Charte des valeurs - Une question trop complexe pour être un enjeu électoral, croit QS

Françoise David et Amir Khadir jugent que le PQ emprunte des tactiques de l’extrême droite européenne en misant sur la division.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Françoise David et Amir Khadir jugent que le PQ emprunte des tactiques de l’extrême droite européenne en misant sur la division.

Québec solidaire juge que la Charte des valeurs québécoises est une question trop complexe pour être débattue en campagne électorale. Si le Parti québécois en fait un enjeu de la prochaine élection, il se comporterait comme certains partis européens de droite ou d’extrême droite.

 

« C’est un débat difficile. Et quand on a des débats aussi complexes que ceux-là, aussi exigeants, et surtout sur la protection des droits des minorités, on ne fait pas ça en campagne électorale », a plaidé la coporte-parole de QS, Françoise David qui a présenté mercredi, avec Amir Khadir, le projet de loi 398 intitulé : Charte de la laïcité de l’État québécois.

 

Sans présumer qu’à la faveur de la prochaine élection, le PQ tentera de faire des gains en misant sur la division que suscite son projet de Charte des valeurs, Amir Khadir a toutefois prévenu les péquistes. « En Europe, ça s’est beaucoup vu et c’est habituellement le propre des partis de droite, voire d’extrême droite. Il me semble que le Parti québécois, qui, jusqu’à nouvel ordre, est encore un parti social-démocrate, soucieux des principes démocratiques, du respect des droits des minorités, devrait se tenir loin de ce genre de calculs là », a-t-il fait valoir.

 

Le projet de loi de QS reprend essentiellement les mêmes positions sur la laïcité qu’il a déjà exposées, mais en les étoffant. Le parti propose de limiter l’interdiction du port de signes religieux, comme le recommandait le rapport Bouchard-Taylor, aux seuls agents de l’État qui exercent un pouvoir de coercition, soit les juges, les procureurs, les policiers ou les gardiens de prison.

 

Pas de crucifix

 

Afin d’assurer la neutralité des institutions démocratiques, le crucifix disparaîtrait du Salon bleu de l’Assemblée nationale, et son président et ses vice-présidents ne pourraient arborer de signes religieux. Les autres élus pourraient en porter.

 

Les employés de l’État devront s’abstenir de faire tout prosélytisme au travail. Pour les accommodements religieux, QS propose les critères communs à tous les partis que sont l’égalité entre les hommes et les femmes et l’absence de contrainte excessive pour l’État. Mais il ajoute l’exigence que l’accommodement ne discrimine aucun groupe spécifique comme les homosexuels et ne nuise pas à « l’intégration citoyenne ». À ce dernier chapitre, Françoise David a cité l’exemple de l’élève musulmane que l’on prive d’exercices musicaux en la munissant d’un casque qui l’empêche d’entendre.

 

Le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, a qualifié le projet de loi de QS de « très, très, très minimaliste », de « très, très, très modeste ». Pour l’encadrement des signes religieux, QS ne va même pas aussi loin que la Coalition avenir Québec, qui veut étendre leur interdiction aux employés de l’État en position d’autorité, ce qui comprend les enseignants des écoles publiques, a relevé le ministre. « Quand tu dis que c’est en dessous de la CAQ, on est loin du progressisme dont se targue Québec solidaire. »

 

Sortir le crucifix du Salon bleu fait maintenant partie de la réflexion du gouvernement Marois, a confirmé Bernard Drainville qui présentera la semaine prochaine une synthèse des commentaires que les citoyens ont fait parvenir à son secrétariat. « Si j’étais journaliste, je me garderais, à ce stade-ci, de tirer quelque conclusion que ce soit », a-t-il cependant prévenu. « Une chose est sûre : nous ne reculerons pas sur les principaux éléments de la Charte », a-t-il affirmé.

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