Égalité hommes-femmes - Drainville veut contrer les reculs créés par les accommodements

Le ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville

Bernard Drainville promet que la Charte des valeurs québécoises, si le projet de loi qu’il présentera est adopté, permettra d’empêcher que des accommodements religieux fassent échec à l’égalité entre les femmes et les hommes.

 

« C’est un fait qu’il y a eu des reculs de l’équité hommes-femmes à cause d’accommodements déraisonnables qui ont été accordées au cours des dernières années », a fait valoir mardi le ministre des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne dans un point de presse qui précédait sa conférence devant des étudiants de l’Université Laval.

 

« On veut s’assurer que l’égalité hommes-femmes soit renforcée, a fait valoir Bernard Drainville. Ce que nous proposons avec la Charte, ça s’inscrit justement avec toutes ces batailles qui ont été menées par les femmes pour l’égalité. »

 

Lettre ouverte de Janette Bertrand

 

Le ministre réagissait ainsi à la lettre ouverte signée par Janette Bertrand et appuyée par près de 20 femmes, dont plusieurs personnalités. « Le principe de l’égalité entre les sexes me semble compromis au nom de la liberté de religion », écrit Janette Bertrand, qui donne son aval à l’adoption d’une charte des valeurs québécoises.

 

« Je suis très content que des femmes d’une telle crédibilité, pour lesquelles j’ai beaucoup de respect, et même de l’admiration, prennent position dans le débat. Je pense que c’est une très bonne nouvelle », s’est réjoui Bernard Drainville.

 

L’égalité entre les femmes et les hommes, c’est « une valeur en particulier à laquelle on accorde une importance prédominante [qui] devient une espèce de valeur sacrée », a-t-il dit devant près de 200 étudiants.

 

Dans un discours d’une vingtaine de minutes, le ministre a exposé de façon pédagogique les éléments du projet de la Charte des valeurs pour ensuite répondre aux questions de l’auditoire pendant une demi-heure.

 

À l’étudiant qui contestait la constitutionnalité du projet de Charte, Bernard Drainville a répliqué qu’il en avait assez que l’on brandisse l’épouvantail des tribunaux. « Ce sera aux élus de voter. Et après ça, les tribunaux feront leur travail. Que le Parlement se prononce. Moi, j’en ai un peu marre de me faire dire : les juges, les juges, les juges. Je respecte leur domaine de compétence, mais ils ne doivent pas remplacer le Parlement. Et en démocratie, c’est au Parlement de voter les lois. »

 

Pas d’exclusion en santé

 

Les échanges entre le ministre et les étudiants ont été d’une courtoisie sans faille, sauf avec un étudiant qui, sans se présenter au micro, est intervenu pour taxer d’« hypocrisie » le gouvernement péquiste. « Ce qui est dommage, Monsieur, c’est de m’avoir formé pendant 20 ans pour que je quitte le Québec à cause de votre politique. Il y en a des milliers qui vont le faire aussi, sans compter ceux qui ne viendront pas », a-t-il lancé en prenant congé sans demander son reste.

 

Par ailleurs, Bernard Drainville a fermement démenti l’information de La Presse voulant que le gouvernement Marois envisage de permettre aux employés du réseau de la santé de se soustraire à l’interdiction porter des signes religieux. « Il n’y a jamais été question d’exclure [le secteur de] la santé de l’application de la Charte. Jamais. Il n’y a jamais eu de discussions là-dessus », a-t-il tranché. « Sincèrement, je ne sais pas d’où vient cette information. C’est quand même à moi à qui Mme Marois a demandé de s’occuper de la Charte », a plaidé le ministre.

7 commentaires
  • Pierre Valois - Abonné 16 octobre 2013 03 h 10

    Janette et Jacques...

    Lequel des deux a raison?

    N'est-il pas étonnant de constater que la Janette a eu plus de couilles que le Jacques, sur cette fameuse question de la Charte?

    Pour le moins, la Janette, dans une économie de mots que le Jacques ne s'était pas permise, a bien cerné tout l'enjeu de la question.

    Avons-nous donc encore besoin de ces fausses belles-mères (les Landry, Bouchard et Parizeau) de la province pour nous dire ce qui doit être fait ici?

    Il fut un temps où les femmes n'avaient pas droit de vote.

    Elles l'ont gagné, difficilement. Vote et parole.

    Aujourd'hui, Madame Bertrand, et ses co-signataires rouspètent. Et plus fort que les Landry-Bouchard-Parizeau-Taylor.

    Je trouve cela très gênant. Pour la raison assez simple qui suit: ces quatre mousquetaires de la nation portent des épées plus émoussées que certains de leurs concitoyens.

  • Donald Bordeleau - Abonné 16 octobre 2013 13 h 47

    bravo aux Janettes

    Beaucoup de commentaires contre l'âgisme. Les jeunes ne semble pas connaître les batailles que les femmes ont mené depuis 50 ans pour arriver à cette émancipation. Mais il reste un bout de chemin à faire et celà c'est le plus difficile. Toutes les femmes de toutes les horizons vont être fières de cette avancée pour les femmes.

    Le gouvernement québécois n’est pas le seul à légiférer sur la laïcité de l’État et à mettre des balises claires pour le bien-vivre ensemble de toutes les races et les religions. Toutes les sociétés occidentales sont confrontées à ces difficultés : la Belgique, la France, les Pays-Bas, la Suisse et l’Allemagne ont déjà légiféré en cette matière. L’Angleterre, où des quartiers entiers sont envahis par les intégristes, est en train de s’interroger sur la façon d’encadrer les dérapages et les exigences grandissantes des islamistes. L’Australie leur a dit : « Si nos valeurs et notre manière de vivre ne vous plaisent pas, la porte est grande ouverte, vous pouvez partir. » Il faut arrêter de dorloter l’intégrisme.

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/389246/ar

  • Rafik Boualam - Inscrit 17 octobre 2013 10 h 55

    Monsieur drainville

    Allez-vous finalement nous proposer quelque chose de concret et de précis. Me semble que la discussion, l'échange, le débat c'est bien beau, mais à un moment donné, faut accoucher.

  • Georges LeSueur - Inscrit 18 octobre 2013 00 h 04

    Question de temps...

    La question est de savoir s'il est préférable de proposer une législation selon une conviction longuement mûrie mais difficilement acceptée par près de 50% de la population, ou de faire des compromis pour qu'elle puisse passer ?
    J'ai été tenté par la deuxième solution ; mais je ne serais pas fier du résultat.
    En fin de compte je préfère être battu et remettre le projet à plus tard que de pactiser lâchement. Les discussions entamées, les arguments débattus, feront leur chemin.
    La vérité s'imposera avec le temps. L'Angleterre, prise comme exemple de multiculturalisme par les opposants à la Charte est en passe de réviser sa politique.
    Nul doute que le Canada -Québec en tête- suivra et adoptera la Charte telle quelle.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 octobre 2013 09 h 52

      En effet, n'en déplaise aux mordus du multiculturalisme qui crient le plus fort, le projet de Charte de la laicité recueille près de 50% d'appui dans le ROC du Canada.

  • Jacques Richardson - Inscrit 18 octobre 2013 01 h 53

    Manque d'argument

    L'insistance d'invoquer l'égalité homme -femme (déjà inscrite dans la Charte des droits et liberté) est un manque d'argument et une attrape-nigaud. Monsieur Drainville s,en sert a outrance pour inventer un combat déja fait et acquis depuis 1975. Quand on manque d'arguments....

    • Martin Maynard - Inscrit 19 octobre 2013 08 h 54

      Exactement. Le débat est parti dans tous les sens comme si la charte était pour régler le sort du monde.
      En réalité, on ne sait même pas ce qu'elle adresse comme problème. Même le PQ ne le sait pas. Les élections seront déclenchées d'ici 2 semaines et il n'y aura pas véritablement de débats.
      Et certains y auront laissés leur crédibilité ... inutilement.