L’éclipse de la Coalition avenir Québec

L’arrivée de Jacques Duchesneau (à gauche) en début de campagne a permis au parti dirigé par François Legault de chauffer le PQ et le PLQ aux dernières élections.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’arrivée de Jacques Duchesneau (à gauche) en début de campagne a permis au parti dirigé par François Legault de chauffer le PQ et le PLQ aux dernières élections.

Samedi, c’est jour de Conseil général pour la Coalition avenir Québec. Il sera largement question des difficultés qu’éprouve la classe moyenne, celle du 450 et celle de la région de Québec où le parti de François Legault a ses appuis. Mais, ironie du sort, voilà qu’on replonge dans le débat de la charte des valeurs avec la sortie de la députée libérale Fatima Houda-Pepin. Rien pour permettre à la CAQ de sortir de l’ombre.

 

«C’est sûr qu’on est dans l’ombre », confiait au Devoir un proche de François Legault. Le débat sur la charte des valeurs est polarisé par ses partisans, qui se retrouvent surtout, mais pas seulement, dans les rangs péquistes, et ses opposants, qui s’abreuvent aux principes brandis par Philippe Couillard et à sa défense bec et ongles des libertés individuelles.

 

Entre les deux, il y a la CAQ, avec sa position mitoyenne, dite de « compromis », où l’interdiction générale du port des signes religieux pour les employés de l’État, comme le proposent les péquistes, est remplacée par une interdiction partielle qui vise le personnel en autorité, ce qui comprend les enseignants des écoles publiques.

 

La position caquiste fut arrêtée par l’exécutif du parti et le caucus des députés dès juin, trois mois avant que le ministre Bernard Drainville ne dévoile son projet de Charte des valeurs. À l’époque, on ne voulait absolument pas laisser au Parti québécois le monopole de l’enjeu identitaire. La position se voulait forte, mais elle apparaît en définitive modérée. C’est qu’à la CAQ, on n’avait pas prévu que le PQ irait aussi loin, en étendant la prohibition des signes religieux au personnel des hôpitaux et des garderies.

 

Aucun gain

 

Aujourd’hui, on constate à la CAQ que cette position mitoyenne n’a rien apporté au parti, du moins pour l’heure. Selon les sondages, les sympathisants caquistes appuient davantage la position péquiste que celle de la CAQ. Qu’à cela ne tienne, tous les élus caquistes appuient sans réserve l’interdiction partielle, assure-t-on. Les propos du cofondateur de l’Action démocratique du Québec, Jean Allaire, qui a qualifié le Coran de « texte de conquête et de violence », ne seront pas suivis par un mouvement de contestation au Conseil général, prédit-on ; particulièrement dociles, les caquistes n’exigeraient pas un durcissement de la position de leur parti. Rappelons que les membres, que ce soit à un conseil général ou à un congrès, ne se sont jamais prononcés sur la question.

 

Éclipsée par le débat sur la charte des valeurs, la CAQ ronge son frein en attendant des jours meilleurs. Dans l’entourage de François Legault, on est convaincu qu’il sera impossible pour le gouvernement Marois de maintenir ce niveau d’intérêt à l’égard de la charte des valeurs et l’émotivité qui caractérise ce débat. La question ne sera plus au centre des débats dans trois mois, espère-t-on. Et si le PQ tente d’étirer la sauce, il subira les foudres des électeurs qui, lassés du débat, voudront que la question se règle.

 

Les jeunes familles

 

Une fois dégonflé le débat sur la charte, la CAQ pourra donner sa mesure, croit-on. Le fonds de commerce caquiste, ce sont les jeunes familles de la classe moyenne, prises à la gorge, qui ploient sous le poids de leur hypothèque, des paiements sur leurs deux voitures, des impôts et des taxes. En remplissant leurs déclarations de revenus au printemps, elles réaliseront qu’elles continuent à payer la taxe santé en dépit de la promesse de Pauline Marois de l’éliminer. Au surplus, Hydro-Québec leur réserve une hausse des tarifs d’électricité qui dépasse largement l’inflation.

 

Le thème du Conseil général (« Cap sur les familles ») ne brille pas par son originalité. Mais ce parti dirigé par un comptable préfère l’efficacité à l’imagination. La CAQ a d’ailleurs mandaté le député de Lévis, Christian Dubé, un autre comptable de formation, pour qu’il épluche les comptes publics afin de dénicher une marge de manoeuvre suffisante pour donner du répit à la classe moyenne, ce qui ne peut passer que par un dégraissage plus ou moins radical de l’État. C’est donc en promettant un allégement fiscal pour les contribuables que la CAQ entend entreprendre la prochaine campagne. François Legault a appris du dernier rendez-vous électoral : le ménage, c’est bien, mais le fruit du ménage, c’est encore mieux.

 

Finie l’alternance!

 

À la CAQ, on croit que tant le PQ que le PLQ sont vulnérables. Pour les péquistes, l’économie poussive pourrait s’avérer un boulet. Pour les libéraux, c’est l’enjeu de l’intégrité qui peut revenir les hanter. La perquisition de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), cette semaine, dans les locaux d’une entreprise de Marc Bibeau, grand spécialiste du financement « sectoriel » au Parti libéral et ami de Jean Charest, est peut-être un prélude de sérieux ennuis pour la riche formation politique.

 

Choisir la CAQ, c’est mettre fin à l’alternance des deux vieux partis. « Ce n’est pas vrai que les Québécois sont satisfaits du bipartisme. La volonté de sortir de l’alternance est très forte encore. Les « fondamentaux » sont là », avance-t-on.

 

Évidemment, n’aide en rien le fait que Jacques Duchesneau, dont l’arrivée en début de campagne avait permis à la CAQ de chauffer le PQ et le PLQ aux dernières élections, semble se chercher un nouvel emploi, lorgnant, avec la naïve vanité qui le caractérise, le poste d’inspecteur général de Montréal. François Legault a beau en rire nerveusement, les cogitations professionnelles de Jacques Duchesneau donnent la malheureuse impression que les rats sont tentés de quitter le navire.

 

Recruter des candidats n’est pas un problème pour la CAQ, soutient-on. Le parti avait déjà trouvé les trois quarts de ses candidats pour des élections déclenchées en décembre. Le défi, c’est de dénicher des candidats connus, des candidats-vedettes comme Jacques Duchesneau. « L’idée, c’est de surprendre », confie-t-on. C’est de dépasser les attentes, des attentes qui sont particulièrement basses par les temps qui courent. « Les Québécois aiment les politiciens qui rebondissent », dit-on pour se réconforter. François Legault est mûr pour un grand bond.

14 commentaires
  • Carole Jean - Inscrite 16 novembre 2013 09 h 21

    Diviser le vote francophone



    La CAQ et QS sont deux partis inutiles qui ne font que diviser le vote francophone.

    • Gilles Charbonneau - Inscrit 17 novembre 2013 13 h 36

      Diviser sur quel front, madame Jean?

  • Guy Desjardins - Inscrit 16 novembre 2013 09 h 38

    Un bon conseil.

    Ceux qui pensent que la CAQ n'a pas de vision, il faudrait prendre un peu de temps et lire François Legault, Cap sur un Québec gagnant "Le Projet Saint- Laurent". Depuis plusieurs années, M. Legault et la CAQ sont victime des sarcasses de la part des Péquistes et Libéraux. Après avoir lu ce livre je constate que les Québécois qui veulent avoir un futur prometteur pour eux et les générations futures devraient lire ce livre très intéressant et constructif pour un Québec fort et enviable. Il est certain que lorsqu'une personne se lève et à une vision pour l'avenir et réalisable, la jalousie s'installe et dire des platitudes sans avoir lu au préalable tous les avenues. Dans ce livre je n'ai senti aucun dénigrement pour ses adversaires. Ont appelle cela de la classe. Alors tous ceux et celles qui veulent avoir un Québec solide, lisez ce que M. Legault et la CAQ veulent pour le futur et en résumé donner la fierté à un peuple qui avec les années tourmentées des derniers temps ont perdu cette fierté au détriment d'une grisaille et statu quo..

    • André Nadon - Inscrit 16 novembre 2013 11 h 50

      Le seul problème est que nous n'avons aucun contrôle sur le Saint-Laurent, la meilleure preuve étant la saga du pont Champlain.
      Bonne chance.

    • Claude Champagne - Inscrit 16 novembre 2013 13 h 46

      Oui mais m. Guy, si j'ai bien compris et je pense d'avoir compris, tout son projet ou presque se trouve sous juridiction fédérale. Là il y a un problème n'est-ce pas, de toute façon François (15%) Legault n'allume pas les gens. On <<verra>> m. Guy aux prochaines élections 10 à 15%, les paris sont ouverts.

    • Guy Desjardins - Inscrit 16 novembre 2013 15 h 22

      M. Nadon, si ont ne bouge pas il est évident que rien ne se passera pas. Je suis certain que si le Québec avance le Projet Saint-Laurent et qu'il y avait des bienfaits de part et d'autres, le Gouvernement Fédéral va acquiesser car les histoires de séparations vont être du passé. Ce qui ralenti les actions en ce moment, ce sont les idées de séparation du Canada. Ça fait plus de 40 ans que certains Québécois radottent qu'ils veulent un Pays. Actuellement nous en avons un et tous en bénificient. Il faudrait comprendre que si ont veut être indépendant il faut avoir des sous et indépendant de fortune, je pense que ce n'est pas le cas de plusieurs citoyens du Québec. Avec le projet Saint -Laurent il y a des chances que tous en bénificeront. Alors pourquoi ne pas y songer et mettre de côté, la partisannerie et regarder vers l'avenir?

    • Pierre Labelle - Inscrit 17 novembre 2013 06 h 44

      Avec des fans comme vous Legault peut dormir en paix, mais son problème il est en partie à cause de fans comme vous. Quand ce cher François lit ou entend ce genre de louange que vous lui distribuer, ce genre d'adulation que vous lui vouer, ces prosternements devant son auguste personne, eh bien il en perd le nord et là il ne sait plus de quoi il cause. À cela ajouter les grandes déclarations de son agent secret 007 Duchesneau, de son petit comptable Dubé et vous avez la recette parfaite pour faire partie des espèces en voies de disparition à la prochaine élection. Vous faite allusion à une quarantaine d'années en arrière, j'étais indépendantiste bien avant ça et le suis toujours, des "pelleteux de nuages" nous en avons vus plusieurs ici et ailleurs (Caouette et Samson étaient de ceux là), et ils ont disparus. Bientôt la CAQ va rejoindre ces partis colporteurs de projets chimériques.

    • Guy Desjardins - Inscrit 17 novembre 2013 10 h 31

      M. Pierre Labelle vous êtes un fan de quel parti? Je ne vous en veux pas car c'est votre choix le plus absoulu et je respecte vos alléagences car je pense que c'est personnel. Vous faites des insinuations malvaillantes et gratuites. Lorsque l'ont a rien à dire de constructif vous savez ce qu'il faut faire. Bonne fin de semaine quand même.

  • Gilles Théberge - Abonné 16 novembre 2013 11 h 02

    Vous avez oublié un qualificatif...

    À votre phrase lorsque vous écrivez, je vous cite ( avec la naïve vanité qui le caractérise ), je suis d'avis que vous auriez dû, ou pu, écrire plutôt, avec l'infatuation sans bornes qui le caractérise...

    Il faut avouer que dans mon esprit, ce personnage est un fat consommé. Et rien que ça.

    Je ne m'ennuierai pas de lui s'il finit par débarrasser l'espace public.

  • Guy Desjardins - Inscrit 16 novembre 2013 12 h 50

    Pour vous peut être M. Théberge.

    Pour vous, M. François Legault est d'une naïveté hors de tout doute. C'est votre appréciation d'une personne qui veut vous faire du bien. Je suis assuré M. Gilles Théberge que vous seriez très ennuyer si M. Legault prenait le pouvoir. Vous seriez très malheureux de constater qu'il va travailler pour vous et pour vos enfants et leur donner une fierté d'être Québécois (es). Je ne suis pas certain de ce que vous voulez.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 novembre 2013 08 h 41

      Je parle de Jacques Duchesneau. Dans son texte c'est à son sujet que monsieur David s'est exprimé de la façon citée.

  • Jean-François Bélanger - Inscrit 16 novembre 2013 13 h 23

    Le projet St-Laurent

    Avec un titre comme celui-là, la CAQ nous révèle son coté strictement électoraliste: au fond, il ne veut gouverner que pour les "comtés prenables". La métropole, c'est trop compliqué! L'Abitibi-Témiscamingue, la Cote-Nord, c'est trop loin! Quand Lucien Bouchard sest fait demander s'il était encore souverainiste, il a répondu: voyez-vous un référendum sur la souveraineté, vous? Cela voulait dire passons à autre chose. Mais le parti de François Legault est né de cette boutade des lucides, vite lâchésd par Joseph FacaL qui n'a pas attendu les sondages pour voir que l'espoir des Québécois ne pouvait pas être glissé sous le tapis parce que la conjoncture du moment, les conditions gagnantes, n'étaient pas présentes. François Legault, par pur électoralisme a embarqué, lui, dans ce mouvement opportuniste. Ne voilà-t-il pas maintenant que sa non-option manque de prise sur les débats nationaux et ne révèlent qu'une chose: la CAQ n'a pas de vision du Québec, il est né d'une opportunité passagèere de diviser le vote francophone et c'est tout ce qui lui reste: une fraction du vote mais pas de vision d'avenir. Le projet St-Laurent ne vaut pas Bâtir le Québec de Bernard Landry, un prof. d'économie, pas un administrateur qui a fait un coup d'ARGENT. Legault repassera pour la vision. Il n'a jamais vu que des sondages!