Train léger du pont Champlain - Québec réclame un milliard d’Ottawa

Québec croit en l’importance d’un système de transport léger sur rail pour assurer la fluidité de la circulation dans la région métropolitaine, où la fermeture d’une voie du pont Champlain en raison d’une fissure cause déjà des maux de tête aux automobilistes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Québec croit en l’importance d’un système de transport léger sur rail pour assurer la fluidité de la circulation dans la région métropolitaine, où la fermeture d’une voie du pont Champlain en raison d’une fissure cause déjà des maux de tête aux automobilistes.

Pendant dix ans, le Québec a obtenu des miettes d’un fonds fédéral discrétionnaire pour les infrastructures, ce qui l’a privé de quelque 700 millions. Aujourd’hui, le gouvernement Marois réclame d’Ottawa qu’il consacre un milliard de dollars de ce fonds pour le système de transport léger sur rail (SLR) du nouveau pont Champlain.

 

Le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et à la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, pense ainsi avoir trouvé le moyen de financer cette priorité du gouvernement Marois, et un des éléments majeurs de sa stratégie d’électrification des transports, tout en respectant l’exigence posée par le ministre fédéral responsable du Québec, Denis Lebel : que Québec utilise les programmes fédéraux d’infrastructures en vigueur. Ottawa refuse de hausser ses investissements prévus pour les infrastructures au Québec afin de couvrir sa part des coûts du SLR, un projet de 1,3 milliard à 2 milliards, selon les évaluations.

 

« Le gouvernement fédéral nous a demandé des solutions pour le financement du transport en commun, nous lui en offrons », a affirmé Alexandre Cloutier dans une entrevue au Devoir. « Il nous a demandé de budgéter en fonction des sommes existantes, nous sommes donc de bonne foi. »

 

Le SLR doit d’entrée de jeu faire partie des plans du nouveau pont Champlain, exige Québec. « Ce que l’on veut, c’est que dès maintenant, on intègre dans le projet de construction du nouveau pont Champlain, à partir des modèles soumis au gouvernement fédéral, deux voies qui permettent d’accueillir le nouveau SLR », a souligné le ministre.

 

Une enveloppe de 14 milliards

 

Dans son dernier budget, le ministre fédéral des Finances a reconduit le programme Chantiers Canada et l’a doté d’une enveloppe de 14 milliards de 2014 à 2024 pour l’ensemble du pays. De ce montant, 4 milliards alimentent un fonds discrétionnaire dit « au mérite » dont les priorités sont choisies par Ottawa. Le gouvernement Marois exige un milliard de ce fonds — la part du Québec en proportion de sa population — pour financer sa propre priorité, le SLR.

 

De 2003 à 2013 sous le gouvernement Charest, le Québec n’a obtenu que 316 millions, ou 7 %, des 4,395 milliards qui garnissaient le fonds discrétionnaire à l’époque. Selon une compilation du Secrétariat des affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC), le Québec n’a reçu que 2,2 %, ou 47 millions, des 2,2 milliards consacrés aux postes frontaliers, 1,35 %, ou 10,7 millions, des 795 millions investis dans les infrastructures liées au Plan d’action économique des conservateurs, 18,2 %, ou 182 millions, du milliard versé au Programme des fonds des infrastructures vertes et 15,2 %, ou 76 millions, des 500 millions alloués au Programme d’infrastructures sportives. « Il n’est pas question, pour nous, de répéter les erreurs du passé », a dit le ministre.

 

« Non seulement nous réclamons l’équité, mais nous souhaitons que cette somme soit [dès maintenant] octroyée pour que le gouvernement du Québec soit en mesure de planifier, sur le plan budgétaire, ses projets d’infrastructures », a-t-il fait valoir. La nouvelle enveloppe de Chantiers Canada est disponible à compter du 1er avril prochain.

 

« Le gouvernement du Québec est le premier gouvernement à faire connaître l’ensemble de sa proposition au gouvernement fédéral, a souligné le ministre. On est six mois à l’avance. »

 

Alexandre Cloutier a rappelé l’importance du SLR pour la région de Montréal et le fort appui que le projet reçoit du milieu, notamment de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. « C’est évident que le statu quo n’est pas tenable considérant les projections [de croissance] de la population. C’est pour ça que le SLR fait partie des solutions [pour assurer] la fluidité », a-t-il dit.

 

Québec vient de transmettre formellement ses demandes relatives aux fonds fédéraux d’infrastructures. Outre le SLR, le gouvernement Marois veut obtenir le transfert en bloc de la part québécoise — quelque 200 millions par an — des sommes du Fonds fédéral pour les infrastructures provinciales, comme l’écrivait Le Devoir samedi. « Les maires nous ont demandé de régler le plus rapidement possible ces négociations avec le gouvernement fédéral », a rappelé Alexandre Cloutier.

30 commentaires
  • Martin Simard - Inscrit 14 novembre 2013 06 h 44

    Si les Québécois votaient du bon bord...

    ... les choses seraient différentes.

    Le régime Harper ressemble de à celui de Maurice Duplessis. À l'époque, les routes fraîchement asphaltées se trouvaient uniquement dans les comtés qui avaient voté du bord bon.

  • robert morin - Inscrit 14 novembre 2013 06 h 54

    Envoyez la facture à Denis Lebel...

    On se souviendra de l'excuse invoquée par le suave Denis Lebel pour justifier l'absence d'aide financière d'Ottawa lors du drame de Lac Mégantic => «On n'a pas reçu de facture...» Alors, ne reste donc qu'à rédiger une facture en bonne et due forme, la remettre en main propre à Denis Lebel, et nous aurons enfin la part de nos impôts fédéraux à laquelle nous avons droit!

    • Claude Lafontaine - Abonné 14 novembre 2013 13 h 19

      S'ils respectaient au moins leur parole, mais ce n'est pas le cas, Québec attendrait toujours une compensation d'Ottawa suite au verglas de 1998, même chose suite à l'inondation de 2011 le long de la rivière Richelieu.

  • Nicolas Bouchard - Abonné 14 novembre 2013 07 h 27

    Aveuglement

    Mais où donc était notre gouvernement durant les 10 dernières années?! Ces chiffres font froid dans le dos!

    Il s'agit ici soit d'incompétence grave de notre gouvernement ou soit d'une stratégie malsaine pour faire croire que le Québec était plus pauvre qu'il ne l'était réellement, afin que tous se serrent la ceinture, afin que « tous doivent faire leur part ».

    Nicolas

  • François Dugal - Inscrit 14 novembre 2013 07 h 51

    «Fais-le souffert»

    Mais qui donc a dit qu'il fallait faire souffrir les Québécois afin de les punir d'être des empêcheurs de tourner en rond?

    • Robert Morin - Inscrit 14 novembre 2013 08 h 46

      Un rongeur érosif il me semble ...

  • Gaston Carmichael - Inscrit 14 novembre 2013 08 h 01

    Réponse prévisible d'Ottawa

    M. Lebel va simplement nous rejouer la cassette qu'en plein d'autres domaines, le Québec reçoit plus que sa juste part.

    Par exemple, en péréquation et en prestations d'assurance-emploi, le Québec reçoit plus que les autres provinces. En sous-entendu, c'est que globalement, le Québec reçoit sa juste part.

    En contribuant à la péréquation et à l'assurance-emploi, plutôt qu'en la création d'emplois, Ottawa s'assure de garder le Québec dans un état de dépendance. Ainsi, le Québec est devenu la province BS du Canada.

    • Claude Smith - Abonné 14 novembre 2013 08 h 39

      Vous avez parfaitement raison. Quand on fait l'addition des sommes dépensées par le gouvernement fédéral, on constate que le Québec ne reçoit pas la part qui équivaut à sa population. Selon le rapport Legault, actuel chef de la CAQ, rapport fait au tournant de l'an 2000, nous donnons plus au fédéral que nous en recevons.

      En second lieu, il est faux de prétendre que le Québec reçoit plus que les autres provinces en péréquation ou en prestations de l'assurance-emploi.Il est plus juste de dire qu'il en reçoit plus que certaines provinces comme les trois provinces les plus à l'ouest ainsi que Terre-Neuve.

      Claude Smith

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 14 novembre 2013 09 h 27

      @ Mr Carmichel...

      Le QC reçoit 40% des prestations totales disponibles de l'assurance-emploi canadienne ( pour une population de 23%)...Le Qc envoit $40 milliards en taxes au fédéral ( et non les 50 milliards de la mythologie PQ) et en reçoit 58 à 60 milliards selon les années, les trois dernières années.

      Pauline EXIGE du fédéral un transfert "en bloc" des sommes prévues pour infrastructures sur plusieurs années...car elle sait qu'une fois une indépendance déclarée, elle n'aurait plus ces sommes...ni la construction du nouveau pont Champlain...ni le train leger sur pont!

      Récemment, il y a 10% de diminution des investissement miniers, 30% de baisse dans la construction résidentielle avec une diminution des revenus de l'État...120 à 150 000 québécois employés par le fédéral dont 85 000 seulement en Outaouais...

      Peut-on revenir sur terre du petit nuage rose?

    • Gaston Carmichael - Inscrit 14 novembre 2013 10 h 01

      @M. Smith,

      En page A20 de ce document: http://www.budget.finances.gouv.qc.ca/Budget/2011-

      Il y est indiqué que le Québec reçoit $7.64G, tandis que la deuxième province à cet égard (l'Ontario) ne reçoit que $2.35G.

      C'est vrai qu'en terme de $ par habitant, quatre provinces reçoivent plus que le Québec. Toutefois, M. Lebel ne se préoccupe pas à ce genre de détails quand il s'agit de dénigrer le Québec.

      Les chiffres que M. Cloutier cite sont en termes absolus, et non en ratio $ par habitant. M. Lebel se dira donc parfaitement justifié de parler dans les mêmes termes que M. Cloutier.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 novembre 2013 10 h 13

      Monsieur Wandelmaier,

      Une étude des revenus et des dépenses _poste par poste_ a montré que le Québec perd deux milliards par année dans ses échanges avec Ottawa. Lisez Un gouvernement de trop et analysez les chiffres.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 novembre 2013 10 h 26

      MOnsieur Carmichael,

      Il faut ventiler TOUTES les dépenses du fédéral: les salaires de la fonction publique, les contrats, les achats de fournitures et de matériel, les subventions à la recherche, les subvetions à l'industrie, etc. Quand on le fait, on se rend compte que le Québec est perdant.

      À ma connaissance, une seule personne l'a fait, et a décrit sa méthode et ses résultat dans le livre Un gouvernement de trop.

    • Gaston Carmichael - Inscrit 14 novembre 2013 11 h 00

      "Le QC reçoit 40% des prestations totales disponibles de l'assurance-emploi canadienne ( pour une population de 23%)."

      Merci de confirmer mon argument M. Wandelmaier!

      Si le fédéral nous donnerait notre juste part dans les domaine créateurs d'emplois (comme ceux cités par M.Cloutier), ce 40% de prestations d'assurance-emploi pour le Québec serait révisé à la baisse.

      Malheureusement, pour le fédéral, le Québec y gagnerait ainsi en indépendance financière. Cela constituerait une menace à l'unité nationale. La stratégie du fédéral est limpide: Garder le Québec dans un état de dépendance financière. Les prestations à l'emploi pour le Québec, et les subventions pour l'emploi en Ontario!

    • Nicolas Bouchard - Abonné 14 novembre 2013 11 h 42

      @MM. Carmichael & Wandelmaier,

      Ne pas oubliez que cette situation avec l'assurance-emploi et le Québec n'exite que depuis la crise de 2008. Auparavant, les Québecois donnaient plus en prestations qu'ils n'en recevaient.

      Nicolas B.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 14 novembre 2013 13 h 55

      @ Mr Auclair..C'est madame Wandelmaier, merci!

      Tout le monde sait que quand un couple divorce, les deux parties sont perdantes financièrement....

      Je ne recommencerai pas un commentaire que j'ai publié ici maintes fois: Les multiples dépenses (Ambassades, consulats et corps diplomatique, armée, poste, banque centrale et gestion de la monaie, douanes, pensions, Ass-emploi.. etc, etc sont partagées par dix provinces et territoires...

      Croyez vous un seul instant que le QC peut reproduire seul les mêmes services avec l'argent des taxes rapatriées??? Permettez moi d'en douter! L'argument de l'argent économisé en supprimant un palier de gestion cache juste cette vérité..et n'est qu'un autre mythe du PQ...

      De plus, la générosité proverbiales des programmes sociaux au QC sont largement dues aux retombées de la peréquation..L'Ontario se plaint qu'elle n'a pas les moyens de se payer les mêmes programmes sociaux parcequ'elle envoit trop d'argent pour couvrir...la peréquation!

      ëtes vous prêt à dire à vos concitoyens qu'ils devront renoncer à ces avantages sociaux et de se serrer la ceinture pendant dix ans au moins au nom d'un projet hypothétique?

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 novembre 2013 15 h 37

      Excusez-moi, madame. Avec le nouveau chef d'Option nationale, je croyais à un prénom masculin.

      Lisez le livre Un gouvernement de trop. Toutes ces questions y ont été abordées.