Normandeau à l’honneur dans un cocktail de financement entaché d’actes illégaux?

Nathalie Normandeau était l’invitée d’honneur d’un cocktail de financement au restaurant Louis-Hébert, à Québec, qui aurait été entaché d’actes criminels.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Nathalie Normandeau était l’invitée d’honneur d’un cocktail de financement au restaurant Louis-Hébert, à Québec, qui aurait été entaché d’actes criminels.

Une activité de financement du Parti libéral du Québec (PLQ) impliquant Nathalie Normandeau aurait été entachée d’actes criminels, en 2008, mais il aura fallu attendre la défaite des libéraux pour que les policiers mènent des perquisitions dans cette affaire.

 

Les perquisitions faites en juillet dernier au PLQ étaient prévues initialement pour juin 2012. Pour des raisons « opérationnelles et logistiques », elles ont été retardées pendant plus d’un an, révèlent des documents judiciaires obtenus par un consortium de médias dont fait partie Le Devoir.

 

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a nié vendredi toute ingérence politique, en se limitant à dire qu’il s’agissait d’une stratégie d’enquête.

 

Les policiers enquêtent sur un cocktail de financement tenu au restaurant Louis-Hébert, à Québec, le 9 octobre 2008. Mme Normandeau y était l’invitée d’honneur.

 

C’est le même événement pour lequel le Directeur général des élections a déposé récemment huit constats d’infraction contre cinq personnes qui ont utilisé un stratagème de prête-noms pour faire des dons.

 

L’UPAC considère que l’événement a été tenu pour Nathalie Normandeau, selon les déclarations assermentées utilisées pour obtenir le mandat de perquisition.

 

« J’en ai franchement mon voyage de tout ça ! », s’est exclamée l’ex-vice-première ministre, se disant « à bout de souffle » et victime « d’acharnement ». Mme Normandeau a déploré le libellé des mandats, et elle a invité « à la prudence et à la vigilance » les poursuites publiques.

 

Mme Normandeau a rappelé que l’événement avait été organisé par l’exécutif du parti. « C’était pour le PLQ, c’était pas pour Nathalie Normandeau, insiste-t-elle. La façon dont la nouvelle est traitée actuellement, comme si ce financement d’octobre 2008, c’était à mon bénéfice personnel, c’est absolument faux. »

 

Des hommes d’affaires avisés

 

Trois types d’infractions auraient été commises : contribution par des entrepreneurs à une caisse électorale, fabrication de faux documents et fraude. Les peines maximales pour chacun de ces crimes sont de 5 ans, 10 ans et 14 ans de pénitencier.

 

Des hommes d’affaires auraient contribué illégalement à la caisse électorale du PLQ pour soigner leurs bonnes relations avec le parti.

 

Les cibles de l’UPAC ne sont pas identifiées pour protéger l’enquête en cours. Tout indique qu’elles savaient exactement ce qu’elles faisaient. Les acteurs impliqués entretenaient des liens privilégiés. Il est question de destruction de documents dans leurs échanges par courriel. Les enquêteurs n’ont d’ailleurs pas été en mesure de retrouver certains documents.

 

La perquisition au PLQ, menée en juillet dernier, visait à retrouver la facturation, les preuves de paiement, la liste des invités, les rapports d’activités et les fiches de contribution du PLQ pour le cocktail du Louis-Hébert.

 

Mme Normandeau affirme qu’elle n’est pas au courant de présumées irrégularités. « Je ne me sens pas mal, parce que je n’ai rien à me reprocher », a-t-elle dit.

 

À cause de Zambito

 

L’enquête découle du témoignage de l’entrepreneur Lino Zambito à la commission Charbonneau. À l’automne 2012, l’ex-patron d’Infrabec a révélé qu’il avait déniché des prête-noms dans le cadre de cinq activités distinctes impliquant Nathalie Normandeau. C’était le prix à payer pour obtenir des contrats publics, a-t-il expliqué. M. Zambito a même envoyé des billets de spectacles et des roses à l’ex-vice-première ministre.

 

Mme Normandeau n’a pas été rencontrée par les enquêteurs. Lino Zambito a fait une déclaration aux enquêteurs de l’escouade Marteau avant de témoigner à la commission, a appris Le Devoir de source sûre.

 

L’entrepreneur était présent lors du cocktail d’octobre 2008, mais il n’en était pas l’organisateur.

 

Selon nos sources, France Michaud, vice-présidente de Roche, aurait sollicité des entrepreneurs et des ingénieurs pour qu’ils achètent des tables (10 000 $ pour une table de 5).

 

Lino Zambito aurait payé pour la présence de Sylvie Saint-Jean (ex-mairesse de Boisbriand), Hélène Daneault (actuelle députée de la CAQ), Catherine Collin (ex-mairesse de Sainte-Anne-des-Plaines) et Claude Brière (un ex-conseiller de Boisbriand).

 

Selon nos sources, l’événement aurait pu rapporter jusqu’à 140 000 $. Or, le PLQ a déclaré des recettes de 35 500 $ pour cette activité, dans ses états financiers de 2008. Cela revient à dire que 104 500 $ auraient été dissimulés dans une caisse occulte ou carrément détournés.

 

En raison du caviardage, il est impossible de déterminer à qui aurait profité cette fraude présumée.

 

Fait à souligner, Lino Zambito a témoigné à la commission Charbonneau à propos d’actes similaires. Le 31 janvier 2008, il a organisé un cocktail à double comptabilité pour le PLQ. Au meilleur de son souvenir, l’événement avait rapporté 110 000 $. Le rapport financier du PLQ faisait état de recettes de 77 000 $.

 

 

Avec Jessica Nadeau

14 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 2 novembre 2013 05 h 49

    Objectifs de financement et objectifs de gouvernance

    Il faudra pendant encore longtemps se remémorer la nouvelle suivante: chaque ministre libéral est obligé de rencontrer l'objectif de financement suivant, 100,000$ annuellement. Madame Normandeau était vice-premier ministre et ministre des ressources naturelles. J'espère que les ministres de l'actuel gouvernement ne sont pas soumis ou ne se soumettent pas à un telle obligation.

    • Marc Bégin - Inscrit 2 novembre 2013 14 h 26

      Chaque parti doit se donner des objectifs de financement et cela est sain de faire participer la population à la démocratie.Ce qui est déplorable et le journaliste le traite très bien,c'est lorsqu'il y a dérive et que des tripotages amènent possiblement à du trafic d'influence.Vous devriez vous contenter de l'appréciation des faits relevés plutôt que de les confondre avec de vaines spéculations qui dévalorisent le financement populaire.Moi comme de nombreux citoyens ai donné mon maximum de don légal par conviction et sans aucune idée de retour d'ascenseur.Juste par générosité et conviction.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 novembre 2013 06 h 07

    Céline

    Mme Normandeau, Céline a le même problème. Personne ne parle de l'orchestre derrière elle, ni de son chef !

    Mais je reviens à vous; commencez-vous a le ressentir que vous étiez un paravent et que maintenant vous êtes une brebis sacrificielle ? Dans le temps, on appelait ça «de la chair à canon».

    N'attendez aucun support de vos anciens promoteurs !

    PL

  • André Ouellet - Abonné 2 novembre 2013 10 h 42

    Financement/ actes illégaux

    M. Normandeau n'est pas coupable! Les libéreaux étaient habitués a contourner la loi. Même leur chef se faisait payer un salaire par le partie libéral.

    • Gilles Théberge - Abonné 2 novembre 2013 12 h 33

      Comme le disait ma mère, et elle le dit encore à 95 ans, celui qui tient la poche est aussi coupable que celui qui prend l'argent...

    • Gaston Langlais - Inscrit 3 novembre 2013 07 h 41

      Il faut écrire Mme. Normandeau puisqu'il s'agit d'une dame. Pour M. Théberge: Ma grand-màere avait la même expression sauf qu'elle disait: Celui qui tient la poche est aussi responsable que celui qui la remplit.

      Bon dimanche, bonne soirée électorale,

      Gaston Langlais - Gaspé.

  • Guy Desjardins - Inscrit 2 novembre 2013 16 h 22

    Lorsque la lumière s'ouvre!

    Les coquerelles se sauvent. Ont comprend maintenant le pourquoi du refus de M. Charest de demander au plutôt une enquête sur le crime organisé. La machinne à déchiqueter les documents pertinents à du fonctionner jour et nuit. Mais la vérité dans tout cela c'est que les citoyens ne comprennent pas nos politiciens véreux.

  • Josette Allard - Inscrite 2 novembre 2013 20 h 36

    Couillard ne répond pas..

    La nouvelle est tombée hier et plus de 24heures après, silence radio du docteur Couillard. Où est -il? Au Lac ils ont pourtant le téléphone. En général il n'hésite pas à contacter les médias lorsqu'il désire dénoncer une décision de ses adversaires politiques.

    La transparence et l'éthique promise pour son parti ont- ils déjà pris le bord?

    • Normand Carrier - Abonné 3 novembre 2013 06 h 09

      Le <bon> docteur peut répondre quoi ! Il devra d'abord expliquer aux électeurs pourquoi , il s'est négocié une job alors qu'il était ministre et pourquoi , l'homme de bon jugement qu'il prétend être , s'est associé en affaire avec le docteur Porter ? L,intelligence et le jugement sont deux choses bien différentes monsieur Couillard ......