Les Inuits du Nord du Québec - Mal logés et victimes de la «mauvaise foi» d’Ottawa

Le gouvernement fédéral a faussement laissé croire qu’il tenterait de régler la pénurie de logements.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le gouvernement fédéral a faussement laissé croire qu’il tenterait de régler la pénurie de logements.

Québec — Une médiatrice, nommée en vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, a conclu qu’Ottawa avait fait preuve de « mauvaise foi » lors du renouvellement de l’entente sur le logement 2010-2015 pour les Inuits du Québec en faisant miroiter le fait que le ministre des Affaires autochtones cherchait activement à convaincre le premier ministre Stephen Harper de débloquer des fonds afin d’atténuer la grave pénurie de logements au Nunavik. Il n’en était rien.

Compte tenu de la « mauvaise foi » dont a usé le gouvernement fédéral pour faire signer l’entente par les représentants des Inuits - mauvaise foi qui pourrait entraîner en principe la nullité du contrat ou encore le versement d’une compensation par Ottawa -, la médiatrice Dominique F. Bourcheix a recommandé que l’administration fédérale accepte d’entreprendre des pourparlers formels dès la fin de 2012 pour régler la grave pénurie de logements au Nunavik. Le gouvernement Harper a fait la sourde oreille.

 

Au moment des discussions sur le renouvellement de l’entente en 2009, le cabinet du ministre fédéral - Chuck Stahl, à l’époque - « a omis de révéler à Makivik [la société qui représente les Inuits du Québec dans l’entente] qu’il savait qu’il ne servait plus à rien de tenter d’obtenir un mandat [du gouvernement] quand Makivik a signé et quand le ministre a signé », écrit la médiatrice dans son rapport de septembre 2012. « Makivik n’a pas bénéficié de l’obligation du Canada, issue du droit civil, d’agir de bonne foi. »

 

Le printemps dernier, Makivik a envoyé deux lettres au ministre fédéral des Affaires autochtones et du Nord canadien, Bernard Valcourt, a relaté Joë Lance, adjoint exécutif du président de Makivik, Jobie Tukkiapik. La dernière est demeurée sans réponse. En août dernier, M. Tukkiapik a participé à une rencontre des leaders inuits du Canada avec Stephen Harper avec qui il s’est entretenu de ce problème criant. Depuis, aucune nouvelle du ministre Bernard Valcourt.

 

Le Société Makivik a signé le renouvellement de l’entente en croyant qu’Ottawa allait s’attaquer sérieusement à la pénurie de logements sociaux. En vertu de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, le gouvernement fédéral doit fournir au Nunavik suffisamment de logements pour répondre à ses besoins. Or, en contravention avec la Convention, Ottawa a cessé en 1994 d’investir dans les logements sociaux pendant une période de six ans. En 2000, à la suite d’un rapport d’un médiateur, le Canada a dû conclure une entente avec les deux autres partenaires, le Québec par l’entremise de la Société d’habitation du Québec (SHQ) et les Inuits représentés par Makivik et le gouvernement régional de Kativik.

 

En vertu de l’entente 2010-2015, le gouvernement fédéral s’est engagé à construire 227 habitations, soit un investissement de 12,5 millions par an. De son côté, Québec se charge de l’entretien des logements et assume le déficit d’exploitation, une dépense équivalente.

 

En cessant d’investir pendant six ans, Ottawa a créé une pénurie de logements qui n’a cessé de s’aggraver avec le temps, malgré la reprise des investissements en 2000. Ainsi, la pénurie est passée à 459 à 628 unités en 2003 et à 900 à l’heure actuelle sur un total de 2673 logements sociaux. On évaluait à 47 % le nombre d’Inuits qui vivent une situation de surpeuplement, comme vivre à quinze dans un logement prévu pour six personnes. Aujourd’hui, cette proportion est de 63 %. C’est pourquoi Makivik insiste tant pour que le gouvernement fédéral finance un rattrapage, a indiqué Joë Lance.

 

Selon Elena Labranche, adjointe au directeur de la santé publique au Nunavik, ce surpeuplement entraîne de sérieux problèmes. Ainsi, on assiste dans plusieurs à l’éclosion de la tuberculose, ce qui nécessite de longs et pénibles traitements, pas toujours bien suivis. La situation se répercute également sur la santé mentale des Inuits. « La maison est supposée être un havre. Mais aujourd’hui, les gens n’ont plus ce sentiment de sécurité. Le surpeuplement entraîne une recrudescence de la violence et des suicides », a signalé Elena Labranche. On assiste aussi à un nouveau phénomène qu’on appelle là-bas couchsurfing, celui des personnes sans domicile fixe qui dorment dans un logement un soir puis dans un autre le lendemain, a-t-elle relaté.

 

En 2007, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) avait produit un rapport accablant sur les jeunes Inuits qui, dans une proportion de un sur trois, faisaient l’objet de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Trois ans plus tard, la Commission invitait le gouvernement fédéral à enrayer le problème de la pénurie de logements, en se disant « très préoccupée par le surpeuplement dans les logements, un problème majeur qui exacerbe l’ensemble des problèmes sociaux tels que la consommation de drogue, et d’alcool, le suicide et violence familiale ».

22 commentaires
  • Guy Rivest - Abonné 29 octobre 2013 05 h 54

    !!!

    Ottawa de mauvaise foi ? J'ai du mal à y croire. Ce serait vraiment sans précédent !

  • Francois Parent - Inscrit 29 octobre 2013 06 h 41

    Le Canada responsable du génocide des Inuits

    Avec les mesures mise sur pied par le Canada de retirer tout les droits des Inuits signe leur arrêt de vivre leur culture. Une thecnique d'assimilation dont les francophne sont aussi victime. Le Canada vente le multiculturalisme, ce n'est pas logique de sincère intention.

  • Nicole Bernier - Inscrite 29 octobre 2013 07 h 49

    « Makivik n’a pas bénéficié de l’obligation du Canada, issue du droit civil, d’agir de bonne foi. »

    La médiatrice Dominique F. Bourcheix utilise un vocabulaire enracinée dans notre tradition judéo-chrétienne ou civilisationnelle contemporaine pour décrire l'attitude prise par les Occidentaux pour négocier avec les Autochtones (tant en Afrique qu'en Amérique ou qu'en Asie) depuis des siècles... attitude qui a conduit à la destruction systématique des communautés en Amérique du Nord

    Une mauvaise foi face à ses engagements est au centre des complaintes des Autochtones partout en Amérique. Donc, si cela persiste, c'est parce que les élus ou les administrateurs des différents États se sentent autorisés à reproduire cette malhonnêteté sans subir de pénalité....

    Cette stratégie - celle de promettre verbalement quelque chose et de faire signer des engagements minimaux tout en trouvant des tonnes de justification pour ne pas respecter même ces engagements minimaux - est encore plus grave que ce que la médiatrice met en relief, si on prend en considération d'autres composantes:
    - si les autochtones refusent de négocier avec des menteurs et des hypocrites, on traite les leaders autochtones, selon les périodes historiques, de tyrans, de primitifs ou de terroristes et
    - s'ils acceptent de jouer le jeu de la négociation, cela n'apporte aucune solution aux problèmes.
    Donc, on construit un problème structural profond qui conduit à des crises humanitaires qui attirent l'attention de l'ONU sur notre région. Mais comme tous les crises humanitaires, l'ONU ne réussit pas à vraiment influencer les attitudes des gouvernements en Amérique.

    De plus, ce que l'article de dit pas, est-ce que le gouvernement québécois a versé tous les montants dont il a la responsabilité même si le Fédéral n'a pas rempli ses engagements... J'ai travaillé dans les ONGs internationales et communautaires et, souvent l'un des deux gouvernements (provincial ou fédéral) se sert du refus de l'un pour ne pas verser sa part. Qu'en est-il dans ce cas-ci? Est-ce que le gouvernement québécois a versé sa pa

  • Yves Perron - Inscrit 29 octobre 2013 07 h 51

    Le génocide continue

    Les Autochtonnes comme les Québécois et les francophones du ROC n'ont plus rien à attendre du Canada qui depuis sa fondation n'a de cesse de faire disparaître ses minorités de toutes les manières possible. Les autochtonnes ont été bien naïfs de croire à ce Canada et à ses promesses malgré toutes les promesses faites pour les tenir tranquilles en attendant leur disparition...Le Québec a toujours respecté les autochtonnes pendant que le Canada créait les camps de concentrations (réserves) pour mieux les faire disparaître progressivement. Les pensionnats d'assimilation, les lois anti-français,la ;loi sur les indiens,les expériences scientifiques menées sur les enfants ne sont que quelques unes des méthodes hypocrites prises par ce pays pour faire disparaître toute trace de différences Anglo protestantes blanche.

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 octobre 2013 18 h 25

      Sincèrement, je ne comprends pas, comment vous pouvez dire que le Québec respecte les autochtones quand le Québec a été responsable des programmes d'éducation qui a présenté les autochtones comme des "sauvages", des "primitifs" ou des violents qui attaquaient les pauvres colons qui venaient détruire leurs modes de vie...

      Cette attitude de collet monté des pures laines face aux anglophones en niant leur rôle dans la destruction des familles et des identités autochtones est révoltante. Tout le système d'éducation québécois a été conçu pour les humilier et déresponsabiliser les parents au nom de la "civilisation occidentale". Le kidnapping des enfants en bas âge a aussi été effectué par des francophones...

  • Bernard Terreault - Abonné 29 octobre 2013 08 h 32

    Absurde situation

    Les autochtones et leurs descendants doivent-ils pour toujours vivre de l'assistance publique? Ou est-il concevable qu'un jour on puisse vivre de son travail dans les régions très nordiques et dans les réserves indiennes ?

    • André Michaud - Inscrit 29 octobre 2013 09 h 57

      Voila LA question! Quoi faire pour arrêter la dépendance, créer de l'emploi pour que ces humains se prennent en main, sans attendre toujours des subventions ??? Augmenter la dépendance est-elle vraiment la solution?

    • Pierre Mayers - Inscrit 29 octobre 2013 10 h 05

      Vous posez, monsieur, la seule question qu'aucun gouvernement n'ose se/nous poser.

      Peut-être un jour, des humains parviendront-ils à revivre d'une façon autonome sur ces territoires peut importe qu'ils soient Inuits ou non; pour le moment, le réponse est non!

    • Joanne Gagné - Inscrite 29 octobre 2013 10 h 50

      La question n'est-elle pas:
      Mais comment vivaient les autochtones avant qu'on ne leur enlève leurs territoires et qu'en échange, on leur ait fait miroiter la vie facile d'humains entretenus?

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 octobre 2013 16 h 50

      Actuellement, en Malaisie, des autochtones qui assumaient très bien leur survie sur leur territoire viennent d'être transportés de force dans des lieux où ils ne peuvent plus assumer leur survie. Ils aimaient leur mode de vie et le gouvernement a décidé que les terres devaient servir au bien commun, à ceux qui vivent dans les grandes villes... En échange, on leur a promis les services d'éducation et de santé, le logement à vie parce qu'ils vivaient dans un milieu où les ressources étaient renouvelables et qu'ils n'avaient pas besoin de s'inquiéter pour l'avenir... On ne leur a pas laissé le choix

      S'il résiste et refuse de donner leur terre, on va les tuer comme terroristes, tyrans ou primitifs...

      L'histoire se répète...
      Moi, je dis rendez leur leurs terres, et, vous voulez les rendre responsable de la destruction de leurs modes de vie parce que votre mode de vie est supérieure aux leurs... Les accuser de ne pas vouloir travailler est de la pure malhonnêteté.

      Le reportage illustrait comment des populations autochtones déplacées quelques années auparavant n'avait reçu que les logements promis (pas d'école et de service de santé) et qu'ils avaient exploré le nouveau territoire environnant et rien ne leur permet d'assurer leur survie... La seule solution serait d'immigrer en ville et leurs communautés disparaîtrait à jamais...

      Pourquoi les Pure laines ont résisté aux stratégies d'assimilation du groupe dominant et pourquoi seuls les Acadiens ont subi les conséquences de la déportation?...

    • S B - Inscrite 29 octobre 2013 19 h 31

      Je suis tout à fait d'accord avec toi et j'ai d'ailleurs fait une petite montée de lait plus bas...