Immigration - Québec révise à la baisse ses cibles d'accueil

En 2012, 55 000 étrangers ont choisi le Québec pour terre d'accueil. C'est trop, juge le gouvernement Marois. Une révision à la baisse a donc été confirmée jeudi par la ministre de l'Immigration, Diane de Courcy, qui a déposé son plan d'immigration pour l'année à venir.
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir En 2012, 55 000 étrangers ont choisi le Québec pour terre d'accueil. C'est trop, juge le gouvernement Marois. Une révision à la baisse a donc été confirmée jeudi par la ministre de l'Immigration, Diane de Courcy, qui a déposé son plan d'immigration pour l'année à venir.
Québec — Les portes du Québec étaient grandes ouvertes aux étrangers ces dernières années. Elles le seront un peu moins désormais, avec une diminution progressive du nombre d’immigrants accueillis au cours des deux prochaines années.

En 2012, 55 000 étrangers ont choisi le Québec pour terre d’accueil. C’est trop, juge le gouvernement Marois. Aussi, pour 2014, la cible fixée est ramenée à entre 49 500 et 52 500, pour diminuer encore l’année suivante et se loger quelque part entre 48 500 et un maximum de 51 500 personnes. La révision à la baisse a été confirmée jeudi par la ministre de l’Immigration, Diane De Courcy, qui a déposé son plan d’immigration pour l’année à venir.

Le débat sur la charte

La ministre De Courcy a toutefois soutenu que le débat sur la controversée Charte des valeurs ces derniers mois, surtout axé autour du voile islamique porté par les musulmanes souvent originaires du Maghreb, ne changerait rien aux priorités établies par son ministère.

L’immigration au Québec « est diversifiée, et il doit le demeurer », a-t-elle dit en conférence de presse, laissant la porte ouverte aux candidats des pays du Maghreb (Tunisie, Maroc, Algérie). À ce propos, la Charte des valeurs n’a eu aucun impact sur les demandes d’immigration au Québec, selon elle, ni dans les pays musulmans ni ailleurs. « Les demandes d’immigration [au Québec] sont maintenues, voire en légère hausse, partout dans le monde, pas plus au Maghreb, pas moins au Maghreb », a-t-elle dit.

Le gouvernement libéral avait fait passer de 37 à 31 % la proportion des candidats admis en provenance de l’Afrique, principalement du Maroc et de l’Algérie. Tout en réduisant les niveaux d’immigration, le gouvernement péquiste maintient cette proportion.

La ministre refuse par ailleurs mordicus de dire quel serait le seuil idéal pour le Québec, compte tenu de sa capacité d’accueil et d’intégration en français. « Bêtement dire est-ce que c’est 48 600, 50 000, 51 000 ? Je ne le ferai pas », a commenté la ministre, alors qu’elle était pressée de questions sur le nombre d’immigrants que le Québec pouvait raisonnablement espérer intégrer et franciser. « Je vais répondre à cette question-là avec l’ensemble des acteurs », a-t-elle ajouté, se disant à la recherche d’un consensus social.

Nouvelle politique

Une consultation publique précédera la préparation d’une nouvelle politique d’immigration destinée à revoir les orientations et à fixer les niveaux d’immigration souhaitables pour les années à venir.

En 2007, le gouvernement de Jean Charest avait augmenté de 20 % le nombre d’immigrants souhaités, sous prétexte des besoins de main-d’oeuvre, sans pour autant avoir évalué si le Québec pouvait soutenir une telle hausse, selon ce qu’a conclu le vérificateur général dans un rapport critique paru en 2010.

Après avoir visé un sommet de 55 000 immigrants par année de 2008 à 2011, le gouvernement libéral avait revu à la baisse cet objectif, pour fixer la barre à 50 000 admissions par année. Mais la cible officielle a toujours été dépassée : le Québec en accueillait 54 000 en 2010 et 2011, et 55 000 en 2012.

D’abord l’emploi

Pour ce qui est de la sélection des candidats à l’immigration, Québec va privilégier les étrangers figurant dans la catégorie économique, gens d’affaires et travailleurs qualifiés. Au moins 65 % du total des candidats choisis seront issus de ce groupe, espère-t-on.

Dans le même esprit, la ministre De Courcy s’engage à moderniser la Loi sur l’immigration, notamment en vue de choisir les candidats à l’immigration ayant le plus de chances de dénicher un emploi au Québec. On va donc modifier la façon de sélectionner les candidats en passant du principe « premier arrivé, premier servi » à la constitution d’une banque de candidatures permettant de mieux identifier « celles qui répondent le mieux aux besoins du Québec ».

Le taux de chômage chez les immigrants est en moyenne plus élevé que dans la population en général.

En parallèle, avec son nouveau plan d’immigration, Québec mettra un effort supplémentaire pour mieux franciser les immigrants, un objectif assorti de 13,5 millions de dollars additionnels, répartis sur trois ans.


Par Jocelyne Richer
10 commentaires
  • Georges LeSueur - Inscrit 31 octobre 2013 18 h 09

    Pas facile !

    Commenter le quota de l'émigration au Québec est une question délicate. Surtout pour un émigré, même de très longue date.
    En premier lieu il faut distinguer les émigrants des réfugiés. Les premiers font un choix libre et disposent souvent d'une formation les disposant à l'emploi.
    Les autres sont poussés par l'urgence politique ou économique et ont besoin d'un support tangible à l'arrivée. Et quand il s'agit de familles entières, cette aide peut durer longtemps.
    Le nombre des nouveaux arrivants doit donc tenir compte de ces facteurs et des moyens d'intégration(souvent financiers) de la province.
    L'autre facteur est culturel. Si la langue est à considérer, l'expérience nous montre que la culture, et surtout les impératifs religieux, peuvent détourner du Québec ceux qui n'accepteraient pas une éventuelle Charte de la laïcité (dite des valeurs).
    À près de 8% d'émigrés reçus par décennie, Il faut considérer la conséquence de l'émigration sur la société.
    D'autre part, l'intégration réussie passe par l'accès à un travail permanent de qualité.
    Il est démontré que des personnes condamnées au bien-être social deviennent vite aigris et, -on le voit en Fance et en Angleterre- sont cause de désordres sociaux.
    Alors 45, 50 ou 55 % ? Ce pourcentage a une signification limitée.
    L'important est ce que ces émigrés représenteront pour le Québec vingt ans plus tard.
    S'ils travaillent et s'épanouissent dans la société, ils seront un actif apprécié.
    S'ils refusent de participer et n'apprécient que les avantages, on s'en désolera.
    Gouverner c'est prévoir dit le proverbe. Au P.Q et Diane de Courcy d'y penser !

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 novembre 2013 12 h 22

      Parlez-vous des émigrants (ceux qui quittent le Québec) ou bien des immigrants (ceux qui arrivent au Québec)?

  • Martine Fortin - Inscrite 1 novembre 2013 11 h 35

    Choisirs la qualité de ses immigrants, pas la quantité

    On déduit que les fonctionnaires de l'immigration faisait miroiter que le Québec était une terre paradisiaque; tout était permis, même l'intégriste.

    Seuls ceux qui respectent les Québecois et qui s'intègre avec joies doivent venir. Les autres doivent rester chez eux au lieu de s'imposer et manquer de respect aux Québecois.

    Donc, ceux qui veulent imposer leurs rituels ici, SVP, allez ailleurs.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 1 novembre 2013 11 h 36

    Soyons sérieux et ouvrons les yeux avec l'immigration

    Des études de démographes au Canada, aux États-Unis, et dans plusieurs pays européens montrent sans l’ombre d’un doute que l’immigration n’a qu’un impact marginal sur la structure par âge de la population de la société d’accueil. En outre, on a depuis longtemps constaté que les difficultés d’intégration économique des immigrants compromettent sérieusement la possibilité que l’immigration ait une incidence favorable sur les finances publiques.

    Il existe des raisons morales, humanitaires, sociales, culturelles, linguistiques ou politiques d’être favorable ou défavorable à tel ou tel aspect de nos politiques d’immigration. Toutefois, plusieurs chercheurs ont la conviction que le public et les décideurs entretiennent une idée fausse de l’effet de l’immigration sur l’économie et la démographie. Ils croient que cela les empêche d’évaluer de façon objective la politique québécoise d’immigration et conduit aussi bien les Québécois de naissance que les immigrants à concevoir des attentes démesurées à l’égard de cette politique, des attentes qui, un jour ou l’autre, seront forcément déçues.

    Malgré cela, le gouvernement prévoit garder le cap et accueillir plus ou moins 50 000 immigrants par année au Québec. Cherchez l’erreur. Qui profite de cette politique ?

    ( Voir à ce sujet le livre-choc « Le Remède imaginaire, Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec », par Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, Boréal, 2011)

  • André Le Belge - Inscrit 1 novembre 2013 12 h 04

    Immigration, oui

    Il faut rétablir les COFi afin d'avoir une meilleure intégrationet revoir les critères d'emploi qui ne sont pas soumis aux corporations professionnelles véritables trappes de chasse-gardée...

  • Carole Jean - Inscrite 1 novembre 2013 12 h 27

    L’Institut Fraser : l’immigration coûte 16 milliards par année.


    Selon l’Institut Fraser, un organisme de recherche en politiques publiques, une étude de la politique canadienne d’immigration, publiée en 2012, révèle que les immigrants arrivés au Canada entre 1987 et 2004 ont reçu pour 6 000 $ de plus en services publics par personne en 2005 qu’ils n’ont payé en impôts.
    Sur une base nette, l’immigration a coûté plus de 16 milliards de dollars par an aux contribuables canadiens.

    Le mythe selon lequel l’immigration a un impact positif net sur l’économie canadienne en prend pour son rhume. Avec le libre-échange, en effet, le Canada n’a pratiquement pas besoin d’immigration, certainement beaucoup moins que ce que le Gouvernement Mulroney a instauré quand il fixa ce nombre à 250 000 par année. Auparavant, c’était 60 000 par année pour l'ensemble du Canada. Le Gouvernement Mulroney était en pleine contradiction quand il poursuivait le libre-échange et haussait en même temps les quotas d’immigration.

    Le vieillissement de la population et le financement des pensions est un autre mythe entretenu sur le même thème. Ce qui compte, ce sont les capitaux accumulés pour rendre l’économie plus productive, et non pas le nombre de personnes qui dépendent des services publics.

    Mais où donc est l’étude semblable pour le Québec? Combien coûte, sur une base
    nette, l’immigration au Québec? La population a droit de savoir.

    Voir : http://www.fraserinstitute.org/publicationdisplay.