Charte des valeurs québécoises - L’opposition appelle au compromis

Le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, en conférence de presse mardi.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, en conférence de presse mardi.

Craignant des dérapages et une détérioration du climat social, les partis d’opposition implorent le gouvernement Marois d’adopter, le plus rapidement possible, une charte des valeurs québécoise qui soit consensuelle. Le problème, c’est que chacun des chefs estime que c’est sa formation politique qui incarne le compromis recherché.

 

François Legault a lancé le bal mardi, disant vouloir « tendre une main » au gouvernement Marois, l’invitant à convoquer les trois autres chefs de parti afin de « trouver ensemble un compromis pour faire adopter rapidement un projet de loi et mettre ça derrière nous […] On est en train de stigmatiser un groupe de notre société, on est en train de faire le procès de la religion musulmane ».

 

Le chef de la CAQ se dit « inquiet de la situation », estimant qu’il y a « urgence » d’agir pour éviter un « dérapage dramatique ». La solution qu’il propose est de s’inspirer de la position de son parti, qui est déjà un « compromis » entre les « deux extrêmes » que sont les positions du Parti québécois et du Parti libéral.

 

Impatience

 

Questionnée sur la possibilité d’une rencontre au sommet, Pauline Marois a répondu que cela n’était pas « pertinent » tant que son gouvernement n’aura pas déposé son projet de loi officiel.

 

Au Parti libéral, le chef Philippe Couillard témoigne aussi d’une certaine impatience à clore le débat et propose à son tour un consensus basé sur les éléments que son parti voudrait voir inscrits dans cette future charte. « Le compromis, ce n’est pas un compromis, c’est l’affirmation de nos principes, c’est qu’on est prêt à travailler sur un projet de loi dans lequel on exprime que le visage doit être découvert, que les accommodements doivent être balisés et que le concept de neutralité de l’État doit être éclairci sur le plan législatif. »

 

Même Françoise David, de Québec solidaire, y est allée d’une invitation on ne peut plus claire : « Tout geste, dans les circonstances actuelles, qui contribuerait à ramener une sorte d’harmonie, de calme, de sérénité dans le débat, tout geste qui contribuerait à faire avancer un projet de loi serait un geste bienvenu. »

 

Pendant que les partis d’opposition faisaient l’éloge de leur plateforme respective, le ministre Bernard Drainville, lui, se félicitait de la synthèse des commentaires recueillis par courriel et téléphone au cours des dernières semaines.

 

Des avis par millier

 

Selon cette compilation de plus de 26 000 avis, réalisée par des fonctionnaires, 47 % des répondants sont favorables à la charte et 21 % s’inscrivent dans la catégorie « favorables avec modifications », pour un total d’appuis de 68 %.

 

Or, dans ces modifications, on compte à peu près toutes les critiques émises par les partis d’opposition, notamment sur l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique. « Les deux principaux enjeux sur lesquels les gens se sont prononcés, c’est la question de la clause de retrait et la question du crucifix, donc c’est évident qu’on réfléchit à ça présentement », a soutenu le ministre Drainville en point de presse mardi matin.

 

Malgré les critiques sur la méthodologie, ce dernier estime qu’il s’agit d’un « bon échantillonnage » qui représente bien ce que pensent les Québécois. « Je ne prétends pas que ça a une valeur scientifique […],mais ce que je dis, c’est que rendu à 26 000 citoyens différents, ça commence quand même à donner une bonne idée de là où se situe l’opinion publique. »

53 commentaires
  • samba bilal - Inscrit 23 octobre 2013 04 h 42

    Un pas en avant,deux pas vers l'arrière!

    Il est claire qu'il est peu probable que le gouvernement et les partis de l'opposition trouveront un compromis sur une charte des (valeurs québecoises). Le gouvernement ne semble pas pressé pour deposer son projet de lois tout de suite. Les partis de l'opposition campent sur leur position affichée des le debut. Le debat publique continue à diviser la societé québecoise et c'est vrai qu'on est en train de stigmatiser un groupe particulier de québecois. Certaines personnes ne se genent plus à utiliser l'injure pour ne pas dire de la xenophobie pour argumenter leur soutien à la charte telle que presentée actuellement. Mr Drainville parlait de (bon echantillonage) d'avis de quebecois qui represent ce que pense la majorité. Or même dans les sondages les plus scientifiques pour avoir un echantillonage de 1000 personnes il faut questionner autour de 19000 personnes. Et malgres ca combien de fois la realité nous a montré que les resultats des sondages ne refletait nulement la realité. Mr Drainville savait dès le debut qu'il manquait quelle que chose pour appuier sa charte quand les journalistes lui ont posé la question sur les etudes sur lesquelles il s'est basées pour concevoir certaines parties de son projet. Il n'avait pas de reponse.
    En Europe ,vers la fin du 19 eme siecle les fervants de la philosophie des Lumieres ont pronné que le juif etait un citoyen comme tout autre et devrait etre traité de facon équitable. Les opposants quant à eux, ont commencé à promouvoir les ideologies identitaires, ils ont commencé à definir ce qu'ils sont et par opposition ca a fini par exclure les juifs de ce concept identitaire. Ce dérapage à fait naitre un antisimitisme reactionnaire et violant.
    Une societé ne se batit pas par coups de sondage. Nous avons ici au Québec des femmes et des hommes doués qui pourrons nous proposer une charte inclisive et coherante sans l'emprise des émotions mais plutot par le pragmatisme, le realisme et la clairevoyance.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 octobre 2013 12 h 33

      Pour avoir un échantillon de 1000 personnes, il faut questionner 1000 personnes. Choisies au hasard.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 octobre 2013 04 h 52

    Aimé

    Ce que j'ai aimé, c'est la réaction de M.Léger de Léger & Léger hier à 24/60. Sublime !

    Ne dénigrant aucunement le travail d'échantillonnage fait pas M. Drainville, assurant même que celui-ci ajoutait un élément aux sondages (multiples) déjà fait.

    En plus, a t'il ajouté (J'en suis transporté) qu'il n'y aurait pas d'élection pour bientôt ! Malgré l'insistance de Mme Dusseault. (Si vous allez à l'article sur Paillé d'il y a quelques jours, vous lirez que c'est ce que j'ai écris ! Je me sens moins seul ce matin.)

    PL

    • Claude Champagne - Inscrit 23 octobre 2013 09 h 10

      D'accord M. Lefebvre, le même constat en écoutant 24/60, le mot "insistance" est faible, Mme Dusseault a tout essayé. J'ai commenté, un des articles ou m. Couillard rêve d'élection, Mme Marois se garde une petite réserve, en attente que la commission Charbonneau fait le travail que l'on s'attend, soient confirmés la proximité du monde de la corruption et le parti (de la honte) Libéral. Leur procès n'a pas eu lieu encore, c'est révoltant et choquant, qu'on accorde une libération conditionnelle sans sanction, c'est aberrant et écoeurant.

  • Michel Lebel - Abonné 23 octobre 2013 05 h 45

    Populisme!

    La pauvreté intellectuelle et le manque de jugement du ministre Drainville sont stupéfiants. L'homme envoie paître l'avis pour le moins étoffé de la Commission des droits du Québec, préférant l'opinion bien courte des Janettes; ensuite il se fonde sur son propre échantillonage d'opinions, sans aucune valeur scientifique, pour "durcir", dans le sens qu'il le souhaite, son projet de charte des valeurs. Qu'est-ce que cette façon de faire, sinon du populisme à courte vue!

    Les droits pour le ministre, ça importe peu, ce qui compte(électoralement sans doute), c'est l'opinion des francophones sur la charte. À cette fin, le gouvernement joue à plein la carte identitaire, peu importe vraiment ce qui pourrait arriver, peu importe la division dans la population, peu importe le mur juriudique devant lui. L'avis de trois anciens premiers ministres sur le sujet, c'est sans importance, c'est du bidon. Est-ce ainsi gouverner de façon responsable? Non et non!


    Michel Lebel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 octobre 2013 10 h 00

      Et c'est le peuple qui vivra avec cette loi-là aussi; alors pourquoi dénigrer son point de vue ?

      L'élite ? Elle fera comme d'habitude, elle voguera au dessus des flots sans toucher terre !

      L'élitisme m'essouffle !

      Le mot «gouverner» commence à me peser fort dessus ! Et quand ils viennent me supplier mon vote à genoux, ils me promettent de me «servir» ! Le «peuple» a le droit de vote; vous avez pas eu le mémo !

      Y a rien de pire qu'un spécialiste; ils se promènent tous avec un oeil crevé !

      Se faire prêcher l'égalité pour tous en se faisant regarder de haut, ça commence à être pesant !

      Dieu qu'on a pas évolué bien loin de la chair à canon !

      PL

    • Michel Lebel - Abonné 23 octobre 2013 10 h 42

      @ Pierre lefebvre

      Je n'ai jamais marché dans le "mob rule". Les tribunaux, dans une démocratie, doivent demeurer les ultimes garants des libertés individuelles. Les législatures doivent aussi protéger ces libertés, non les restreindre, comme le propose l'actuel gouvernement québécois. Ce dernier a pleine autorité pour établir une politique de laïcité, mais celle-ci doit respecter les droits et libertés de la personne. C'est un impératif.

      Quant aux élites, je dirai seulement qu'elle sont indispensables pour le progrès et le bien d'une société. Aucun pays ne peut se passer d'élites. J'en connais aucun qui n'en a pas. Une élite qui n'a pas un sens profond de l'éthique et de la démocratie ne mérite pas de porter ce nom.


      Michel Lebel

    • Richard Laroche - Inscrit 23 octobre 2013 16 h 13

      M. Lefebvre,

      Pour les autoritaires libéraux, quand une élite ou une oligarchie utilise le pouvoir de coercition pour intervenir dans les coutumes ou dans l'économie, ça va. Mais quand le pouvoir de coercition est utilisé par la majorité démocratique, ça ne va pas.

      Fondamentalement, il n'existe pas de justification morale à l'initiative même du pouvoir de coercition. Donc qu'il s'agisse d'une majorité démocratique ou d'une soit-disant élite autocrate, ça ne change rien.

      M. Drainville a au moins le mérite de favoriser une décision basée sur un plus grand volume d'information. À force de raffiner la mécanique de l'esprit collectif, la coercition sera de moins en moins nécessaire.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 octobre 2013 02 h 28

      Même votre défense sonne faux M.Lebel ! «Mob rule»; vous m'en direz tant ! Y a pas de caste ici, on est pas au Indes ! Et c'est quoi cette mentalité qui dure encore du «Bon berger», en sortirons-nous un jour ?

      «respecter les droits et libertés de la personne» Dites-moi comment faire pour amalgamer ce concept avec le mot «Mob» mieux traduit par «plèbe» que vous semblez transporter dans votre vision des choses ? Un peu plus et vous supporteriez une loi qui limiterais le droit de vote au propriétaires terriens, comme dans le bon vieux temps.

      J'ai connu un entrepreneur qui dénigrait ses employés à tous bouts de champ. Un jour ils se sont tanné, ils ont sacré le camp et l'entrepreneur s'est retrouvé le c.. dans la rue ! Je pense qu'il quête encore des trentes sous pour avoir un café quelque part à Mtl !

      «Une élite qui n'a pas un sens profond de l'éthique et de la démocratie ne mérite pas de porter ce nom.» Alors, je vous suggère de lui en trouver un autre car on en vois passer des élites à la Commission et ça ne fait que commencer !

      Que la police me protège des bandits de grand chemin et de l'élite !

      M. Laroche «Donc qu'il s'agisse d'une majorité démocratique ou d'une soit-disant élite autocrate, ça ne change rien.» Peut-être pas, mais je peux toujours crier ma frustration aujourd'hui sans avoir peur du fouet !

      PL

  • Josette Allard - Inscrite 23 octobre 2013 06 h 45

    Consultation qui dérange

    L'opposition a beau crié que cette consultation n'a rien de scientifique, il n'en demeure pas moins que plus de 26000 personnes ont pris le temps de faire part de leurs opinions. C'est pas mal plus de monde que n'importe quel sondage. D'où l'agitation qui gagne les partis d'opposition qui cherchent le vote des francophones puisque c'est là que l'élection va se jouer et les francophones sont majoritairement pour la charte. même Couillard est en faveur de la charte maintenant, même s'il est vague, quand à la portée qu'il donnerait à celle-ci.

  • Claude Poulin - Abonné 23 octobre 2013 07 h 50

    Consultation bidon


    Le ministre Drainville vient de rendre public les résultats de sa consultation publique sur son projet de Charte. 26,300 personnes auraient répondu à sa demande dont 68% qui y seraient favorables. Or, sur le site du Manifeste pour un Québec inclusif, on peut noter que les 26,750 personnes ont signé librement (noms et professions) ce document sérieux, hostile à ce projet. Personne n’en parle, surtout pas le ministre qui préfère mettre de l’avant une consultation de valeur est tout à fait inconsistante, pour ne pas dire bidon. Claude Poulin

    • Djosef Bouteu - Inscrit 23 octobre 2013 12 h 55

      La pétition de la Coalition Laïcité Québec, en faveur de la Charte compte plus de 33 000 signataires :

      http://www.laicitequebec.org/

      Un document sérieux, en faveur du projet, avec plus d'appuis encore. À bon entendeur.

    • Claude Poulin - Abonné 23 octobre 2013 22 h 24

      Bien joué! Un exemple de plus pour démontrer que la consultatuon du ministre est inconsistante...donc bidon. Claude Poulin

    • Léandre Nadeau - Inscrit 24 octobre 2013 02 h 53

      Il y en a plein qui regrette d'avoir signé le manifeste pour un québec inclusif. Par ailleurs, le ministre ne voulait pas faire un sondage, mais recueillir les témoignages des citoyens pour mieux saisir le pouls de la population.

      Le Devoir a fait état de deux études de doctorat qui se basaient sur les témoignages de quelques personnes dans un cas et de quelques dizaines dans l'autre et le tout était présenté comme valable. Drainville s'appuie sur plus de 26 000 témoignages, pas mauvais comme point de départ.