Lisée préférerait que les candidats à la mairie de Montréal taisent leur opinion sur la Charte

Le ministre Jean-François Lisée a cité le mutisme de Jean Drapeau lors du débat sur la loi 101.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Le ministre Jean-François Lisée a cité le mutisme de Jean Drapeau lors du débat sur la loi 101.

Québec — En évoquant la mémoire de Jean Drapeau, le ministre responsable de la région métropolitaine, Jean-François Lisée, a tenu jeudi à donner un cours d’histoire aux quatre principaux candidats à la mairie de Montréal qui s’opposent à la Charte des valeurs québécoises.

 

« On ne trouve pas trace d’une position publique ou privée de Jean Drapeau sur la loi 101. Il a considéré qu’évidemment, c’est un débat important pour son île, sa ville de Montréal, et comme il y avait une division et comme c’était une responsabilité du gouvernement du Québec, il s’est abstenu d’entrer dans le débat », a affirmé Jean-François Lisée.

 

Le ministre a souligné que, si les quatre candidats - Richard Bergeron, Denis Coderre, Marcel Côté et Mélanie Joly - sont unanimes à s’opposer à la Charte, ce n’est pas le cas de la population montréalaise. Le quart des anglophones, le tiers des allophones et les deux tiers des francophones de l’île de Montréal « sont favorables à plusieurs dispositions » de la Charte, a-t-il soutenu. Comme les « pro-Charte » ne pourront voter pour aucun candidat favorable à la Charte - à l’exception de Michel Brûlé que le ministre considère comme un candidat marginal (« a long shot candidate », a-t-il dit en anglais) -, le prochain maire n’aura pas de mandat des Montréalais à ce sujet.

 

Jean Drapeau s’est finalement prononcé

 

Si le maire Jean Drapeau ne s’est pas prononcé publiquement sur la loi 101 en 1977, il l’a fait à un sommet économique en 1981, puis dans une commission parlementaire sur l’application de la Charte de la langue française en 1983. « Tout en affirmant le droit de la majorité d’expression française à la promotion et à la protection de sa culture, nous croyons que ce droit pourrait s’exercer avec autant d’efficacité dans un climat de plus grande communication envers la communauté anglophone et les divers groupes allophones. Il faut admettre une fois pour toutes que la mesquinerie et les règlements de comptes historiques pourraient avoir pour effet de sous-estimer le fait français en Amérique du Nord, de faire table rase de chapitres marquants de l’histoire de ce fait, et, à la fierté légitime et féconde qui se détache de l’histoire, de substituer une superbe exécrable et stérilisante », déclarait Jean Drapeau en 1983. Il ajoutait qu’il ne s’était pas prononcé souvent sur la loi 101 publiquement mais qu’il avait eu « des conversations privées avec beaucoup de monde, et même des ministres ».

 

La porte-parole libérale pour la métropole, Christine St-Pierre, n’a pas sorti de gros mots pour accabler Jean-François Lisée mais sa critique était virulente. « Pour qui se prend M. Lisée ? a-t-elle tonné. Cette attitude de M. Lisée est franchement méprisante pour les candidats à la mairie de Montréal […]. Le PQ bâillonne, exclut ou prend de haut ceux et celles qui ne pensent pas comme lui. » Les quatre candidats, qui craignent les effets de la Charte, « vivent à Montréal, ils comprennent la réalité de Montréal », a fait valoir la députée.

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