Commission Charbonneau – Le crime organisé bien infiltré au Fonds de solidarité de la FTQ

Jocelyn Dupuis
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jocelyn Dupuis

L'ex-p.-d.g. de la SOLIM, Guy Gionet, était en lien avec un caïd de la mafia, Raynald Desjardins, et une relation des Hells Angels, Ronald Beaulieu, pour financer leurs projets.

L'écoute électronique de Diligence est encore pleine de surprises. Elle a servi lundi matin à la commission Charbonneau pour bonifier la preuve d'infiltration du crime organisé au Fonds de solidarité de la FTQ, et plus particulièrement au sein de la SOLIM (le bras immobiliser du Fonds).

Le 13 novembre 2008, l'entrepreneur Joe Bertolo a été pris en filature lors d'un lunch avec Raynald Desjardins, un associé de longue date du clan Rizzuto. Les deux hommes étaient impliqués dans la firme de décontamination des sols Carboneutre.

Grâce aux démarches insistantes de Jocelyn Dupuis, Carboneutre espérait obtenir jusqu'à 7,5 millions de dollars en financement du Fonds de solidarité.

Les policiers ont surpris Guy Gionet au restaurant, en compagnie de Joe Bertolo et Raynald Desjardins. La rencontre est tout sauf banale. Le p.-d.g. de SOLIM était en contact avec un membre connu du clan Rizzuto.

Mais il y a plus. Jocelyn Dupuis était sous écoute au moment des faits. Il s'entretient avec Joe Bertolo et Raynald Desjardins pendant leur lunch avec Guy Gionet. Celui-ci prend le téléphone. Il confirme à Jocelyn Dupuis qu'il a aussi rencontré Ron Beaulieu pour un autre dossier. Beaulieu, un ami de Dupuis, est une relation des Hells Angels, condamné pour prêt usuraire. Il a obtenu des prêts et garanties de 3,2 millions du Fonds pour l'achat de Pascal, un commerce qu'il a conduit à une retentissante faillite. «Merci de t'occuper de mes amis comme ça», lui dit Jocelyn Dupuis à la fin de la conversation.

Témoignage hostile

M. Dupuis témoigne d'une manière tout aussi hostile que lundi à la commission Charbonneau. Il s'est fait l'apôtre par l'excellence de la réhabilitation, en affirmant que Raynald Desjardins avait droit «à une deuxième chance» après sa sortie du pénitencier pour trafic de drogue. «Il a payé sa dette», a-t-il dit.

Les institutions bancaires ont fait une erreur en n'acceptant pas, comme lui, de donner une deuxième chance à Desjardins et de participer au financement de Carboneutre. «Est-ce qu'on est condamné à vie? Je ne pense pas, a-t-il lancé. Oui je l'ai aidé à se réhabiliter.»

La «réhabilitation» de Raynald Desjardins a connu quelques ratés. Il est aujourd'hui accusé du meurtre de Salvatore Montagna, un rival qu'il aurait éliminé dans la lutte pour le contrôle de la mafia à Montréal.

Même à l'époque de Carboneutre, Jocelyn Dupuis savait que Raynald Desjardins était en lien avec Normand Marvin Ouimet. Il n'avait aucune idée de la nature de leurs relations. M. Dupuis prétend qu'il ignorait le passé de Raynald Desjardins, mais il savait très bien que Ouimet était un présumé membre des Hells Angels. Cela ne l'a pas empêché de poursuivre ses relations d'affaires avec Desjardins au sein de Carboneutre.

L'ex-directeur général de la FTQ-Construction ne s'est pas posé de questions sur le passé de Raynald Desjardins, et encore moins sur la provenance des capitaux de Carboneutre, où il est allé travailler après son départ de la FTQ-Construction.

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