Sondage Léger - L’appui à la Charte se consolide

Le 23 septembre dernier, les citoyens en faveur du projet de Charte des valeurs québécoises se donnaient rendez-vous dans les rues de Montréal lors d'une manifestation.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le 23 septembre dernier, les citoyens en faveur du projet de Charte des valeurs québécoises se donnaient rendez-vous dans les rues de Montréal lors d'une manifestation.

Le soutien des Québécois à la Charte des valeurs - et aux dispositions relatives aux signes religieux ostentatoires - s’est raffermi dans les dernières semaines, indique un nouveau sondage Léger. Cet appui ne permet toutefois pas au Parti québécois de faire des gains notables dans les intentions de vote, ce qui laisse incertaine l’issue d’un éventuel scrutin en décembre.

Le coup de sonde préparé pour Le Devoir et The Gazette montre que 46 % des Québécois sont favorables à la Charte des valeurs québécoises, alors que 41 % des répondants ont indiqué le contraire. Le dernier sondage mené par Léger sur cette question (pour l’agence QMI, le 16 septembre) disait que 43 % des répondants avaient une opinion favorable de la Charte, contre 42 % d’opinion défavorable. Le soutien se solidifie donc.

 

Les électeurs péquistes (81 %) et caquistes (50 %) sont les plus enthousiastes par rapport au projet. Chez les péquistes, on compte 8 % d’opinion défavorable, une baisse de six points en un mois. Les libéraux sont quant à eux largement défavorables (73 %), alors que les solidaires sont partagés (34 % favorables, 56 % défavorables).

 

Les appuis sont aussi à la hausse en faveur de l’interdiction du port de signes religieux dans la fonction publique. La question posée précisait que la Charte interdirait au personnel médical, aux enseignants, au personnel de bureau, aux policiers et aux juges le port d’un signe ostentatoire. 54 % des répondants sont en accord avec cette mesure, alors que 38 % se disent défavorables. Il y a un mois, les dispositions sur les signes religieux étaient approuvées par 51 % des Québécois, et 42 % y étaient opposés.

 

Mais ce soutien croissant au projet du ministre Bernard Drainville ne se traduit pas par une hausse des appuis au Parti québécois. Les libéraux de Philippe Couillard sont crédités de 36 % d’appuis dans les intentions de vote, chiffre stable depuis la fin de l’été. Le PQ suit avec 34 % : c’est une hausse de deux points depuis le 30 août, et d’un point depuis le 16 septembre. « Mais c’est toujours dans la marge d’erreur », rappelle Christian Bourque, vice-président exécutif chez Léger.

 

La baisse d’un point de la Coalition avenir Québec (CAQ, 17 %) est aussi dans la marge d’erreur, mais elle relègue tout de même le parti au niveau d’appuis de la défunte Action démocratique du Québec avant la fusion avec la CAQ, à l’automne 2011. Québec solidaire gagne deux points (à 8 %) par rapport au sondage de la mi-septembre.

 

Le PQ obtient la faveur de 41 % des francophones dans les intentions de vote (deux points de plus qu’il y a un mois). Les libéraux suivent à 26 %, devant la CAQ (19 %).

 

Pour Christian Bourque, ces divers indicateurs font qu’il serait « périlleux de dire si le Parti québécois pourrait remporter les élections et obtenir un gouvernement majoritaire. Il suffirait de deux points dans un sens ou dans l’autre pour tout renverser. C’est un sondage qui peut convaincre ceux qui veulent absolument partir en élection tout de suite, mais c’est aussi un sondage qui peut convaincre ceux qui ne veulent pas y aller… »

 

Au fond, dit-il, les partis auront à décider jusqu’à quel point ils sont prêts à prendre le risque. « Ça devient une question de tolérance à ce risque. »

 

Enjeux

 

Philippe Couillard (29 %) et Pauline Marois (27 %) sont pratiquement nez à nez lorsqu’on demande aux Québécois de dire qui ferait le meilleur premier ministre. François Legault récolte 13 % des faveurs, et Françoise David, 7 %.

 

La satisfaction (36 %, en baisse de trois points) et l’insatisfaction (58 %) à l’égard du gouvernement montrent par ailleurs que la gestion du PQ demeure contestée. Le sondage détaille cette insatisfaction : à part dans le dossier de la protection de la langue française (où 54 % des gens sont satisfaits), la conduite du gouvernement Marois est jugée négativement sur tous les autres enjeux.

 

C’est surtout vrai dans les dossiers de la santé (73 % d’insatisfaction), de l’éducation (66 %), de la gestion des dépenses (64 %) et de la création d’emplois (63 %). Le gouvernement fait mieux en matière d’accommodements religieux et d’identité (37 % de satisfaction, 56 % d’insatisfaction), d’environnement (38 % et 53 %) et de la défense des intérêts du Québec (44 % et 47 %).

 

« Le PQ performe en matière d’identité, mais le jugement de la population est très dur sur les autres enjeux, résume Christian Bourque. S’il y a des élections, mieux vaudra pour lui que ça se fasse sur la question de la Charte, parce qu’en matière économique et même sociale, les Québécois sont critiques. »

 

Des élections, les Québécois ne semblent toutefois pas en vouloir dans l’immédiat : à peine un quart des répondants (27 %) se sont dits favorables à la tenue d’élections d’ici les Fêtes. Ils sont un peu plus nombreux (31 %) à en souhaiter entre janvier et juin 2014. À noter que les libéraux sont plus favorables (37 %) que les péquistes (21 %) à l’idée d’un scrutin hâtif.

 

Le sondage a été mené en ligne auprès de 1001 personnes les 9 et 10 octobre. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d’erreur de 3,1 %, dans 19 cas sur 20.

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Recul du NPD au fédéral

Malgré un léger recul dans leurs appuis, les libéraux de Justin Trudeau ont augmenté leur avance dans les intentions de vote au Québec, à quelques jours de la rentrée parlementaire à Ottawa. Le volet fédéral du sondage Léger-Le Devoir-The Gazette accorde aux libéraux 33 % d’appuis dans les intentions de vote. Au mois d’août, lors du dernier coup de sonde, le Parti libéral obtenait 35 %. Or, le PLC augmente tout de même de trois points son avance en tête du classement — cela grâce au recul du Nouveau Parti démocratique. Le NPD avait profité de l’été pour combler une partie de l’écart qui s’est creusé avec les libéraux depuis l’élection de Justin Trudeau à la chefferie. Mais les troupes de Thomas Mulcair ont reperdu cinq points dans les dernières semaines. Le NPD est ainsi crédité aujourd’hui d’un appui de 26 %. C’est une baisse de plus de 15 points depuis l’élection. Le Bloc québécois de Daniel Paillé suit à 22 %, ce qui correspond aux appuis bloquistes du dernier scrutin. Le sondage accorde autrement 14 % de soutien aux conservateurs (en hausse de cinq points depuis août, pour un retour aux appuis habituels du parti de Stephen Harper). Les Verts sont passés de 2 à 4 % en deux mois. Chez les francophones, le vote se répartit en trois blocs égaux, le NPD (30 %) devançant le Bloc (27 %) et les libéraux (26 %). Chez les non-francophones, les libéraux remportent 58 % du vote.

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2 commentaires
  • Sol Wandelmaier - Inscrite 15 octobre 2013 07 h 46

    Pas de bonnes nouvelles pour Pauline...

    "Mais ce soutien croissant au projet du ministre Bernard Drainville ne se traduit pas par une hausse des appuis au Parti québécois."

    La manoeuvre de distraction n'a pas marché, madame Marois...Le peuple est moins stupide que vos stratégistes le croient...Le peuple votera "oui" pour la Charte mais, à la fin du jour, c'est encore la santé, l'économie et les considérations "Bread and butter" qui comptent...Tenez vous le bien pour dit...

    "à part dans le dossier de la protection de la langue française (où 54 % des gens sont satisfaits), la conduite du gouvernement Marois est jugée négativement sur tous les autres enjeux."

    J'ai été la première à croire que votre image de "Mère de la Nation" serait suffisante à créer la vague espérée mais votre poussée vers l'indépendance du Qc restera toujours confrontée à la réalité du porte-feuille, parceque le bon gros bon sens du peuple prévaudra!

  • Rafik Boualam - Inscrit 15 octobre 2013 08 h 27

    la majorité

    Les pro charte, même quand ils avancent des arguments béton, s'en tiennent généralement à un raisonnement théorique, et pourtant, ils devraient prendre le temps de regarder les éventuelles conséquences à la lumière d'expériences vécues ailleurs. En Belgique ou dans plusieurs municipalité on avait interdit le port de signes religieux dans les écoles, on se rend compte que l'expérience ne marche pas. On assiste à un retour aux politiques d'antan. En France, les laics qui défendait bec et ongle la laicité, sont dépités puisque tout le discour a été récupéré par les frontistes au profit d'un discour contre l'immigration. Au Québec, la communauté maghrébine est victime de discrimination systémique. Ses membres pourtant francophones, instruits, ayant souvent des expériences de travail valables, jeunes et en bonne santé, foulard ou pas foulards, vivotent dans le chômage ou dans des emplois précaires. Si on veut que la nouvelle charte n'ait pas de relent d'exclusion, il faudra que qu'elle soit agrémentée de politiques concrètes et agressives d'intégration à l'emploi, et d'intégration tout court.