Commission Charbonneau - Une relation des Hells Angels se targuait de contrôler le bras immobilier du Fonds FTQ

Denis Vincent, une relation des Hells Angels, s’est vanté de contrôler la SOLIM (le bras immobilier du Fonds de solidarité de la FTQ) grâce à sa relation privilégiée avec Jean Lavallée.

 

Le promoteur du projet Tipi, Laurent Gaudreau, a une peur bleue de Vincent et de ses acolytes, ce pour quoi il a demandé de témoigner de façon anonyme, le 14 novembre dernier à la commission Charbonneau.

 

L’ordonnance de non-publication qui pesait sur son témoignage a été levée lundi. De nombreux témoins, et l’écoute électronique du projet Foudre, une enquête criminelle sur le dossier de Tipi, un projet de salle de spectacles au pied des chutes Montmorency, ont corroboré sa version des faits.

 

M. Gaudreau a confirmé que Denis Vincent avait exigé un pot-de-vin de 250 000 $, au bénéfice de Jean Lavallée, en 2007, afin de débloquer l’impasse sur le financement de Tipi. « Je ne pouvais pas l’imaginer. Denis Vincent a dit à deux reprises : “ça prend 250 000 $ pour Johnny [Lavallée]” », a relaté le témoin.

 

M. Gaudreau a questionné Jean Lavallée à ce sujet. « Je n’ai jamais eu d’argent de personne, aurait-il dit. Je vais parler à Denis Vincent, puis je vais te revenir. » L’ex-patron de la FTQ-Construction n’a jamais honoré sa parole.

 

À la suite du refus de Laurent Gaudreau, la SOLIM a retiré ses billes dans le projet Tipi.


«En situation d’autorité»

 

Laurent Gaudreau, Denis Vincent et Jean Lavallée partageaient une passion pour la chasse, la pêche et les expéditions dans le Grand Nord québécois.

 

C’est lors d’une excursion que Jean Lavallée, président du conseil de la SOLIM, a donné son aval au financement de Tipi.

 

Laurent Gaudreau ne se doutait pas que le p.-d.g. de la SOLIM, Guy Gionet, allait manoeuvrer avec Denis Vincent pour lui mettre des bâtons dans les roues.

 

Vincent, un émissaire de Lavallée, a persuadé M. Gaudreau qu’il n’obtiendrait pas l’aide de la SOLIM s’il ne lui cédait pas le tiers de ses droits dans le projet. « C’est moi qui “runne”chez SOLIM, puis ça va marcher de même. Si vous faites pas ce que je dis, il n’y en aura pas de projet », aurait-il dit à Laurent Gaudreau.

 

Le promoteur s’est plaint à Guy Gionet de ce chantage. « Comment ça se fait que Denis Vincent est devenu une personne aussi importante dans votre organisation ? », lui a-t-il demandé. Pour seule réponse, M. Gionet lui a dit d’accéder à toutes les demandes de Vincent. « M. Gionet n’aimait pas que je questionne l’autorité de Denis Vincent », a dit M. Gaudreau.

 

Même s’il ne possédait aucun titre officiel, Denis Vincent était « en situation d’autorité » à la SOLIM, estime Laurent Gaudreau.


La filière du «fast track»

 

Denis Vincent, Guy Gionet, Jean Lavallée et l’entrepreneur Tony Accurso appartenaient à la filière du fasttrack, selon l’enquêteur de la commission, Michel Comeau. Sous le règne de Lavallée, les promoteurs devaient verser des ristournes pour obtenir un traitement préférentiel de la SOLIM.

 

Denis Vincent a avoué à mots couverts l’existence du fast track lors d’un entretien avec l’enquêteur Comeau.

 

Laurent Gaudreau a d’ailleurs rencontré les membres de la filière au restaurant de Tony Accurso, l’Onyx, où il s’est rendu trois fois pour des rencontres d’affaires.

 

C’est à l’Onyx qu’il a pris conscience des mauvaises fréquentations de ses partenaires. Denis Vincent tenait un livre sur le clan Rizzuto, et il aurait lancé à Jean Lavallée : « Tu liras ça, tu vas voir qu’il y a bien du monde qu’on connaît là-dedans. »

 

À la suite de l’échec de Tipi, Laurent Gaudreau et sa conjointe ont craint de subir des représailles du crime organisé.

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