Commission Charbonneau - Un autre passager confirmé sur le bateau d’Accurso

À droite, le maire Jean-Marc Robitaille apparaît en 2011 à côté des ex-maires Gilles Vaillancourt (accusé de gangstérisme, au centre) et Gérald Tremblay.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir À droite, le maire Jean-Marc Robitaille apparaît en 2011 à côté des ex-maires Gilles Vaillancourt (accusé de gangstérisme, au centre) et Gérald Tremblay.

Sitôt réélu, sitôt en eaux troubles. Le maire de Terrebonne, Jean-Marc Robitaille, a reconnu jeudi être allé sur le bateau du controversé entrepreneur Tony Accurso, chose qu’il avait refusé de confirmer il y a trois ans.

 

M. Robitaille a indiqué par communiqué que « lors de vacances personnelles planifiées et amorcées avec ma conjointe à St-Thomas il y a de cela plusieurs années, nous y avons rencontré dans un lieu public [l’entrepreneur] Normand Trudel et Tony Accurso, accompagnés de leurs conjointes, qui nous ont alors invités à passer un moment avec eux sur le bateau de ce dernier ».

 

Jean-Marc Robitaille soutient que l’ancien maire de Mascouche, Richard Marcotte, n’était pas présent. Il fait valoir qu’à l’époque (vers 2007), M. Accurso « jouissait d’une bonne réputation » et que ses entreprises « n’avaient aucun lien d’affaires particulier avec la Ville ». « Jamais Tony Accurso et Normand Trudel n’ont reçu un quelconque avantage à la suite de cette rencontre », soutient le maire.

 

Écoute électronique

 

Ces aveux ont été forcés par la divulgation, plus tôt en journée, de conversations d’écoute électronique déposées en preuve devant la commission Charbonneau.

 

Dans ces extraits, on entend l’entrepreneur Giuseppe Borsellino (Garnier) parler à son ami Jocelyn Dupuis des efforts de développement des affaires de son concurrent, Normand Trudel. « J’ai su que lui, il était sur le bateau. Je le sais, il me l’a dit », affirme Borsellino dans cette conversation, qui date d’avril 2009.

 

« Mais qu’est-ce que je ne savais pas, [c’est qu’]il avait amené les deux autres avec lui », enchaîne-t-il. « C’était qui ? », demande Dupuis. « Les deux maires. […] Terrebonne et Mascouche », répond Borsellino.

 

À l’époque, le maire de Mascouche était Richard Marcotte, qui a dû démissionner de ses fonctions en raison des accusations de fraude portées contre lui, Tony Accurso et Normand Trudel dans le sillage de l’opération Gravier.

 

Jean-Marc Robitaille est pour sa part le maire de Terrebonne depuis 1997 (après avoir été député progressiste-conservateur à Ottawa). Il a été réélu dimanche avec une confortable majorité de 7051 voix (62,4 % du vote) sur son rival, Antoine Hanachian.

 

À Renouveau Terrebonne, le seul parti d’opposition (qui ne compte pas d’élus), on se désolait jeudi que ces révélations surviennent si tard. « Ce sont des allégations, mais qui arrivent après plusieurs autres », a commenté l’attaché de presse Thibaud de La Marnierre.

 

« Nous aurions souhaité que la commission Charbonneau continue de creuser le dossier de la région pendant la campagne municipale, plutôt que de s’attarder aux syndicats. Ça aurait peut-être permis que les informations pertinentes sortent à temps pour que les électeurs soient au courant », dit-il.

 

Refus de répondre

 

En novembre 2010, le maire Robitaille avait refusé de répondre aux questions des journalistes qui lui demandaient s’il avait séjourné sur le Touch. Il avait nié toute relation d’amitié avec Tony Accurso, tout en reconnaissant que leurs routes s’étaient croisées au cours de sa carrière. « Le fait de connaître beaucoup de gens, je pense que c’est encore permis aujourd’hui au Québec. Mais de tenter de faire des liens par association, ou des procès par association, je m’excuse [je ne suis pas d’accord] », avait-il dit.

 

À cette période, le maire Robitaille avait décidé de quitter temporairement ses fonctions à la suite de la décision du ministère des Affaires municipales de mener une enquête sur l’octroi de contrats dans sa ville. On soupçonnait que Normand Trudel avait profité de ses liens d’amitié avec M. Robitaille pour obtenir des contrats.

 

Le ministère a blanchi le maire Robitaille en avril 2012, tout en soulignant le non-respect de dispositions législatives dans six cas.

 

Contrats

 

La Ville de Mascouche a accordé de nombreux contrats aux entreprises de Tony Accurso et de Normand Trudel. À Terrebonne, les deux hommes d’affaires ont notamment bénéficié de changements de zonage avantageux afin de développer les terrains de l’ancienne pépinière de Montréal (ce qui n’est pas encore fait).

 

Les terrains avaient été acquis en 2005 par une société en commandite formée du Fonds de solidarité de la FTQ et des entreprises de Tony Accurso, grâce à une intervention du président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino. Les terrains avaient été cédés par Montréal pour 2,5 millions, mais valaient de 7 à 10 millions au bas mot. M. Accurso a racheté la part du Fonds dans la société en commandite. Aucune accusation n’a été portée dans le dossier des terrains de la pépinière.

4 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 8 novembre 2013 06 h 00

    Plus que temps de passer...

    à autre chose. Nous avons tous compris comment la corruption touche les syndicats de la construction et la FTQ. Peut-on passer à ce qui intéresse tout le monde et au plus important, la corruption dans la sphère politique provinciale. Si l'exemple doit venir d'en haut, comme on le dit souvent, le ménage devrait commencer là où se situe le vrai pouvoir.

    • Guy Desjardins - Inscrit 8 novembre 2013 08 h 21

      Ça me rappelle une phrase que M. Côté disait souvent. Je cite" Si l'on veut illiminer la collusion et corruption il faut commencer par la tête". Il a fini très perdant. Alors les citoyens aiment mieux ne rien savoir et être heureux dans leur misère.

  • Carole Dionne - Inscrite 8 novembre 2013 08 h 29

    Félicitation

    Aux voteurs de Terrebonne qui ont voter pour lui. Il sont atteint autant que les gens de la Beauce, etc même de Toronto.

  • Pierrette Darcy - Inscrit 9 novembre 2013 10 h 09

    Enfin le chat sort du sac

    J'espère que cette enquête aboutira à des mises en examen qui metteront en lumière les mensonges à grande échelle, les tromperies fait aux citoyens dont on utilise l'argent pour se payer du bon temps. De plus en plus la population déserte la politique en la voyant comme une profession ou l'on peut faire de la magouille à son aise