Projet de loi sur les soins en fin de vie - Vote favorable sur fond de division

La ministre Véronique Hivon a eu droit à une ovation de la part de ses collègues péquistes mardi à l’Assemblée nationale.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La ministre Véronique Hivon a eu droit à une ovation de la part de ses collègues péquistes mardi à l’Assemblée nationale.

Le projet de loi 52 sur les soins de fin de vie passera à la prochaine étape, mais le vote de mardi a révélé un malaise chez plusieurs libéraux. Un peu plus de la moitié des députés du PLQ ont voté contre l’adoption de principe.

 

C’est par 84 voix pour et 26 contre que l’Assemblée nationale a permis au projet de loi de passer à la prochaine étape, soit l’étude article par article qui devrait mener à une formulation finale - et à un vote ultime. Tous les députés du Parti québécois ont appuyé le projet de loi de la ministre Véronique Hivon. À la Coalition avenir Québec, seule Mycheline St-Laurent a dit non. Les deux députés solidaires ont voté pour.

 

Plus nombreux que ne l’avaient laissé croire les prises de position publiques de la semaine dernière, 25 députés libéraux ont utilisé ce vote libre pour exprimer leur désaccord.

 

En point de presse peu avant le vote, le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, s’est lui-même dit « profondément mal à l’aise » avec l’aide médicale à mourir. Il aurait tout de même, s’il avait eu un siège, voté pour l’adoption du principe.

 

Mais il a des réserves. « L’aide médicale à mourir, c’est un euphémisme pour l’euthanasie. Si j’étais en chambre aujourd’hui, je demanderais à ce qu’on me prouve que ce serait exceptionnel », a dit M. Couillard. Il ajoute que, comme médecin, il n’a pas vu souvent des cas de mourants « dont la souffrance ne pouvait être soulagée », mais que son « attitude n’est pas complètement fermée ». Le projet de loi déposé par la ministre Hivon est trop « flou », soutient-il.

 

Hésitante la semaine dernière, l’ancienne ministre responsable des aînés Marguerite Blais a finalement voté contre. « Le libellé du projet de loi ne me convient pas », a-t-elle dit. Elle affirme avoir une certaine ouverture d’esprit à cet égard, ajoutant qu’une fois les soins palliatifs bien implantés et accessibles, « on pourra regarder cette question de l’euthanasie ».

 

Attentes citoyennes

 

L’ancien ministre de la Santé Yves Bolduc ainsi que la porte-parole de l’opposition officielle en matière de services sociaux, Stéphanie Vallée, ont dit oui à l’avancement du projet de loi vers l’étude détaillée. « Nous sommes à la hauteur des attentes des citoyens », s’est réjouie la ministre Véronique Hivon à l’issue du vote.

 

Elle ne s’inquiète pas de l’influence que des groupes religieux comme l’Opus Dei tentent d’avoir dans ce débat. « Oui, des opposants et des médecins sont contre pour des raisons religieuses, reconnaît-elle. Mais la population est très largement favorable, tout comme l’ensemble des ordres professionnels et la protectrice du citoyen. Le consensus est large. Ça fait quatre ans qu’on avance avec la population. »

 

Elle se dit ouverte aux amendements, lesquels pourront être débattus à la prochaine étape de l’étude du projet de loi, dans les prochaines semaines.

 

 

Avec Jessica Nadeau

14 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 30 octobre 2013 04 h 29

    Oui aux soins palliatifs!

    On peut s'opposer à ce projet de loi pour des raisons autres que religieuses! Je considère tout simplement l'euthanasie comme n'étant pas un soin, mais un acte qui met fin aux soins. À distinguer. Les soins palliatifs sont, quant à eux, dans l'ordre des soins.


    Michel Lebel

    • Claude Smith - Abonné 30 octobre 2013 09 h 04

      Le gouvernement du parti québécois vous offrirait d'aller au ciel. Or, je suis enclin à penser que vous diriez non.

      Claude Smith

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2013 09 h 23

      Si je comprends bien, vous voulez limiter les droits des patients pour une question de terminologie?

      Selon vous, une vasectomie est-elle un soin? Que guérit-elle?
      Et un avortement est-il un soin? Après tout, ni la fertilité ni la grossesse ne sont des maladies, non?

      Si vous préférez, parlons d'acte médical. Ça vous va?

    • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 30 octobre 2013 11 h 00

      M. Auclair, vous avez raison, ni la vasectomie, ni l'avortement ne sont des soins. Ainsi, ils ne devraient pas être remboursés par l'assurance-maladie, surtout dans un contexte de crise budgétaire...

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2013 16 h 11

      Monsieur Laffitte,
      Si vous voulez rester sur le terrain de la stricte comptabilité, je vous demanderai combien coûteront tous ces enfants non désirés... en allocations familiales, en éducation, pour la DPJ... En bien-être social, même.

      Mais ce que veut M. Lebel, c'est que l'euthanasie reste en crime. Qu'on emprisonne donc ces médecins à perpétuité.

    • Alain Lafond - Abonné 31 octobre 2013 07 h 46

      Monsieur Lebel,

      Je respecte grandement votre opinion et, une fois ce projet de loi adopté, vous serez très bien protégé contre l'euthanasie ou tout autre forme d'aide médicale à mourir.

      Par contre, le projet de loi permet à ceux qui ne pense pas comme vous d'être respecté également. Ce qu'il faut comprendre de fondamental dans ce projet de loi, c'est qu'il reconnait, enfin, la liberté d'un individu de choisir de mourir. Cela n'enlève rien à ceux qui préfère attendre que la mort survienne de manière naturelle, ni même à ceux qui le désire de prolonger au maximum leur vie, peut importe leur condition et leur souffrance, par tous les traitements disponibles.

      Je vous cite ici un extrait de l'article 26 du projet de loi:


      «La personne doit, de manière libre et éclairée, formuler pour elle-même la demande d’aide médicale à mourir au moyen du formulaire prescrit par le ministre. Ce formulaire doit être daté et signé par cette personne ou, en cas d’incapacité physique de celle-ci, par un tiers. Le tiers ne peut être un mineur ou un majeur inapte et ne peut faire partie de l’équipe de soins responsable de la personne.»

      «Le formulaire est signé en présence d’un professionnel de la santé ou des services sociaux qui le contresigne et qui, s’il n’est pas le médecin traitant de la personne, le remet à celui-ci.»

      Par conséquent, je ne comprends pas votre motivation à vous opposer à un tel projet de loi qui, somme toute, se résume à: «Si vous souffrez et que vous n'en pouvez plus et que vous souhaitez mourir, vous pouvez formuler une demande à cette effet.»

      Pour le reste, la loi actuelle ainsi que toutes les chartes des droits et libertés vous protègent amplement !

  • Pierre Michaud - Inscrit 30 octobre 2013 06 h 56

    Serment d'office

    J'espère que les médecins vont abroger leur serment d'office en conséquence.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2013 09 h 21

      Et pourquoi donc?

      À titre de rappel, voici ce serment:

      «J’affirme solennellement que :
      Je remplirai mes devoirs de médecin envers tous les patients avec conscience, loyauté et intégrité ;
      Je donnerai au patient les informations pertinentes et je respecterai ses droits et son autonomie ;
      Je respecterai le secret professionnel et ne révélerai à personne ce qui est venu à ma connaissance dans l’exercice de la profession à moins que le patient ou la loi ne m’y autorise ;
      J’exercerai la médecine selon les règles de la science et de l’art et je maintiendrai ma compétence ;
      Je conformerai ma conduite professionnelle aux principes du Code de déontologie ;
      Je serai loyal à ma profession et je porterai respect à mes collègues ;
      Je me comporterai toujours selon l’honneur et la dignité de la profession.»

  • Yvon Giasson - Abonné 30 octobre 2013 09 h 15

    Déclaration de M. Couillard

    « L’aide médicale à mourir, c’est un euphémisme pour l’euthanasie. Si j’étais en chambre aujourd’hui, je demanderais à ce qu’on me prouve que ce serait exceptionnel », a dit M. Couillard. Il ajoute que, comme médecin, il n’a pas vu souvent des cas de mourants « dont la souffrance ne pouvait être soulagée », mais que son « attitude n’est pas complètement fermée ». Le projet de loi déposé par la ministre Hivon est trop « flou ».
    Dans tout ce texte, le mot à retenir est le mot souvent.
    Cette loi s'adressera précisément à la petite minorité (moins de 2 pourcent) des mourants dont on ne peut soulager les souffrances par aucun moyen encore connu par le monde médical.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2013 10 h 23

      Un neurochirurgien fréquente-t-il beaucoup les mourants?

      D'ailleurs, si je comprends bien, M. Couillard n'aurait pratiqué la médecine que quatre ans. Ensuite, il est passé à des postes des direction.

    • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 30 octobre 2013 11 h 03

      Yvon Giasson, et vous connaissez beaucoup de médecins qui sont capables de soulager une souffrance psychologique que le patient affirme insupportable? En quelques années nous aurons l'euthanasie sur demande comme nous avons l'avortement sur demande, pour des raisons psychologiques, ou, comme on y réfléchit dans les pays (Belgique, Hollande) qui l'ont légalisé, pour des raisons de « vie accomplie »... Et qui pourra s'opposer à la souffrance d'une personne qui souffre insupportablement de vivre?

  • Ghislain Sirois - Abonné 30 octobre 2013 11 h 28

    Bravo à nos députés Québéçois

    Hier j'étais heureux de voir les nombreux députés provenant de différent parti, se lever pour appuyer le dépôt du projet de loi 52 sur les soins de fin de vie, déposé par madame la ministre Vérinique Hivon.

    J'ai jamais compris pourquoi dans notre société nous acceptons plus facilement l'idée de prendre tous les moyens pour mettre fin aux souffrances de nos chiens et chats mais moins à nos pairs. Peut être que le souvenir de la souffrance et de la mort du Christ sur la croix reste gravé en nous comme une façon inéductable de mourir. Dans son message Jésus disait, aimer vous les uns les autres. Moi, j'ajouterais, respectons nous les uns, les autres.

    En conclusion, j'espère qu'à la fin de ma vie, mon médecin pourra dans l'exercice de ses fonctions, m'aider à mourrir paisiblement lorsque je n'aurai plus d'autres options que de souffrir inutilement.

  • Claude Lafontaine - Abonné 30 octobre 2013 21 h 29

    Un noyau de Libéraux

    Curieux tout de même que ce soit un noyau de Libéraux qui ait voté CONTRE le principe même du projet de loi hier, plus curieux encore qu'une part importante de ces députés ait fait connaitre cette position la semaine dernière une journée ou deux avant l'annonce qu'ils anticipaient du lancement des élections ! Une position basée sur leur conscience ou un positionnement électoraliste ?

    Quelques heures avant le vote à l'Assemblée Nationale, le chef Couillard a senti le besoin, je dirais de camouffler ce geste des Libéraux en expliquant que sur le fond il est lui aussi en désaccord avec le projet, mais que ses députés ont le droit de penser autrement que leur vote est libre.

    Difficile de ne pas prêter ce genre d'intention au PLQ, même sur un projet aussi délicat que celui-ci.