Charte des valeurs québécoises - L’heure est au dépôt du projet de loi, dit QS

La députée de Gouin, Françoise David
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot La députée de Gouin, Françoise David

Québec solidaire appelle le gouvernement Marois à déposer rapidement un projet de la loi pour en finir avec le débat sur la Charte des valeurs québécoises. Après plus de deux mois de discussions, Françoise David croit qu’il est temps qu’un véritable projet de loi sur la Charte soit déposé à Québec afin que les députés puissent en discuter en commission parlementaire.

 

« Si chaque parti politique accepte de mettre de l’eau dans son vin, on est capables d’avoir une Charte de la laïcité probablement avant les fêtes. Ça prend la volonté politique de tout le monde, de tous mes collègues, mais il est temps d’avancer vers un projet rassembleur », estime la députée et porte-parole du parti.

 

Signes religieux

 

La semaine dernière, Québec solidaire a d’ailleurs déposé le projet de loi 398 pour créer une Charte de la laïcité de l’État québécois et non une Charte des valeurs, comme le Parti Québécois le propose. Dans ce projet de loi, le port de signes religieux serait uniquement interdit aux personnes qui exercent un pouvoir coercitif au nom de l’État, soit les juges, les policiers, les procureurs et les gardiens de prison. Les fonctionnaires pourraient en porter, mais ils seraient obligés d’offrir des services publics à visage découvert. Tout signe religieux serait également proscrit à l’Assemblée nationale.

 

Lors d’une rencontre publique organisée dimanche à Montréal pour discuter de ce projet de loi, Françoise David a expliqué devant au moins 200 personnes que son parti avait pris cette initiative pour démontrer qu’il est possible d’avancer et que le gouvernement Marois aurait tout intérêt à suivre son exemple. Elle espère que le Parti québécois ne déclenchera pas d’élections afin de trancher sur la question. « Dans une campagne électorale, il y a trop de partisanerie, et ce serait la pire manière de faire aboutir un débat aussi sensible », mentionne Mme David.

 

Depuis le début du débat à la fin août, le ministre Bernard Drainville affirme qu’un projet de loi devrait être déposé cet automne sans pour autant donner plus de détails. Québec solidaire l’invite maintenant à passer à l’acte alors que la majorité des voix ont été entendues dans les médias. « Pour l’essentiel, tout a été dit, on se répète dangereusement et il risque d’y avoir encore plus de dérapages indésirables si on n’avance pas », affirme Françoise David.

 

Rehausser le débat

 

L’une des représentantes du Collectif des féministes musulmanes du Québec, Asmaa Ibnouzahir, a aussi soutenu, lors de cette rencontre publique, que Québec avait le devoir de rehausser le débat sur la Charte. « Qu’il y ait un désir d’affirmation nationale, c’est légitime, mais lorsque ce désir se fonde pour exploiter la division de la population, c’est dangereux parce que ça peut nourrir du radicalisme de tous les côtés », prévient-elle.

 

Le philosophe et professeur à l’université de Montréal Michel Seymour a pour sa part précisé qu’il était important de tenir compte de la préoccupation du peuple québécois de s’affirmer. « Le Québec a besoin de s’affirmer, de se donner des règles du vivre ensemble et cela, il faut le prendre en considération. Mais la Charte proposée a été une mauvaise réponse à un vrai problème », a-t-il dit.


Non à un code vestimentaire

Des membres de l’Association des garderies privées du Québec (AGPQ) ont manifesté, samedi à Montréal, pour dénoncer le projet de Charte des valeurs québécoises et les compressions gouvernementales dans le réseau des garderies privées.

Selon le président de l’association, Sylvain Lévesque, les compressions budgétaires imposées par le gouvernement péquiste provoqueront une réduction importante des services rendus aux quelque 50 000 familles du Québec desservies par le réseau des garderies privées.

M. Lévesque dénonce aussi ce qu’il appelle « l’ingérence » gouvernementale dans les affaires internes des garderies privées, en voulant imposer une liste centralisée obligatoire et un code vestimentaire par l’entremise de la charte des valeurs. Il a souligné que les propriétaires de garderies privées et les éducatrices partageaient des valeurs « inclusives ».

L’AGPQ refuse une politique d’embauche axée davantage sur l’apparence que sur les compétences professionnelles des éducatrices, a déclaré Sylvain Lévesque. Il condamne la Charte des valeurs qui, selon lui, est fondée sur l’exclusion sociale, en interdisant aux éducatrices de porter le voile ou un autre signe religieux au travail.

Selon lui, le gouvernement crée un problème virtuel, jusqu’ici absent de la réalité du réseau. Il précise que 150 des 8000 éducatrices du réseau privé seraient directement visées par l’interdiction des signes religieux, en période de pénurie de main-d’œuvre, souligne-t-il.


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