Québec - La nouvelle assurance des péquistes

La dernière session a permis au gouvernement Marois de trouver un second souffle.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La dernière session a permis au gouvernement Marois de trouver un second souffle.

Autant le gouvernement Marois était désemparé à la fin de la session parlementaire du printemps, autant il apparaît requinqué au terme de la présente session. Les coups de sonde se montrent plus favorables, les libéraux sont moroses et les caquistes jouent le jeu des péquistes. Même les piètres résultats financiers de l’État et un ministre des Finances qui avoue qu’il n’a pas été bon n’entament pas l’assurance des péquistes.


Le leader parlementaire du gouvernement, Stéphane Bédard, peut se targuer d’avoir emberlificoté les libéraux lors de l’adoption du projet de loi sur les mines. Le chef de l’opposition officielle, Jean-Marc Fournier, et son leader, Pierre Moreau, ont eu beau déchirer leurs chemises pour dénoncer « le bâillon de la honte » auquel a consenti la Coalition avenir Québec pour l’adoption du projet de loi dans la seule journée de lundi, les députés libéraux en furent quittes pour voter piteusement pour un projet de loi qu’ils n’avaient pu étudier en totalité.

 

Parce que les élus libéraux étaient retenus à Québec, Philippe Couillard n’a pas célébré sa victoire dans Outremont entouré de ses ouailles. Déjà que les libéraux détestent à s’en confesser la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellette, ce qu’il considère comme une vile mesquinerie péquiste laissera des traces. « Il y aura des séquelles », confie un député libéral, animé par un désir de rendre la monnaie de leur pièce aux « amis d’en face ».

 

L’humiliation est d’autant plus complète que l’industrie minière est une clientèle traditionnelle des libéraux. Ils n’ont pas digéré que le député caquiste François Bonnardel prenne tout le crédit pour avoir réussi à trouver une voie de compromis acceptable aux yeux de l’industrie. Durant le débat sur le projet de loi lundi, les Fournier, Moreau et Hamad se sont montrés particulièrement hargneux à l’endroit des caquistes.


Couillard député

 

À l’occasion de son assermentation comme député mercredi prochain, Philippe Couillard voudra donner le ton en prononçant un discours dont on dit qu’il sera important. Le chef libéral fera son entrée à l’Assemblée nationale à l’ouverture de la session le 11 février. Mais déjà on l’a prévenu : il n’y a pas pire job que celui de chef de l’opposition officielle. Jacques Parizeau pourrait en dire quelque chose avec son « Moi aussi, j’existe ! », et même Jean Charest, qui a connu des heures sombres au début des années 2000, où la dépression le menaçait.

 

Déjà, Philippe Couillard s’est égaré à quelques reprises : son silence sur la perquisition de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) au Parti libéral a indisposé son caucus, qui n’en avait pas été informé, son changement de position sur la charte de la laïcité à la suite des pressions de Fatima Houda-Pepin, une pomme de discorde entre les députés régionaux et les élus qui représentent des anglophones, et, enfin, ses errements au sujet de l’atteinte de l’équilibre budgétaire dans trois ou quatre ans. Se peut-il que le chef ne soit pas tout à fait prêt à se lancer dans une campagne électorale ou, pire, qu’on ait choisi le mauvais cheval ? se demande-t-on dans les rangs libéraux.

 

Les libéraux ne veulent envisager qu’un retour au pouvoir dès 2014. Ils se réconfortent en observant le gouvernement Marois composer avec une économie poussive et des revenus en forte baisse. Le Parti libéral est le parti de l’économie, le parti des gens d’affaires, martèlent les libéraux, un clou sur lequel ils entendent frapper inlassablement.

 

Dans l’entourage de Pauline Marois, on soutient que Philippe Couillard, en matière d’économie, « a l’air un peu perdu ». On note que son entrée politique n’a pas été reluisante. On se réjouit surtout parce que le PQ a renversé la tendance délétère qui l’affligeait le printemps dernier

 

Les sondages

 

À la fin de juin, un sondage CROP montrait que le PQ croupissait à 25 % dans les intentions de vote. Le quart des répondants seulement se disaient satisfaits du gouvernement de Pauline Marois. Un maigre 11 % voyaient en elle la meilleure candidate pour le poste de premier ministre. Pour Philippe Couillard, cet appui était de 26 % alors que le PLQ recueillait 38 % des intentions de vote. Le portrait : une victoire facile des libéraux, sans doute avec un gouvernement majoritaire.

 

Six mois plus tard, les perspectives sont différentes. Toujours selon CROP, la satisfaction envers le gouvernement Marois a grimpé à 41 %. Péquistes et libéraux sont à égalité avec 35 % des intentions de vote ; chez les francophones, le PQ domine avec 40 % des appuis. Un sondage Léger Marketing affiche des résultats plus modestes, mais les chiffres colligés par le PQ sont semblables à ceux de CROP.

 

Empreint de morosité en juin, l’état d’esprit des péquistes est au beau fixe. « Par rapport à juin, c’est le jour et la nuit », avance-t-on dans l’entourage de la première ministre.

 

Avec l’adoption de la Loi sur les mines, la session s’est merveilleusement bien terminée pour le gouvernement Marois, juge-t-on. Ce sont les caquistes qui ont fait le travail mais, comme la CAQ n’est pas une force significative dans les régions ressources, c’est le PQ qui en récoltera les bénéfices aux prochaines élections, prédit-on.

 

La charte des valeurs n’est pas étrangère à la montée des péquistes. « Même des gens qui, d’habitude, votent libéral songent à voter péquiste », se plaint un député caquiste dont le parti est victime de la polarisation suscitée par ce débat identitaire.

 

Certes, rien n’est gagné pour le PQ. Mais au moins les péquistes amorceront la prochaine année convaincus qu’ils ont le vent dans les voiles. À l’approche d’élections, mieux vaut sans doute verser dans un enthousiasme excessif que d’avoir le moral dans les talons.

6 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 14 décembre 2013 08 h 39

    Le trio vengeur.

    Fournier, Moreau et Sam Hamad vont certainement passé un temps des fêtes en dents de scie. Des moments joyeux auprès des leurs, oui, mais aussi des moments plus moroses quand ils vont se souvenir du cadeau reçu du PQ et de la CAQ ce lundi 9 décembre. Mais la vengeance étant ce qu'elle est; un plat qui se mange froid ou tout au moins tiède, ils devront ronger leur frein jusqu'à la mi-février. En attendant je leur suggère de bien encadrer leur chef Couillard d'ici son assermentation, car ce dernier se propose de nous livré un discours qu'il qualifie d'important et l'on sait la facilité qu'a ce chef de s'enfarger dans les "mots" quand ces derniers sont importants. Entre temps moi je vais profité de cette période pour mettre à jour toutes les infos que j'ai amassées sur le PLQ, principalement celles qui touchent au financement douteux dont le PLQ a bénéficié, ça peut toujours sevir lors d'une campagne électorale n'es-ce-pas messieurs Fournier, Moreau et Hamad....

  • Roland Berger - Inscrit 14 décembre 2013 10 h 41

    La carte d'affaires des libéraux

    « Le Parti libéral est le parti de l’économie, le parti des gens d’affaires, martèlent les libéraux...». Oui, à partir de l'étrange postulat que les gens d'affaires ont un jugement plus sûr que les citoyens d'autres catégories. En affaires, sans doute vrai. Mais quand ils tentent d'appliquer leur talent en gouvernant le Québec comme s'il s'agissait d'une entreprise, bye, bye le jugement.

    • Mario Chabot - Abonné 14 décembre 2013 12 h 08

      Très bonne observation !

    • Bernard Plante - Abonné 14 décembre 2013 13 h 21

      Les «partis de l'économie» sont en général excellents avec LEUR économie et celle de leurs amis.

      Il en va tout autrement de l'économie collective qui en subit plutôt les assauts et qui se dégrade d'année en année en raison de la collusion et autres magouilles de ces mêmes amis.

  • Caroline - Inscrite 14 décembre 2013 13 h 25

    Le Parti libéral, le parti de l'économie

    Bien oui, rien que sous le règne de Jean Charest la dette du Québec a doublée. Ça serait lebien que les journalistes arrêtent de simplement reprendre les propos des partis politiques et les confrontent plutôt avec la réalité. Ou du moins donnent à leurs lecteurs l'autre côté de la médaille. Ce n'est pas ça informer?

  • Jean Martinez - Inscrit 15 décembre 2013 02 h 08

    Souveraineté, véritable baromètre

    Tant que les péquistes sont condamnés par le contexte à n'offrir qu'un bon gouvernement, tout restera relativement calme au Québec. Mais dès que l'appui à la souveraineté augmentera, ou que la possibilité d'un PQ majoritaire pointera à l'horizon (lui permettant par exemple de renforcer la loi 101, de faire adopter la Charte, voire de déclencher un référendum), alors vous verrez toute la grande machinerie canadian se mettre en marche pour déstabiliser le Québec. Surveillez l'évolution des intentions de vote au cours des prochains mois, et vous m'en donnerez des nouvelles...