Le Canada devient un corps étranger pour le Québec, dit Lisée

Jean-François Lisée estime qu’il n’y a pas de lien direct entre le débat sur la charte et la hausse des appuis à la souveraineté.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Archives Jean-François Lisée estime qu’il n’y a pas de lien direct entre le débat sur la charte et la hausse des appuis à la souveraineté.

Avec le débat sur la charte de la laïcité, le gouvernement Marois contribue à faire du Canada « un corps étranger » au Québec, juge le ministre responsable de la région de Montréal et des relations avec la communauté anglophone, Jean-François Lisée.

 

« Le Canada devient de plus en plus un corps étranger », a déclaré dans un point de presse Jean-François Lisée, qui voit dans l’évolution de la situation politique une confirmation de sa thèse sur la « décanadianisation » des Québécois.

 

« Je pense qu’elle [la charte de la laïcité] contribue à hausser la volonté des Québécois de décider eux-mêmes sans demander la permission », a-t-il fait valoir. Jean-François Lisée estime toutefois qu’il n’y a pas de lien direct entre le débat sur la charte et la hausse des appuis à la souveraineté que montre le dernier sondage CROP-La Presse publié mercredi. Après répartition des indécis, les intentions de vote référendaire s’élèvent à 44 % contre 37 % en septembre.

 

« On est en train de décider entre Québécois comment on voudrait élaborer notre vivre-ensemble », a souligné le ministre tandis que l’approbation ou non de la charte par la Cour suprême est perçue « comme une question secondaire » par la population québécoise. « Le facteur canadien dans ce débat, il est inexistant. On réfléchit à ces questions comme si nous n’étions pas dans la fédération canadienne. C’est en ça que je vois que les fédéralistes ont beaucoup de difficulté à dire quelle est la valeur ajoutée de notre présence au Canada dans un débat comme celui de la charte. »

 

Les décisions du gouvernement fédéral vont à l’encontre de la volonté des Québécois, soutient-il : péage sur le pont Champlain, réduction de l’intervention des fonds de travailleurs, durcissement de l’assurance-emploi. « Chaque fois qu’on parle du Canada en ce moment au Québec, c’est des bâtons dans les roues », a affirmé Jean-François Lisée.

 

« La tendance de fond, c’est la disparition de la pertinence du Canada dans la vie des Québécois », croit le ministre. Même la déconfiture du Bloc québécois aux dernières élections contribue au phénomène maintenant qu’un parti fédéraliste, le Nouveau Parti démocratique, est la voix majoritaire du Québec à Ottawa. « Depuis que le Bloc est moins présent, on voit aussi que l’intérêt [des Québécois] pour la politique fédérale est en retrait », a avancé Jean-François Lisée.


Confiance en l’action

 

De son côté, le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, bien qu’il se soit défendu de commenter les sondages, estime que « les Québécois prennent confiance dans l’action gouvernementale ». Selon lui, la population se reconnaît dans le discours du gouvernement Marois sur la charte. « Les Québécois sont fiers de ce discours-là », a-t-il déclaré, tout en invoquant « la bonne performance économique » pour expliquer l’embellie.

 

Dans le dernier sondage CROP, le PQ recueille 35 % des intentions de vote, à égalité avec le Parti libéral mais en avance chez les francophones : 40 % pour le PQ contre 27 % pour le PLQ. La satisfaction envers le gouvernement a grimpé de 9 points de pourcentage pour s’établir à 41 %.


 
32 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 12 décembre 2013 07 h 16

    L'inverse

    Ce serait plutôt l'inverse: le Québec est un corps étranger au Canada.

    Mais le recours à l'analogie organique est dangereuse. Lorsque monsieur Lisée évoque «nos valeurs», entend-il sous-entendre que les Autres (juifs, anglos, musulmans et autres adversaires de la charte) sont des corps étrangers au Québec?

    Desrosiers
    Val David

    • Marc Lacroix - Abonné 12 décembre 2013 09 h 46

      Ce n'est pas si simple M. Desrosiers. Effectivement, la vision multiculturaliste canadienne ne correspond pas à la vision québécoise, mais au départ, il s'agit d'une question de cohérence face à l'absence de désir de certains de s'intégrer à la vie québécoise particulièrement sur les questions d'égalité des sexes et de laïcité de l'État. La tendance vers une ghettoïsation de certaines communautés existe depuis longtemps, bien avant que soit entamée la discussion sur la charte des valeurs ! Plusieurs des Autres veulent s'intégrer et vivre à la québécoise, mais quelques groupes — se placent volontairement en retrait — est-ce la faute de la majorité ? Je ne pense pas.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 12 décembre 2013 14 h 22

      Tout ce que les Canadiens attendent d'un immigrant, c'est qu'il se conforme aux lois du pays. On attend de lui un simple comportement.

      Ce que les Québécois du PQ attendent d'un immigrant, c'est qu'il adhère à la culture ambiante. On attend de lui un élan ostentatoire du coeur.

      Les premiers veulent des citoyens, les seconds des admirateurs.

      Desrosiers
      Val David

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 décembre 2013 09 h 58

      Il faut faire attention ici à peinturer égal, ce n'est pas le cas. Je me souviens dans un de mes très rares voyages à Toronto avoir entendu un anglo poser la question à un autre anglo avec un air dubitatif : «You're not from around here, are you ?» Et l'autre de répondre «No, I'm from Montreal !».

      Voyez-vous, vivre sur ce côté-ci de la rivière des Outaouais, ça teint, quelque soit vos origines ! À ne pas oublier !

      Je sais pas si un anglo pourrait lever une pancarte citant «I'm from Québec» assis sur une terrasse ailleurs qu'au Québec où on en a vu un citant «This is my Canada» tranquillement et avec un grand sourire au centre ville pendant la parade des carrés-rouges ? Moi, je l'essayerais pas !

      PL

  • Louis Gérard Guillotte - Inscrit 12 décembre 2013 08 h 41

    La pertinence du Bloc?

    Dès sa création,et nous savons par qui,je me suis dit que cette initiative était un mauvais positionnement stratégique pour le Québec:il ne fallait pas aller jouer dans
    la cour de la Chambre des communes pour y perdre un précieuse énergie nationaliste
    avec le résultat que nous connaissons aujourd'hui.
    Personnellement je ne veux rien savoir du Canada et cela depuis belle lurette.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 décembre 2013 15 h 56

      ...sauf quand il s'agit de collecter des milliards de dollars!

      Le fameux "fédéralisme profitable"...Paroles de P.E.Trudeau...

      Le Canada a grandement participé au développement économique du Qc d'aujourd'hui...Ce n'est pas du PQ ni de ses partisans que nous entendrons une seule parole de remerciement..

      Les paroles de M. Lisée sont d'une arrogance inimaginable, tel que lui seul peut s'en proclamer...

      Je n'ai aucun doute que ce monsieur a des ambitions de Premier Ministre!

  • michel lebel - Inscrit 12 décembre 2013 08 h 50

    C'est franc!

    Le propos du ministre ont au moins le mérite de la franchise. Pour ceux qui se demandaient encore pourquoi le gouvernement péquiste avait adopté la ligne dure sur le projet de charte des valeurs, ils ont maintenant la réponse. Ce projet non nécessaire et non urgent fait partie d'une stratégie pour remporter les prochaines élections et faire un troisième référendum. C'est aussi simple que cela et Lisée ne s'en cache même pas. Les jeux sont faits. Inutile de palabrer sur les mérites ou non de la chartre des valeurs. À moins de vouloir perdre son temps et de vouloir participer au "grand jeu"! J'y refuse.


    Michel Lebel

    • Marc Lacroix - Abonné 12 décembre 2013 09 h 53

      M. Lebel, devrait-on supposer que M. Couillard n'est pas opportuniste lorsqu'il force ses propres députés à devenir complètement anti-charte... jusqu'à ce qu'une dénommée Fatima Houda Pépin se fâche et invite son chef à s'ouvrir les yeux ? Pour ce qui est de la "franchise" (ou de l'absence de pensée démagogique), le nouveau député Couillard a une grande pente à remonter !

    • Nicolas Bouchard - Abonné 12 décembre 2013 14 h 33

      M. Lebel, c’est votre opinion et vous y avez droit. Pour le reste, ce n'est qu'une opinion comme toutes les autres....

      « Jean-François Lisée estime toutefois qu’il n’y a pas de lien direct entre le débat sur la charte et la hausse des appuis à la souveraineté que montre le dernier sondage CROP-La Presse publié mercredi. »

      De plus, la vôtre semble incorrecte. Procès d'intention gratuit peut-être?

      Nicolas B.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 décembre 2013 16 h 07

      L'intransigeance de la Charte n'a qu'un seul but: se faire rejeter par la cour suprême du Canada pour que le tandem Marois-Drainville-Lisée puisse se retourner et dire:" Vous voyez? On ne peut rien décider chez nous".

      Le populisme est acceptable quand il reflète directement l'opinion d'une population;mais si une manoeuvre stratégique politique consiste à exacerber des sentiments peu louables tel que la peur ou le rejet de l'autre, la xénophobie et l'intolérance, alors cette manoeuvre est indigne d'un gouvernement qui se respecte!

      Les paroles de M. Lisée sont d'une arrogance inqualifiable...

    • François Beaulé - Inscrit 12 décembre 2013 16 h 12

      M.Lebel voit juste. On pouvait se douter que Lisée était le stratège derrière le grand jeu populiste entourant la charte de la répression des signes religieux. La stratégie a porté fruit. Lisée aujourd'hui se dévoile en célébrant l'«action de grâce»!

      Mais je ne suis pas prêt à démoniser le ministre comme le font Pratte et Gagnon dans un autre journal de Montréal. Lisée reste un homme charmant qui utilise le populisme pour défendre son projet d'indépendance. Si les Québécois sont trop naïfs, tant pis pour eux ou pour nous. Lisée n'est pas Machiavelli tout de même!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 décembre 2013 11 h 44

      Restons bien assis dans le sous-sol comme des ados à la charge des parents, n'est-ce pas. Ne faisons pas de vagues et continuons de donner raison au ROC de nous considérer comme des personnes à charge et de vivre sur leur bras ! Le problème du ROC n'est pas que les québécois veulent s'en aller, c'est que certains ne le veulent pas !

      Ado for ever !

      PL

      P..S. Y a combien de pays qui se servent de l'Euro comme monnaie d'échange déjà ? Rappelez-le moi.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 12 décembre 2013 08 h 58

    Oui, deux pays

    Il y a en réalité DEUX pays au nord du 45e parallèle. Deux langues, deux mentalités, deux pays. Vivement sortir le Canada du Québec!

    Vive le Québec souverain!


    L'histoire du Canada est une vaste farce en ce qui concerne la notion de fédération. La dérive a commencé dès 1867, avec la mal-nommée CONFÉDÉRATION, qu'on a ensuite appelée FÉDÉRATION, mais qui en pratique a tendu de plus en plus vers un état centralisé, sans respecter les compétences des provinces constituant la fédération. Il faut contrer l'action des pseudo-fédéralistes à Ottawa, et contrer le travail de sape continu des médias, inféodés au fédéralisme invasif et centralisateur, qui s'acharnent à rapetisser le Québec et à ralentir sa marche vers la souveraineté.

    Quel beau pétrin que ce pays bancal qu’est le Canada, pays bancal où le Québec est enserré, enferré et enfermé dans la camisole de force de cette Constitution soit-disant légale mais carrément illégitime parce que faite sans et contre le Québec.

    Et dire qu’il y a des Québécois qui se vautrent dans ce fédéralisme étouffant! Quand donc les Québécois seront-ils maîtres chez eux et maîtres de leurs lois?

    Le Québec est une nation pacifique avec ses caractéristiques distinctes qui mérite de se perpétuer dans son identité francophone et selon ses propres choix.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 décembre 2013 16 h 24

      "....pays bancal où le Québec est enserré, enferré et enfermé dans la camisole de force..."

      ET cette situation physique continuera car le QC est enfermé à l'intérieur du Canada! L'indépendance, payée à un très haut prix n'aura pas le résultat escompté:

      -1- Il n'y aura pas d'indépendance économique si un autre pays contrôle la monaie dont vous vous servez et dont vous ne pourrez même pas participer à la gestion.
      -2- Vous subirez indirectement, l'effet de toutes les politiques et actions du ROC, du fait de la situation géographique du QC, sans avoir un mot à dire!
      -3- Une critique si virulente du Canada, si elle est adoptée par une grande partie des québécois ne permettra pas un divorce à l'amiable. Il serait très facile pour le ROC d'éviter le QC pour faire du business...Et les américains ne sont pas très chauds à faire l'effort de parler français.

      Alors, encore une fois, je ne comprends pas cette fanfaronnade mal placée.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 12 décembre 2013 09 h 03

    Sortir le Canada du Québec!

    Oui, vivement sortir le Canada du Québec!

    Le Québec, 22ième économie mondiale quant au PIB par habitant, est capable de s’occuper de ses affaires. Le Québec n’est pas un petit pays. En 2006, le PIB du Québec s'élevait à 230,6 milliards de $ US, soit 19,7 % du PIB canadien. En 2006, l'État du Québec se situait ainsi au 22e rang dans monde quant à son produit intérieur brut (PIB) par habitant de 30 143 $ US, derrière Singapour et la France, mais devant l'Italie et l'Espagne. Sur le plan de la superficie de son territoire (1 667 441 km2), le Québec souverain se placerait au 18e rang dans le monde et, en regard de la population (7 651 531 habitants), il se situerait au 94e rang. Dans le même peloton que plusieurs pays européens de taille comparable (Norvège, Danemark, Suède, Suisse, Irlande, etc). Cela malgré le fait que nous n'ayons pas le plein contrôle de nos impôts, et malgré l'histoire séculaire d'un Québec rapetissé par les politiciens fédéraux.

    Les souverainistes québécois veulent construire le Québec de demain. Le Québec, 22e économie mondiale, ne l'oublions pas. On n'est pas né pour un petit pain, on est capable. Malgré les entraves d'Ottawa, nous avons réussi à nous imposer dans plusieurs domaines dans le monde. Il est temps que le Québec soit le maître de son avenir. Nous avons pleinement le droit d'être ce que nous sommes. Il faut faire la souveraineté du Québec.

    Vivement sortir le Canada du Québec!

    Vive la République du Québec !

    • Gaston Fiset - Inscrit 12 décembre 2013 09 h 51

      très bonne description Monsieur

    • Nicolas Vincent - Inscrit 12 décembre 2013 15 h 39

      Bonne description factuelle... mais un peu sélective. Pourquoi ne pas parler du ratio dette publique/PIB? Ou du niveau de productivité par heure travaillée? Ou encore du déficit public sans transferts de péréquation? Remarquez, je suis loin de croire qu'il s'agit de défis insurmontables, si d'autres pays y sont arrivés aucune raison à priori que le Qc ne puisse le faire. Mais il me semble important d'être honnêtes envers nous-mêmes, de ne pas verser dans l'aveuglement volontaire, si ce n'est qu'afin d'éviter les réveils plus pénibles que prévu.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 12 décembre 2013 17 h 11

      ...En continuation de M. Vincent, pourquoi ne pas parler:

      - des problèmes structurels de l'économie québécoise dont Montréal est la locomotive et pas grand chose dans les régions.
      - du caractère saisonnier des emplois en région avec une pléthore de gens sur l'assurance-emploi neuf mois sur douze.
      - de la dette cumulative du QC quand il doit assumer sa part de la dette canadienne et la difficulté à venir de service de la dite dette si les agences de quotation s'en mêlent.
      - de la difficulté de reconstituer les services dont les dépenses sont partagées par dix provinces et territoires..
      - Des disparitions de pensions chez les retraités du Fédéral si le ROC n'existe plus (une possibilité)..Etc...

      Oui! le QC a une grande surface 1 667 441 km2 dont 90% est inhabitable ou inhospitalière.

      Oui! Le QC peut se séparer mais, il faut avertir la population des sacrifices à faire!

      Lisez "Les affaires.com" 58ème édition:"Le Québec de plus en plus dépendant du Canada financièrement".

      M. François Legault a compris quelquechose que beaucoup n'ont pas saisi. Il faut une indépendance économique avant de penser à une indépendance politique.