Jocelyn Dupuis a conservé ses entrées au Fonds même après son départ de la FTQ-C

Jocelyn Dupuis reviendra devant la Commission lundi pour terminer son contre-interrogatoire.
Photo: La Presse canadienne Commission Charbonneau Jocelyn Dupuis reviendra devant la Commission lundi pour terminer son contre-interrogatoire.

Jocelyn Dupuis a gardé ses précieux contacts au Fonds de solidarité, même après son départ de la FTQ-Construction (FTQ-C), grâce à l’appui de l’ex-p.-d.g. de la SOLIM, Guy Gionet.

 

Le rôle de M. Gionet, l’une des cibles de l’opération Diligence, se précise dans les tentatives du crime organisé d’accéder au financement du Fonds de solidarité de la FTQ. Si M. Dupuis apparaît comme « l’ouvreur de portes » du monde interlope au Fonds, M. Gionet est son intermédiaire idéal.

 

Les deux hommes étaient en contact régulier, notamment pour le projet de rachat de Pascal par Ronnie Beaulieu, une relation des Hells Angels. De son poste à la SOLIM (le bras immobilier du Fonds), M. Gionet a tiré les ficelles pour que Beaulieu obtienne des prêts et garanties de prêt de 3,2 millions de dollars.

 

La situation délicate de Ronnie Beaulieu ne semble pas lui échapper. « Ç’a fini par passer, mais j’ai eu la chienne », confie M. Gionet à Dupuis sur les écoutes électroniques de Diligence.

 

L’ex-directeur général de la FTQ-C a également fait pression sur M. Gionet pour que le Fonds vienne en aide à Jean-Marc Daigle, un promoteur qui voulait du financement pour rénover des Clubs Med à l’extérieur du pays. Il était difficile pour le Fonds de justifier un projet qui ne générait aucune retombée au Québec.

 

« Lui [le projet], il faut qu’il décolle », a insisté M. Dupuis. Le syndicaliste avait promis une partie du contrat de réfection à son ami Giuseppe Borsellino, de Garnier. Il a été récompensé pour son démarchage. M. Daigle a payé à son épouse et à lui une semaine dans un Club Med des Bahamas. M. Dupuis nie qu’il s’agissait d’une contrepartie.

 

Arsenault intervient tard

 

Jocelyn Dupuis a passé 11 ans à la tête de la FTQ-C. Il espérait garder le contrôle sur la centrale et gérer l’accès des entrepreneurs au Fonds à la suite de son départ, en novembre 2008, grâce à ses appuis à l’interne.

 

Au printemps 2009, alors qu’il ne pouvait plus ignorer que Jocelyn Dupuis faisait la promotion de projets reliés aux Hells Angels et à la mafia, Michel Arsenault s’est finalement décidé à lui barrer la porte au Fonds.

 

Le 1er mai 2009, M. Arsenault informe son conseiller politique, Gilles Audette, d’une rencontre animée avec Jocelyn Dupuis, la veille.

 

Pendant une heure, Jocelyn Dupuis lui a « donné de la marde » parce que M. Arsenault avait bloqué ses projets de Ron Beaulieu et de Carboneutre, une firme contrôlée par le caïd Raynald Desjardins.

 

« Il m’a fait toute une crise, raconte Michel Arsenault à Gilles Audette. Quand il est tombé sur son dossier, je lui ai sorti la carte d’affaires de Desjardins, et là, je me suis payé une estie de traite », dit-il.

 

Chantage

 

Les deux hommes doivent maintenant se préparer à gérer une crise, car Dupuis se propose d’éclabousser Michel Arsenault sur la place publique.

 

« Toi, il faut que tu passes pour le gars qui l’a câlicé dehors. C’est un estie de bandit. Tout le monde sait que c’est relié aux Hells Angels », dit M. Audette à son patron.

 

« Il a fait des promesses à ces gars-là, les Hells et la mafia… Il aura des comptes à rendre, il est dans une mauvaise situation », enchaîne M. Audette.

 

« Si vous êtes pas membres des Hells Angels ou de la mafia, vous êtes pas loin », a fait remarquer le procureur de la commission, Denis Gallant.

 

Jocelyn Dupuis reviendra lundi prochain pour finir son contre-interrogatoire.

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Arsenault se savait sur écoute

Une conversation révélatrice entre Michel Arsenault et son conseiller politique, Gilles Audette, révèle que le président de la FTQ se savait sur écoute électronique dès le 1er mai 2009. À l’époque, M. Arsenault était l’une des cibles principales du volet 2 de l’opération Diligence, portant sur l’infiltration du crime organisé dans les syndicats de la construction. L’enquête a avorté en raison de fuites. Le 1er mai 2009, Michel Arsenault s’entretient du « problème » nommé Jocelyn Dupuis avec son conseiller politique. Il hésite à se confier sur un dossier relatif à l’administration Tremblay. « On est rendus qu’on peut même plus se parler sur le téléphone », lance M. Arsenault. Le commentaire est troublant. Selon les informations du Devoir, Michel Arsenault a été officiellement informé qu’il avait été placé sur écoute le 10 janvier 2010. Puisqu’aucune accusation n’avait été portée contre lui, les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) étaient dans l’obligation de l’informer qu’il avait été écouté, en vertu de l’article 196 du Code criminel. L’écoute révèle qu’il était au courant de l’intérêt des policiers pour ses activités neuf mois auparavant.

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