Houda-Pepin attendue de pied ferme au PLQ

Fatima Houda-Pépin
Photo: Source collection de l'Assemblée nationale Fatima Houda-Pépin

La députée Fatima Houda-Pepin est attendue de pied ferme par ses collègues libéraux, qui réclament des explications sur sa virulente sortie de la semaine dernière contre la position du parti au sujet de la laïcité.

 

Selon ce que Le Devoir a appris, la députée se fera demander de préciser sa pensée si elle se présente à la réunion du caucus libéral prévue ce mardi à Québec. Le chef Philippe Couillard souhaite que Mme Houda-Pepin reste au parti — «  les lignes de communication sont ouvertes  », dit-on dans son entourage —, mais il l’a invitée à venir s’expliquer.

 

Des députés prévoient aussi demander des comptes à la députée reconnue pour son franc-parler, qui réclame le droit à la dissidence au sein du parti. En privé, des élus sont encore ébranlés par «   l’affront   » fait au chef par Fatima Houda-Pepin au cours de la réunion du caucus, mercredi dernier. Sa lettre où elle remettait en question la position du parti sur le port de signes religieux, vendredi, fait aussi dire à certains que la députée a «  dépassé les bornes  ».

 

«  Le dernier qui a défié le chef de cette façon, c’est Thomas Mulcair [en 2006]. », dit un membre influent du Parti libéral du Québec (PLQ). Avant de devenir chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, ministre de l’Environnement dans le gouvernement Charest, avait croisé le fer avec le premier ministre, notamment au sujet de la privatisation d’une partie du mont Orford, en Estrie. Il avait claqué la porte en 2007, un an après avoir perdu son poste de ministre.

 

Par contre, Philippe Couillard se souvient sans doute qu’il avait lui-même défié Jean Charest sur la question de l’emplacement du futur CHUM. En 2005, alors ministre de la Santé, M. Couillard avait menacé de démissionner si son chef donnait le feu vert à la construction du mégahôpital universitaire à Outremont, et non au centre-ville comme ce fut le cas.

 

Un débat déchirant

 

Lundi, en tout cas, Fatima Houda-Pepin a publié un communiqué, sans aviser le parti, où elle réaffirmait sa foi au PLQ et au fédéralisme. Elle a dit souhaiter travailler au sein du parti, même si elle reconnaît diverger d’opinion avec le chef au sujet de la neutralité religieuse de l’État.


«  Je suis prête à collaborer comme je l’ai toujours fait. Je suis libérale et loyale à mon chef et à mon parti. Je ne veux pas me   retrouver dans une situation où on me   force à renier mes   convictions profondes ou mon attachement au Parti libéral du Québec. Je regrette d’être traitée de la sorte pour le simple fait d’avoir souhaité un débat d’idées sur une question aussi complexe et sensible [que] la neutralité religieuse de l’État  », écrit-elle.

 

Le débat déchirant sur le port de signes religieux par les employés de l’État est à l’origine de cette tempête au sein des troupes de Philippe Couillard. Le député libéral Marc Tanguay a déclaré la semaine dernière qu’il n’aurait aucun problème à siéger aux côtés d’une élue qui porterait le tchador. Le tchador est une sorte de grand voile noir porté par des musulmanes pour se couvrir l’ensemble du corps, sauf le visage.

 

Farouchement opposée à ce vêtement «  qui est l’expression même de l’oppression des femmes, en plus d’être la signature de l’intégrisme radical  », la députée Houda-Pepin a dénoncé vivement la prise de position de son collègue. Philippe Couillard et Marc Tanguay ont rectifié le tir vendredi. Ils se sont prononcés contre le port du tchador par une élue. Mais le mal était fait. Fatima Houda-Pepin avait brisé la ligne de parti, dans une formation qui a l’habitude de régler ses différends derrière des portes closes.

 

«On a besoin d’elle»

 

La députée a confié à des proches qu’elle n’avait «  pas l’intention de se taire  ». Elle compte parler au sein des instances du parti. Elle travaillait depuis 2011 à un projet de loi qui prévoyait la neutralité religieuse de l’État, un peu comme la charte de la laïcité déposée par le gouvernement Marois (Mme Houda-Pepin a précisé lundi qu’elle n’appuyait pas la charte du Parti québécois). Il y a trois semaines, le PLQ avait écarté ce projet de loi pour préparer une offensive contre l’intégrisme religieux, menée par le député Gilles Ouimet.

 

«  J’ai refusé de mettre le projet de loi sous le tapis et j’ai accepté cependant, en femme d’équipe, d’agir comme personne-ressource pour le nouveau comité  », écrit Fatima Houda-Pepin dans son communiqué publié lundi.

 

En privé, des députés tentent de dédramatiser ce qu’ils appellent «  l’affaire Fatima  » et disent croire à une solution possible du différend entre la députée et le chef. Intellectuelle redoutable, Fatima Houda-Pepin apporte une «  profondeur  » au PLQ malgré sa difficulté à travailler en équipe, indique une source au PLQ : «  On a besoin d’elle.  »

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67 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 19 novembre 2013 00 h 15

    Demander des comptes à Madame?

    Espérons que le caucus libéral saura aussi trouver les mots pour poser les bonnes questions à son chef concernant l'embauche de l'épouse de ce dernier par une firme ayant fait affaire avec le gouvernement alors qu'il détenait un portefeuille, sous le gouvernement Charest

    Puisque, de qui des deux, de Couillard ou de Houda-Pépin, le parti libéral devrait-il se distancer s'il veut faire preuve de transparence?

    • Louka Paradis - Inscrit 19 novembre 2013 11 h 40

      Vous avez raison, M. Valois. Et il y a bien d'autres questions auxquelles M. Couillard devra répondre : http://www.vigile.net/Le-chemin-de-croix-de-Philip
      Bonne lecture ! Souhaitons bonne réflexion à Mme Houda-Pepin et surtout, bon courage...

      Louka Paradis, Gatineau

    • Gilles Théberge - Abonné 19 novembre 2013 12 h 03

      C'est au parti libéral au complet qu'il faut demander des comptes. Imaginez, quelqu'un dans ce parti ose avoir une pensée autonome. Belle façon.on pourrait même dire éclatante façon de faire de la politique autrement.

  • Carole Dionne - Inscrite 19 novembre 2013 00 h 20

    Travailler en équipe au PLQ

    veut dire: ferme ta gueule et suit le chef. Ayoye Vive la démocratie et la dissidence. Quand le mur est noir mais que le chwef dit qu'il est jaune, tu es mieux de dire qu'il est jaune. Et si le chef décide par la suite qu'il est bleu, dis qu'il est bleu.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 19 novembre 2013 09 h 16

      Il semble aussi, comme le dit Josée Legault, qu'il y a du sexisme envers Mme Houda-Pépin, comme en a vécu Maria Mourani par le BQ. Des hommes de bras dénoncent la difficulté de ces femmes à travailler en équipe et en réfèrent à leur mari, par dessus le marché:

      http://www.radio-canada.ca/emissions/c_est_pas_tro

      Misère!

    • Michel Gagnon - Inscrit 19 novembre 2013 10 h 47

      Ce qui serait fort intéressant, ce serait de publier à nouveau les commentaires des députés du PLQ, ainsi que de leur chef, au sujet des moindres dissidences exprimées au PQ, et au sujet de Maria Mourani.

  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 19 novembre 2013 00 h 53

    Au nom des libertés individuelles, qu'ils acceptent sa dissidence

    Pour l'honneur, que le PLQ accepte la dissidence de Mme Houda-Pépin et qu'il la laisse s'exprimer librement. Sinon les membres du caucus libéral nous auront prouvé que faire partie du caucus libéral c'est comme faire partie d'une religion, qu'au sein du même caucus, il faut penser et agir comme ses collègues du caucus pour ne pas être excommunié. Le PLQ ne pourrait-il pas prêcher par l'exemple en matière de libertés individuelles. Il me semble que, dans ce cas-ci, il s'agit d'un groupe qui veut museler un individu.

  • Cyril Dionne - Abonné 19 novembre 2013 00 h 58

    Qu'est-ce que Fatima Houda-Pepin fait dans ce parti ?

    Voici ce que M. Couillard disait à propos de la laïcité, de l'identité et des valeurs québécoises le 20 janvier 2007 lorsqu'il était ministre de la santé.

    « Lors d'une annonce à l'hôpital Laval à Québec hier, le ministre Philippe Couillard s'est prononcé en faveur d'une «laïcité complète» dans les institutions publiques. Mais il s'est opposé au retrait du crucifix: «Le débat sur l'accommodement raisonnable commence par l'affirmation de notre identité et de nos valeurs comme Québécois», a-t-il dit. Cette identité comprend «une langue commune qui est le français» et une tradition historique «fortement liée à la religion catholique et au christianisme», a poursuivi le ministre. »

    L'État, au nom du respect des libertés individuelles, de la sainte rectitude politique multiculturaliste et selon les axiomes du Parti libéral du Québec (et du Canada), interdirait le port du tchador pour ses élues, mais pas pour ceux qui évoluent dans la sphère étatique. Et les intégristes islamiques, eux en revanche, auraient toute la liberté de l'imposer aux femmes musulmanes. Ce qui revient à dire que l'État devrait respecter les libertés des minorités et qu'il ne devrait pas interdire aucune de leurs pratiques même si celles-ci seraient subies comme des contraintes misogynes pour leur gente féminine. Pour résumer, l'État de droit devrait se porter garant de la liberté d'expression des groupes religieux qui interdisent cette même liberté à leurs membres de sexe féminin incluant les enfants.

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/128085/mu

    Logique de M. Couillard, notre ancien médecin sans frontière à but lucratif et très bon ami d'Arthur Porter. Et là on se demande pourquoi les gens se désintéressent de la politique.

    • Louis Gérard Guillotte - Abonné 19 novembre 2013 09 h 33

      Nous laisseriez-vous à comprndre que le Dr.Couillard aurait été médecin
      sans frontière en Arabie-saoudite?

  • Nancy Leblanc - Inscrite 19 novembre 2013 01 h 00

    Quittez ce caucus madame!

    Si on vous traite en mineure sur ce sujet majeur, quel avenir avez-vous avec eux?

    Ne vous laissez pas trapper au nom de votre attrait pour le fédéralisme.
    Où que vous irez par la suite, vous serez réélue.
    Les québécois savent reconnaître une femme honnête, une femme de principes.

    • Solange Bolduc - Inscrite 19 novembre 2013 10 h 00

      Si en lui demandant de quitter le PLQ en espérant qu'elle aille ailleurs, dans un autre parti, souverainiste, peut-être?, et qu'elle renonce du même souffle au fédéralisme auquel elle croit, vous refusez de reconnaître les convictions profondes de cette dame. De tele sorte que vous vous leurriez vous-même !

      Mme Houda-Pépin va se battre jusqu'au bout pour ses convictions, lesquelles ne sont certainement pas celles du PQ ou de QS, je crois, et cela sous toutes réserves! Et je l'appaudirez fortement pour cela !

      Vaut mieux perdre un peu, un jour, que de courber l'échine !