Commission Charbonneau - L’influence démesurée d’Accurso

Jocelyn Dupuis
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Jocelyn Dupuis

Tony Accurso exerçait une influence démesurée sur toute l’industrie de la construction - y compris la FTQ et le Fonds de solidarité - en raison de son alliance de longue date avec Jean Lavallée.

 

Il y a vraiment deux Jocelyn Dupuis en ce moment à la commission Charbonneau. Il y a celui qui en dit le moins possible sur les luttes de pouvoir pour accéder au financement du Fonds de solidarité dans son témoignage. Et il y a celui qui déverse son fiel sur les écoutes électroniques, beaucoup plus révélatrices sur les jeux de coulisses dans le monde syndical.

 

Tony Accurso « dicte la ligne de conduite à [Jean] Lavallée », lance Jocelyn Dupuis à son ami Richard Goyette, dans une conversation du 1er avril 2009. « C’est lui qui m’a annoncé que je m’en allais vice-président à FTQ. C’est lui qui annonçait qui remplaçait Henri Massé, pis qui devrait remplacer Michel Arsenault, pis qui devrait remplacer tout le monde », insiste-t-il.

 

L’arroseur arrosé

 

M. Dupuis a été forcé d’admettre, à son corps défendant, que M. Lavallée favorisait les entreprises de Tony Accurso de son poste à la SOLIM (le bras immobilier du Fonds).

 

Il n’en a guère dit plus, malgré les invitations du procureur Denis Gallant. « Je sais comment ça fonctionne. Tony Accurso et Jean Lavallée avaient pris le contrôle du Fonds. Il y a juste vous ici qui ne comprenez pas l’écoute électronique comme on la comprend », a-t-il lancé.

 

M. Dupuis a rétorqué que le Fonds était « trop gros » pour être contrôlé par deux seuls hommes.

 

Six mois après son départ de la FTQ-Construction (FTQ-C), Jocelyn Dupuis était furieux. Il se retrouvait dans la position de l’arroseur arrosé. Lors d’un putsch à la FTQ-C, en novembre 2008, il avait réussi à faire élire son protégé Goyette à la direction générale.

 

L’équipe soutenue par Tony Accurso et Jean Lavallée avait été battue à 62 voix contre 60 grâce à l’intervention d’un membre des Hells Angels dans les élections. M. Dupuis avait accepté de quitter la FTQ-C sans faire de vagues à la suite du scandale sur ses allocations de dépenses.

 

En revanche, il avait conclu « un deal » avec le président de la FTQ, Michel Arsenault, afin que Richard Goyette soit nommé au conseil du Fonds de solidarité de la FTQ. Sachant que M. Goyette était lié au caïd Raynald Desjardins, Michel Arsenault retardait la nomination. Et le président sortant de la FTQ-C, Jean Lavallée, s’accrochait à son poste au sein de la SOLIM.

 

Jocelyn Dupuis a une faible opinion de MM. Arsenault et Lavallée, qu’il traite « d’estie de pourris » sur l’écoute. « C’est définitif que je suis parti amer », a-t-il reconnu dans un des rares moments de vérité de son témoignage.

 

Le syndicaliste n’allait pas pardonner à MM. Arsenault et Lavallée ce qu’il perçoit comme une trahison. Sur l’écoute, il se confie à ses alliés dans la FTQ-C sur ses intentions de déballer son sac, d’abord à TVA, et ensuite à la SRC. « J’ouvre la machine, là. Tsé t’as un contrôle d’un individu [Tony Accurso]. Personne parle. […]. »

 

Jocelyn Dupuis avait des munitions pour faire chanter Michel Arsenault. Il savait qu’il avait séjourné sur le bateau de Tony Accurso, ce que le président de la FTQ avait nié dans un premier temps. Il savait également que Jean Lavallée avait accepté un chèque de 200 000 $ de Raynald Desjardins pour l’achat d’un condo.

 

M. Dupuis n’était pas le seul à gonfler ses notes de frais. D’autres délégués syndicaux en faisaient autant. « T’as été capable d’identifier tout le monde qui en a profité en plus », lui dit même Rénald Grondin, le directeur de l’Association des manoeuvres interprovinciaux. « Exactement », renchérit Dupuis.

 

Les informations de M. Dupuis étaient suffisamment explosives pour que Jean Lavallée cherche à acheter son silence. Le témoin a affirmé que l’ex président de la FTQ-C lui avait offert jusqu’à un million de dollars pour qu’il prenne sa retraite dans la discrétion. Il a refusé.

 

SOLIM, Hells et mafia

 

L’écoute électronique de Diligence est encore pleine de surprises. Elle a servi à bonifier la preuve sur les tentatives d’infiltration du crime organisé au Fonds. Le 13 novembre 2008, les policiers ont surpris l’ex-p.-d.g. de la SOLIM, Guy Gionet, au restaurant en compagnie de Joe Bertolo et Raynald Desjardins (deux associés de Carboneutre). La rencontre est tout sauf banale. M. Gionet était en contact avec un membre connu de la mafia.

 

Mais il y a plus. Jocelyn Dupuis s’est entretenu avec Guy Gionet au téléphone pendant le lunch. M. Gionet a confirmé à Jocelyn Dupuis qu’il avait aussi rencontré Ron Beaulieu pour un autre dossier. « Merci de t’occuper de mes amis comme ça », lui dit Jocelyn Dupuis à la fin de la conversation.

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