pourrait comparer la France et le Québec?" Ce n'est pas de ça qu'il s'agit.

      Il s'agit, d'une part, de comparer l'histoire d'une nation colonisatrice avec celle d'une nation colonisées, ainsi que toutes les conséquences qui en découlent, d'autre part.

      Le peuple français et le peuple québécois sont à des milliards de kilomètres politiquement et socialement parlant. Prenons juste le mariage pour tous. Prenons aussi le racisme des Français, qui s'est très bien exprimé par l'appui d'une bonne partie de la France au régime nazi, et s'exprime encore aujourd'hui, entre autre sur les forums de Yahoo France, et ce très librement: de tels propos ne passeraient jamais sur les forums du Devoir, entre autres. Et j'en passe et j'en passe.

      Tenez, un autre exemple assez étonnant: le seul député d'origine arabe jamais élu en France le fut sous la banière de... Sarkozi! Le monde à l'envers, quoi. Au Québec des députés d'origine anglophones ont été élu au P, q.

      Même en aditionnant les facteurs linguistiques et culturels on n'arrive pas à effacer l'histoire et le facteur identitaire comme vous le prétendez. Et la langue du Québec n'est pas et ne sera jamais celle de la France non plus, idem pour la culture, globalement.

  • Carole Jean - Inscrite 14 décembre 2013 06 h 53

    France et Québec


    France et Québec: même combat pour l’intégration et non à la capitulation.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 décembre 2013 10 h 03

      Parlant de capitulation; je ne vois relevé nul part le fait que le fameux rapport demandé par la France contient en lui l'énoncé que «la langue française ne devrait pas être encore considérée comme la langue nationale de la France».

      Ça c'est en oubliant toutes les autres incongruités qu'il contient. Mais, celle-là me démontre bien qu'il y a du monde totalement déconnecté où qu'on soit ! Finalement, la capitulation n'est pas seulement un phénomène nord-américain de l'Est !

      Je vais me garder une petite gène et ne pas pousser à fond le fait que ce rapport à été rédigé par des sommités universitaires, des fois qu'on pourrait me blâmer encore d'avoir un préjugé négatif envers eux !

      Mais, j'aimerais bien entendre la position de l'Académie française sur cet énoncé; 'savez le groupe d'Immortels ! Je sais pas s'ils seraient d'accord pour enlever le rouge et le bleu du drapeau français pour n'y laisser que le blanc de la capitulation ?

      Vais-je avoir l'arrogance de penser que les seuls qui semblent avoir le droit d'affirmer leurs positions sont les intégristes ? Que la majorité doit se montrer «bon joueur» et s'effacer devant une minorité trop insistante ?

      La question qui me vient est : Est-ce qu'on est rendu tellement civilisé qu'on en est rendu amorphe ?

      PL

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 14 décembre 2013 07 h 55

    Dangereuse obsession

    Depuis deGaulle, le PQ est obsédé par la France. Cet attachement, qui permet de beaux voyages à nos politiciens, résulte pourtant d'une confusion dont, curieusement, la charte est un bel exemple.

    Tenir aux liens avec la France pour des raisons de communauté de langue va de soi. Appelons cela une affinité culturelle. Mais en copier les solutions politiques est une aberration. Il est ridicule de rapporter en territoire nord-américain sans passé colonisateur des mesures politiques adoptées dans un pays européen qui s'est largement construit en colonisant l'Afrique et le Moyen-orient.

    Confondre mesures politiques et adhésion culturelle est la marque d'une mentalité de colonisé. Il est temps que le PQ se découvre nord-américain.

    Desrosiers
    Val David

    • Jean Richard - Abonné 14 décembre 2013 10 h 07

      « Tenir aux liens avec la France pour des raisons de communauté de langue va de soi. Appelons cela une affinité culturelle. » – Pourtant, la France a connu de nombreux dérapages liés à la langue. Ainsi, elle a toujours refusé tout statut à certaines langues parlées sur son territoire, privant les communautés concernés d'outils et de ressources nécessaires à la survie de ces langues. Le breton, l'occitan, le basque sont relégués au rang de dialectes régionaux, sans aucune reconnaissance (alors que sa voisine, l'Espagne, sortie du régime de Franco, a accordé une telle reconnaissance au catalan, au basque et au galicéen).

      Toujours à propos de la langue, la France vit actuellement une morosité culturelle incroyable, pire qu'au Québec, ce qui n'est pas étranger au culte grandissant voué à l'anglais américain et à ses valeurs culturelles. Ceci nous fait dire que l'avenir du français passera par une partie de l'Afrique sortie du colonialisme, mais ayant retenu le français comme langue véhiculaire.

      « en territoire nord-américain sans passé colonisateur » – Nuance : si l'Amérique du Nord n'a pas de passé colonisateur, elle a un présent, les deux exceptions étant le Québec et le Mexique (qui tout au plus jouent les colonisateurs avec les autochtones). Ce n'est pas à cause de son passé colonisateur qu'il faut éviter de copier la France, mais par son présent de colonisé, car la France est en train de se faire coloniser par notre voisin du sud, et à fond de train. D'autre part, à quelques rares exceptions près, il n'y a plus de liens coloniaux entre la France et le Québec. C'est de l'histoire ancienne.

    • Daniel Tremblay - Inscrit 14 décembre 2013 11 h 35

      Bien d'accord avec M. Desrosiers. Le Quebec n'est pas la France et y importer ses solutions - qui de toute facon ne semblent pas fonctionner - n'a aucun sens. Nous n'avons pas les memes problemes francais une chance!

  • Marcel Bernier - Inscrit 14 décembre 2013 09 h 24

    Décidément...

    Madame Marois continue de nous représenter de belle façon. Je persiste à dire qu'elle possède les caractéristiques politiques d'un Louis-Joseph Papineau et la stature d'une cheffe d'État à la Angela Merkel. Malgré le fait qu'elle soit unique en son genre!

  • Jean Richard - Abonné 14 décembre 2013 10 h 25

    Transports électriques – Une nouvelle SOMA ?

    « Pierre Moscovici avant d’ajouter qu’il trouvait « regrettable » qu’il n’y ait toujours pas de voitures françaises fabriquées au Québec. »

    Si, il y en a : les voitures du métro de Montréal. Au départ, il s'agissait d'une conception française et par la suite, Bombardier s'est approprié une grande partie de la technologie. C'est la seule véritable réussite. Et à côté d'elle, il y a le cuisant échec de Renault et de Peugeot. Qui se souvient de la SOMA et de ces voitures assemblées à Saint-Bruno ? Voudrait-on encore répéter les erreurs du passé ?

    S'il s'agissait de voitures de métro, de train, de tramway, on pourrait être intéressé à la chose. Les Français possèdent une avance technologique non négligeable en ce domaine (une avance sur le Québec, pas sur le reste de l'Europe). Mais je crains que cette allusion aux voitures françaises ne concerne pas le transport collectif, mais plutôt le transport individuel électrifié. Alors là, prudence !

    Le tandem Renault-Nissan prévoyait vendre 1,5 million de voitures individuelles électriques d'ici 2016. On est très loin du compte et on a jugé plus réaliste de reporter cet objectif de cinq ans. Or, est-ce que le gouvernement québécois rêve d'embarquer le Québec dans une nouvelle SOMA, version à batteries, soutenue par des fonds publics qui font pourtant défaut ailleurs, repoussant des projets de transport collectif aux calendres grecques ?

    • Daniel Tremblay - Inscrit 14 décembre 2013 11 h 32

      Vous semblez ignorer que Bombardier a achete la branch transport de Daimler il y a plus de dix ans et beneficie d'une technologie d'avant-garde au moins equivalente a ce que peuvent offrir les compagnies francaises. C'est Bombardier qui a construite les rames de train qui traversent la Manche. En fait nous n'avons rien a envier aux autres.

    • Jean Richard - Abonné 14 décembre 2013 13 h 24

      Monsieur Tremblay, quand il est question de Bombardier, il faut faire attention à ce « nous » tel que vous l'utilisez. Quand vous dites que Bombardier a construit les trains qui traversent la Manche, il ne faudrait pas oublier qu'il n'y a dans ces trains rien qui vienne du Québec.

      Le groupe Bombardier comporte plusieurs divisions, dont Bombardier Transport. Le siège social de Bombardier Transport se situe à Berlin, pas au Québec. Si Bombardier Transport fait partie des géants du ferroviaire, c'est surtout en Europe que ça se passe. Au Québec, il n'y a de Bombardier Transport que l'usine de La Pocatière où sont assemblées des voitures de métro et de trains de banlieue. Or, ne cherchez pas à La Pocatière la technologie nécessaire pour construire des trains légers pas plus que des trains à grande vitesse (même si on a déjà touché à l'ACELA, une réussite très peu convaincante).

      Bref, Bombardier Transport, ce n'est pas vraiment québécois, mais surtout allemand (et encore qu'elle est très présente en France, s'étant fait une spécialité du rachat des entreprises qui boitaient un peu). Si demain matin on optait pour un TGV entre Montréal et Toronto ainsi que des tramways pour Montréal et Québec, les délais de livraison pourraient être longs s'il fallait se fier à Bombardier pour nous les livrer.

      Alors, nous n'avons pas construit les trains qui traversent la manche. Et plus, nous pouvons encore envier la majorité des pays européens quand il est question de transport de passagers sur rail. Notre unique train électrique, signé Bombardier, celui de Deux-Montagnes, perd des plumes (et des usagers) à cause des problèmes récurrents de fiabilité.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 15 décembre 2013 12 h 49

      @M. Bouchard..Un petit bémol à nos comparaisons de situation voisinant des géants...

      La Chine s'est reveillée récemment d'un long et profond sommeil d'une façon très aggressive Il y a trois semaines, elle a déclaré unilatéralement qu'une vaste surface maritime, couvrant une partie des eaux territoriales de la Corée du sud, des Philippines et du Japon leur appartenaient et tout vehicule marin ou aérien devait leur être signalé...

      Donc suite au prochain épisode. Qui vivra, verra!