​Québec doit reporter de deux ans le retour à l'équilibre budgétaire

L'annonce officielle de ce bris d'engagement a été faite jeudi par le ministre des Finances, Nicolas Marceau, en rendant publique sa mise à jour économique et financière.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir L'annonce officielle de ce bris d'engagement a été faite jeudi par le ministre des Finances, Nicolas Marceau, en rendant publique sa mise à jour économique et financière.

Québec — La situation financière du Québec demeure très précaire, au point où le gouvernement Marois se voit obligé de reporter de deux ans le retour prévu à l'équilibre budgétaire.

Promis en 2013-2014, le retour au déficit zéro est donc reporté à 2015-2016.

L'annonce officielle de ce bris d'engagement du gouvernement péquiste a été faite jeudi par le ministre des Finances, Nicolas Marceau, en rendant publique sa mise à jour économique et financière.

En 2013-2014, le déficit atteindra donc 2,5 milliards, et 1,7 milliard l'année suivante, en 2014-2015. Cette année-là, en raison de la pression accrue du régime de retraites des employés de l'État, Québec devra aussi trouver 400 millions supplémentaires pour ne pas aggraver les choses.

« Je suis prêt à reconnaître qu'on a eu des écarts importants dans nos prévisions », a reconnu le ministre en conférence de presse.

Il a fait valoir qu'il avait choisi de s'éloigner de tout « dogmatisme », en dessinant la nouvelle carte des finances publiques du Québec. Il a donc préféré d'emblée écarter le scénario de hausses de taxes et d'impôts pour boucler son budget à tout prix, en se résignant à présenter plutôt deux autres budgets déficitaires, quitte à bafouer l'engagement maintes fois pris dans le passé.

Le report de deux ans d'une situation financière équilibrée s'explique essentiellement par une importante baisse des revenus anticipés dans les coffres de l'État, à hauteur de 2,5 milliards en 2013-2014 et 2,7 milliards l'année suivante, a expliqué le ministre.

Les prévisions du ministère des Finances faites au printemps, donc il y a à peine huit mois, ne tiennent tout simplement plus la route. Les rentrées fiscales des particuliers sont revues à la baisse de 885 millions en 2013-2014, alors que les revenus associés à la taxe de vente devraient chuter de 576 millions.

Les contributions des sociétés d'État considérées comme les vaches à lait du gouvernement laissent aussi à désirer: le manque à gagner escompté chez Loto-Québec atteindra 114 millions, contre 30 millions à la Société des alcools du Québec (SAQ).

La fragilité de l'économie québécoise s'explique aussi en partie par une baisse plus importante que prévu — de 30% depuis l'été 2012 — du nombre de mises en chantier.

Cette fragilité se traduit, au total, par une croissance économique qui demeure, elle aussi, décevante: la prévision pour 2013 est ramenée à une croissance de 0,9%, en baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport au printemps dernier.

M. Marceau prévoit retrouver la voie de sortie des déficits en série en misant sur un contrôle serré des dépenses gouvernementales.

Au printemps, il avait fixé la croissance autorisée des dépenses de programmes à 1,9%. En 2013-2014, elle devrait atteindre 2,5% et 2% les deux années suivantes.

Parallèlement, Québec tentera de freiner la croissance de la dette. L'objectif est de ramener la dette brute à 45% du PIB et celle des déficits accumulés à 17% du PIB, d'ici 2025-2026.

Une grande inconnue: la réaction des agences de notations de crédit. Le ministre Marceau est demeuré évasif quand on lui a demandé s'il craignait que la cote du Québec puisse être revue à la baisse, à la suite du report du déficit zéro. « J'ai confiance », a dit le ministre.

Par Jocelyne Richer

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