Bilans parlementaires: le déficit n'assombrit pas l'année du gouvernement, dit Marois

Selon Pauline Marois, le gouvernement a été «exemplaire» dans «ce qu'il a pu contrôler», c'est-à-dire les dépenses, mais les revenus escomptés n'ont tout simplement pas été au rendez-vous.
Photo: - Le Devoir Selon Pauline Marois, le gouvernement a été «exemplaire» dans «ce qu'il a pu contrôler», c'est-à-dire les dépenses, mais les revenus escomptés n'ont tout simplement pas été au rendez-vous.
Dans son bilan de fin de session parlementaire, vendredi, la première ministre a dit croire que les Québécois ne lui tiendront pas rigueur d'avoir plongé le Québec dans un gouffre budgétaire de 2,5 milliards alors qu'elle avait promis de rétablir le déficit zéro.

Selon elle, le gouvernement a été «exemplaire» dans «ce qu'il a pu contrôler», c'est-à-dire les dépenses, mais les revenus escomptés n'ont tout simplement pas été au rendez-vous.

Elle a expliqué que le gouvernement avait dû changer de plan et reporter de deux ans le retour à l'équilibre budgétaire lorsqu'il est apparu clair que les prévisions des économistes, tant du secteur privé que public, n'allaient pas tenir la route.

Plutôt que de hausser les taxes ou de sabrer dans les dépenses, le gouvernement péquiste a choisi d'intervenir pour stimuler la création d'emplois et exercer un contrôle serré de la croissance des dépenses, a-t-elle fait valoir.

De l'avis de la première ministre, le retour à l'équilibre budgétaire ne doit pas éclipser le fait que l'économie du Québec se porte plutôt bien, avec une croissance du produit intérieur brut de 1,4 % ces derniers mois contre 0,9 pour le Canada.

Du reste, Mme Marois estime que les Québécois ont d'autres préoccupations que l'équilibre budgétaire, notamment l'emploi, la lutte à la pauvreté et la réussite scolaire.

Le bilan du PLQ

Le PLQ a aussi fait son bilan, vendredi. Et c'est à prendre ou à laisser: le chef libéral Philippe Couillard n'a pas l'intention de changer de style de leadership, malgré les difficultés rencontrées au cours des derniers mois. M. Couillard a défendu ses façons de faire en point de presse.

Sur la question du port de signes religieux et celle de la lutte au déficit, les deux enjeux majeurs de l'automne, M. Couillard a modifié ses positions dernièrement, causant des tensions au sein du caucus libéral et s'attirant aussitôt dans une certaine presse le sobriquet de «Philippe-Flop», sorte de vire-capot.

Homme de principes, M. Couillard dit ne pas vouloir se laisser distraire par ce genre de choses. Il entend continuer à «pratiquer un style de leadership qui unit et rassemble, plutôt qu'exclure et éloigner». Bref, il ne regrette rien.

«Je ne changerai pas. Je vais avoir 57 ans dans quelques mois. Je ne changerai pas ma personnalité», a dit le chef libéral, convaincu que c'est plutôt la première ministre Pauline Marois qui change d'avis et de politique à tout moment. Il a rappelé que Mme Marois avait promis de ramener l'équilibre budgétaire dans les prochains mois, avant d'annoncer un déficit de 2,5 milliards en 2013-2014.

Au cours des dernières semaines, M. Couillard avait créé la surprise en évoquant un plan de retour à l'équilibre budgétaire s'étirant sur trois ou quatre ans, alors que son parti prônait le déficit zéro dès le prochain budget. Il avait dû corriger le tir par la suite, en disant que l'équilibre était incontournable en 2014-2015.

Sur la question du port de signes religieux par les employés de l'État, il s'est toujours montré inflexible, posant en champion des libertés individuelles et en s'affichant contre toute forme d'interdiction, si le visage est découvert. Mais sous la pression de la députée Fatima Houda-Pepin, il s'est ravisé, ouvrant la porte désormais à l'interdiction pour les personnes ayant un pouvoir coercitif: juges et policiers, notamment, si cela ne contrevient pas aux chartes. Il a aussi fermé la porte à d'éventuelles candidates libérales portant le tchador.

Vendredi, il est revenu à la charge pour considérer que la charte de la laïcité du gouvernement, qui inclut le projet d'interdire les signes religieux pour tous les employés de l'État, était selon lui «inapplicable, illégale et inconstitutionnelle».

Le chef libéral a réaffirmé qu'il ne voulait pas consacrer d'énergie aux attaques personnelles, préférant se concentrer sur les idées et les enjeux, en s'adressant «à l'intelligence des gens».

Le fait qu'il ait été absent de l'Assemblée nationale durant la dernière session, même s'il est chef du parti depuis le mois de mars, n'a pas nui à la cohésion des troupes libérales ou au travail de l'opposition officielle, selon lui.

La période de neuf mois passée à l'extérieur de l'assemblée, notamment à parcourir les routes du Québec à la rencontre des militants, «a été excessivement utile» pour prendre le pouls de la population, a-t-il fait valoir.

Sur ce plan, les choses vont bientôt changer: M. Couillard devrait se faire élire sans difficulté député d'Outremont lundi prochain, à l'occasion d'une élection complémentaire, et pourra faire son entrée à l'Assemblée nationale lors de la reprise des travaux, en février, pour enfin se mesurer en Chambre à Pauline Marois.

Il a qualifié la gouverne péquiste de l'automne d'échec sur toute la ligne, se disant prêt à provoquer des élections générales au printemps, si le prochain budget, prévu en mars, ne répond pas aux attentes.

«Les Québécois méritent mieux» que le gouvernement péquiste, a conclu M. Couillard.

Québec solidaire

Dans son propre bilan de session, la députée de Gouin, Françoise David, s'est montrée déçue du fait que, selon elle, le gouvernement péquiste a trahi ses promesses électorales de former un gouvernement de «tendance un peu centre-gauche».

«On n'en est pas là du tout», selon la députée de Québec solidaire, qui reproche au gouvernement Marois de ne pas être suffisamment «indépendant des lobbys d'affaires», faisant référence aux lobbys minier et pétrolier.

Elle déplore aussi qu'avec son projet de charte de la laïcité le gouvernement ait autant «misé sur les inquiétudes identitaires» d'une partie de la population.

De son côté, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault a reporté à la semaine prochaine la présentation de son bilan, préférant attendre que le sort du projet de loi sur les mines soit connu.

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