Pas de lien entre la charte et la souveraineté, dit Pauline Marois

Las première ministre Pauline Marois, s'adressant aux membres du Parti québécois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Las première ministre Pauline Marois, s'adressant aux membres du Parti québécois.

Pauline Marois ne considère pas le projet de charte de la laïcité comme un outil pour mousser l’option souverainiste. À l’issue d’un discours de clôture destiné à fait vibrer la fibre souverainiste de ses troupes, dimanche, la première ministre a affirmé qu’elle n’avait « vraiment pas fait d’adéquation entre la charte et la souveraineté ».

«La charte, elle n’a pas été déposée pour nous donner un avantage sur la question de la souveraineté. Je veux être très claire là-dessus», a lancé Mme Marois lors du point de presse organisé en conclusion du conseil national s’étant déroulé à Montréal au cours du week-end.

Le projet de charte, a-t-elle plaidé, a été longuement mûri au sein des instances du Parti québécois (PQ) et son objectif ultime est d’énoncer les valeurs de laïcité et d’égalité homme-femme qui définissent à la fois l’État et la population du Québec.

Les militants y ont d’ailleurs apporté une modification en adoptant une «résolution d’urgence» pour que les futurs candidats «s’abstiennent de porter des signes religieux ostentatoires» au Salon bleu et dans le cadre leurs fonctions.

Pauline Marois a admis, lorsqu’elle s’est présentée au micro lors du débat entourant cette question, qu’elle ne serait pas à l’aise de voir un candidat ou un député porter des signes religieux que les employés de la fonction publique n’ont pas le droit d’arborer.

Quelques instants après, lors du point de presse, la leader péquiste a laissé entendre que le projet de loi 60 avait fort probablement des partisans du côté des députés du Parti libéral du Québec (PLQ), mais leur chef Philippe Couillard préférait les museler.

«C’est un peu étonnant de penser qu’il puisse y avoir parfaite unanimité (au sein de la députation libérale)», a suggéré Pauline Marois, qui a dit n’avoir remarqué aucune dissension dans son équipe d’élus.

Mme Marois a signalé, mais sans la nommer, «qu’au moins une députée du Parti libéral s’était très clairement prononcée pour une action de l’État» comme celle que le PQ espère poser.

La première ministre faisait ainsi écho aux propos du président du Conseil du Trésor, Stéphane Bédard. Celui-ci avait invité samedi les dissidents du PLQ à rompre les rangs afin de «ramener à la raison» le parti qui, a-t-il soutenu, défend une position «clientéliste».

L’attaché de presse du chef libéral, Harold Fortin, a réitéré samedi qu’il n’y aurait pas de vote libre sur la mesure législative déposée jeudi au Salon bleu.

Un vote libre n’est pas non plus «dans les plans» du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), a confirmé dimanche l’attaché de presse de l’aile parlementaire de la formation politique, Guillaume Simard-Leduc.

Pauline Marois, qui a accusé l’opposition de faire de l’obstruction législative en série, est fort consciente que l’adoption de la charte s’annonce difficile — voire carrément impossible.

Elle a cependant refusé de préciser si son gouvernement avait l’intention d’en faire une question de confiance.

«Nous n’en sommes pas là. Nous l’évaluerons au moment où nous serons rendus là, après les consultations, les débats, les échanges et certaines modifications qui pourraient être éventuellement apportées», a-t-elle signalé.

Le dépôt du projet de loi avait été soumis à un vote de confiance à l’Assemblée nationale. Une éventuelle opposition au dépôt aurait donc pu entraîner la dissolution de la Chambre et le déclenchement d’élections générales anticipées. Personne ne s’y est finalement opposé.

Déficit

Elle a également tenu la même ligne que M. Bédard et de plusieurs de ses députés sur la question du déficit zéro, refusant de dire clairement si son gouvernement devrait se résigner à reporter l’atteinte du déficit zéro.

Selon un nouveau bilan du ministère des Finances, le déficit du Québec atteignait 2,3 milliards $ en date du 31 juillet. Au mois de septembre 2012, il était de 1,8 milliard $.

Le vice-premier ministre, François Gendron, a plaidé qu’il fallait attendre le prochain rapport des opérations financières revues avant de trancher sur la question.

M. Gendron a également réitéré le message qui était sur les lèvres de tous ses collègues: les dépenses de l’État sont « sous contrôle », a-t-il martelé.

Les dépenses ont enregistré une hausse de quatre pour cent au cours des quatre derniers mois.

Les différents représentants du PQ ont insisté sur le fait que sans le versement d’une subvention de 242 millions $ aux universités, la hausse aurait été moins marquée.

« L’an dernier, ces subventions ont été effectuées en août. En excluant ce versement, la croissance des dépenses de programmes aurait été de 2,9 pour cent », peut-on lire dans le rapport du ministère des Finances rendu public à la veille du conseil national péquiste.

Cela est malgré tout supérieur à l’objectif que le gouvernement s’était fixé au chapitre de la croissance de ses dépenses.

« Ainsi, la hausse des dépenses de programmes est contenue à 1,9 pour cent en 2012-2013 et leur niveau atteindra 62 642 millions $. En 2013-2014, le niveau de dépenses est limité à 63 791 millions $, soit une croissance de 1,8 pour cent », stipule le budget déposé en novembre 2012.

Réplique de l'opposition

Quelques flèches ont été décochées en direction de Pauline Marois à la suite de ses plus récents commentaires relatifs au projet de loi 60 qui porte sur la laïcité.

À l'occasion du conseil national de son parti tenu à Montréal en fin de semaine, la première ministre a défendu pour une énième fois cette initiative législative gouvernementale.

L'espace d'un instant, samedi, elle est aussi passée en mode offensif en accusant le chef libéral de faire preuve de «mollesse» par rapport à ce dossier.

De toute évidence, Philippe Couillard n'a pas digéré cette critique.

Visiblement agacé par les propos de son adversaire politique, il lui a rétorqué en soulevant deux questions.

«[Est-ce que] c'est de la mollesse [de] s'opposer à ce qu'on stigmatise les femmes et les minorités? "[Est-ce que] c'est de la mollesse [d']insister sur les droits et les libertés?», a martelé M. Couillard.

Il a continué de frapper sur le même clou en faisant valoir que «la mollesse de caractère c'est celle qui consiste à faire l'opposé, à dire qu'on veut [...] protéger des droits [tandis qu'on en] retire».

Le député de la Coalition avenir Québec de Chauveau et leader parlementaire du deuxième groupe d'opposition n'a pas cherché lui non plus à masquer son exaspération à l'endroit de Mme Marois.

En entrevue à La Presse Canadienne, Gérard Deltell lui a reproché de chercher à créer une diversion.

À son avis, la première ministre revient constamment à la charge avec la même thématique pour masquer les lacunes de son gouvernement au chapitre de la gestion du Trésor provincial.

«Avec cette réalité désastreuse, c'est clair que Mme Marois préfère miser sur la division des Québécois avec le débat sur la charte plutôt que de parler de l'état des finances publiques», a-t-il déclaré.

M. Deltell a dénoncé le «choix» de la première ministre qui alimente «des chicanes» au sein de la population à un moment où les citoyens auraient besoin «d'unité, de se rassembler, de se serrer les coudes».

La porte-parole parlementaire de Québec solidaire et députée de Gouin s'inquiète, quant à elle, de voir Pauline Marois s'adonner «à un jeu assez dangereux».

Pour Françoise David, il est risqué de «faire reposer la prochaine élection [générale] sur un renforcement de l'identité québécoise [alors qu'] on sent tellement que c'est une identité frileuse qui n'a pas beaucoup d'ouverture à l'Autre».

Mme David juge qu'«on perçoit le repli sur soi [même si] ce n'est pas ça le Québec d'aujourd'hui et de demain».

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