Charte: Lucien Bouchard suit Jacques Parizeau

Lucien Bouchard indique que les propositions faites jeudi par Jacques Parizeau représentent «le bon sens».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lucien Bouchard indique que les propositions faites jeudi par Jacques Parizeau représentent «le bon sens».

Après Jacques Parizeau, c'est au tour de Lucien Bouchard de soutenir que la Charte des valeurs québécoises proposée par le Parti québécois va trop loin et doit être assouplie. Il plaide aussi pour le retrait du crucifix de l'Assemblée nationale.

Dans une entrevue accordée à La Presse et publiée ce vendredi, M. Bouchard indique que les propositions faites jeudi par Jacques Parizeau représentent «le bon sens». «Ça nous ramène aux vraies valeurs de tolérance et d'ouverture de la société québécoise, mais en marquant le principe fondamental de la laïcité, décliné autour d'un minimum de règles», indique M. Bouchard.

Il se dit favorable à une «charte de la laïcité» (et non des «valeurs») qui interdirait les signes religieux «uniquement pour ceux qui exercent des fonctions coercitives de l'État: juges, procureurs, gardiens de prison, policiers; les services de l'État seraient donnés et reçus à visage découvert; les textes réaffirmeraient la laïcité de l'État, la neutralité religieuse, l'égalité homme femme et les règles de sagesse déjà exprimées par les tribunaux. Certains vont trouver que ce n'est pas assez, mais personne ne va trouver que ça va trop loin.»

Lucien Bouchard a indiqué à La Presse être favorable au retrait du crucifix du Salon bleu de l'Assemblée nationale, soulignant que «même l'Assemblée des évêques est d'accord».

Coup de circuit

L'ancien premier ministre (1996-2001) estime que les compromis qu'il souhaite (et qui sont dans l'esprit du rapport de Charles Taylor et de son frère Gérard Bouchard) sont possibles. «Le gouvernement peut frapper un coup de circuit», dit-il. «Il est possible, je dirais même probable, que l'Assemblée nationale vote à l'unanimité un tel compromis. Ce serait un triomphe. Au lieu de diviser les Québécois, ça les rassemblerait, je pense que tout le monde serait soulagé et même fier.»

Notant que le débat divise inutilement les Québécois et le mouvement souverainiste — en plus d'affecter la réputation du Québec, Lucien Bouchard affirme que «faire une élection là-dessus, en tentant d'exploiter des motivations moins nobles, ça nous ferait tomber dans des zones où on ne veut pas aller.»

«Il faut que Pauline Marois saisisse l'occasion: au lieu d'être une victime, son gouvernement peut obtenir un gain politique, et surtout un gain pour le Québec. C'est tout ce qui compte», dit-il on «offrant son aide dans quelque rôle que voudra [lui] faire jouer la première ministre».
 
97 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 4 octobre 2013 08 h 19

    Et la République ?

    En refusant une laïcité républicaine, comme celle pratiquée en France, on renvoie le problème à nos enfants. Électoraliste ?, sûrement. Mais pas tellement responsable pour la suite des choses.

    • Roland Berger - Inscrit 4 octobre 2013 08 h 39

      Bien oui, s'affirmer, mais pas trop, pas tout de suite. Poltronnerie !

    • Paul-André Léveillé - Inscrit 4 octobre 2013 08 h 51

      Bien d'accord avec vous! D'autre part, j'en ai marre des sorties de ces vieux chefs qui ont décidé, à une époque, d'abandonner le navire. Qu'ils cessent de détruire le travail effectué par ceux qui sont restés!

    • Matthieu Jean - Inscrit 4 octobre 2013 08 h 53

      "Au lieu de diviser inutilement les Québécois..." sic

      Bien sûr qu'il propose de renvoyer le problème à nos enfants.
      Mais dans 30 ans, il n'y aura plus de divisions à régler: ce sera la soumission au sens politico-religieux que l'on connaît ailleurs dans le monde et qui est déjà en mouvance chez-nous.

      Et puis le monsieur du gaz et ses amis savent très bien qu'on ne peut pas extraire les ressources dans l'instabilité politique:
      "Regardons ailleurs, finissons nos beaux jours tranquilles. Faisons des compromis tant qu'on en demande puisqu'il n'y a rien à défendre, les ressources, les valeurs, qu'ils s'organisent pour tout prendre, nous on s'en fout, on sera morts."

    • Solange Bolduc - Inscrite 4 octobre 2013 09 h 21

      D'un côté, il y a chez Bouchard la crainte de déplaire, et de l'autre, chez Parizeau, le regret du "vote ethnique" !

      Nos deux gourous veulent encore être entendus, sinon écoutés ! Et vous avez absolument raison de dire, M. Schneider, qu'on renvoie le problème à nos enfants...

      Et nier qu'il y a problème, c'est se mettre la tête dans le sable !

      Que recherche au juste ces deux anciens politiciens ? La gloire après coup : intéressants pour deux démissionnaires qui viennent maintenant nous dire quoi faire !

      En plus, Bouchard offre ses services ?

    • Paul Vaughn - Inscrit 4 octobre 2013 09 h 29

      @ Paul-André Léveillé, que vous l'aimiez ou non, Lucien Bouchard a le droit de s'exprimer sur la question. C'est un débat citoyen qui interpelle tout le monde. Il ne faut surtout laisser le débat entre les mains des politiciens.

    • Pierre Samuel - Inscrit 4 octobre 2013 09 h 31

      @ Pierre Schneider:

      En effet, quel bel exemple que celui de la république de France alors que l'extrême-droite est actuellement en pleine montée... la «mère-patrie» et son imprimatur encore et toujours comme ultime référence, n'est-ce pas?

    • Gilles Théberge - Abonné 4 octobre 2013 09 h 58

      Bien entendu ces personnages publics ont parfaitement le droit d'exprimer leur opinion, même si elle ne concorde pas totalement avec la proposition qui est sur la table pour fins de discussion.

      Le problème c'est qu'on sent présentement une pression pour que soit trouvée à tout prix une solution dite raisonnable au débat. Hier soir monsieur Parizeau a soumis que le projet s'attaquait essentiellement aux femmes musulmanes.

      C'est vrai que selon les apparences il a raison. Mais je ne suis pas entièrement d'accord avec ça. Même s'ils sont moins visibles, d'autres religions Chrétiennes notamment, juives aussi sont aussi militantes et tentent de prendre de plus en plus de place dans l'espace public, en particuilier dans le monde scolaire. Hier encore on révélait qu'une école juive religieuse hors norme et fonctionne on ne sait pas trop comment sans permis.

      Toutefois pour en revenir aux apparences, à ce qui parait le plus soit l'islamisme, et surtout bien entendu celui des femmes voilées, je suis d'avis qu'on néglige un aspect important du problème.

      Ce qu'on néglige c'est le fait que les femmes musulmanes, certaines l'acceptent d'autres à leur insu, sont instrumentalisées par l'intégrisme religieux militant. elles sont le fer delance d'un militantise à certains égards inquiétant.

      Ainsi par exemple la jeune femme de «Tout lemonde en parle» de la semaine dernière n'a pas tout dit. Voici un clip qui en apprendra plus sur ce sujet de l'instrumentalisation à ceux qui s'interrogent http://www.youtube.com/watch?v=v4YV5ETvwTY&fea

      Messieurs Parizeau et Bouchard sont de personnes respectées. Mais je pense qu'ils cherchent une solution simple à quelque chose qui est beaucoup plus complexe qu'il ne parait à première vue.

      La raison? D'accord. Mais la bonne, et pour les bonnes raisons.

    • Eric Shannon - Inscrit 4 octobre 2013 10 h 06

      La France n'est pas laïque, elle est profondément chrétienne. Les tensions entre les différentes communautés religieuses et culturelles sont incroyablement palpables. On l'a vu l'an dernier avec le projet de mariage pour tous. Le formidable nombre de personnes qui sont descendues dans les rues pour marcher avec les "antis" ne laisse pas douter de son caractère chrétien, assumer sans détour. Les communautés culturelles sont enfermées dans des cités et n'arrivent pas à s'intégrer, même après plusieurs générations. Je connais la France, j'y ai vécu plusieurs années.

      Quand j'ai fait ma demande de citoyenneté française en 2010 (uniquement pour me simplifier la vie de tous les jours) la dernière page donnait l'option de franciser mon nom si celui-ci ne l'était pas. "Vous vous appelez Mohamed? Pourquoi ne pas changer pour Martin ou Marc ? Votre prénom est Abdallah? Pourquoi pas choisir Alain afin de mieux vous intégrer ?" C'est ça "l'intégration" ? C'est repousser les "autres" dans des lieux où on les verra pas ? C'est ça que vous voulez pour le Qc ? Ce n'est pas de l'intégration ça, c'est de l'assimilation. Or ce n'est pas parce qu'on vient d'une autre culture et qu'on arrive dans un autre pays qu'on doit nécessairement oublier son identité. Ce n'est pas si simple.

      Arrêtez d'utiiser la France comme exemple à suivre. La France va très mal. Dans toute son histoire il n'y a jamais eu autant de gens qui l'ont quittée, qui ont émigré pour aller vers une qualité de vie meilleure. L'intolérence à la différence enferme les gens sur eux-même et il vient un moment où les gens se détestent au point que la qualité de vie en devient insupportable.

      La France est très belle. À visiter. Y vivre est autre chose.

    • enid bertrand - Inscrit 4 octobre 2013 10 h 33

      On semble avoir moins de problèmes au Parti Québécois à renvoyer nos problèmes financiers aux générations futures.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 octobre 2013 10 h 51

      Monsieur Shannon,
      L'invitation de fanciser son nom ne s'adresse pas qu'aux arabophones. Le nom à la naissance d'Eugène Ionesco était Eugen Ionescu. Le père de Nicolas Sarkozy s'appelait Sarközy Pál: il a sans doute choisi d'être appelé Paul en France. Et on traduit fréquemment le nom des personnes célèbres. L'astronome Nicolas Copernic s'appelait pour ses amis et parents Mikołaj (prononcé mikoouaï) Kopernik, mais il signait ses livres Nicolaus Copernicus. Le vrai prénom de Franz Liszt était Ferenc. Le pape actuel s'appelle tout autant Franciscus, Francisco, Francesco, François, Francis, Ferenc, Franziskus...

      Si vous vouliez vous installer en Islande, nous seulement devriez-vous islandiser votre prénom, vous encore devriez-vous renoncer à votre nom de famille. Les Islandais n'en ont pas; la seconde partie de son nom reprend le prénom du père suivi de -son (fils de) ou -dottir (fille de)...

    • Eric Shannon - Inscrit 4 octobre 2013 13 h 15

      M. Auclair,

      Merci d'être complètement passé à côté de ma rhétorique. Ce que je mettais en relief était davantage lié à la mauvaise foi du PQ qui garde ses yeux tournés vers la France comme modèle de succès à reproduire. La France est tellement embourbée dans ses problèmes qu'elle ne sait pas comment s'en sortir. Ses citoyens sont si malheureux et pessimistes qu'ils fuient leur pays à la première occasion.

      Vous voulez des exemples des conflits sociaux en France ? Des tensions qui existent entre les gens ? Du pessimisme ambiant ? Je pourrais vous en parler pendant des heures et je ne suis pas le seul. Il y a plus de 60M de français qui pourraient aussi le faire. Et ce n'est pas simplement parce qu'ils "aiment bien râler", c'est parce que ça ne va pas bien. Et ceux qui viennent s'installer au QC ne veulent pas vivre dans une France numéro 2. Demandez leur...

      Le projet de charte actuel est une erreur de laquelle le QC ne pourrait jamais se remettre. Comme la France d'ailleurs...

    • Johanne St-Amour - Inscrite 4 octobre 2013 16 h 24

      Irresponsable en effet.

      Messieurs Bouchard et Parizeau auraient intérêt à mieux faire le tour de la question. Et à dépasser la peur de la chicane ou la peur de la perte de votes.

      Ici par exemple une belle réflexion de Soeur Claire Dumont qui affirme qu'il y a eu évolution dans la religion catholique au Québec et elle parle de ces annnées de changements où les Filles de la Sagesse (et les autres religieux) ont développé leur "capacité de recevoir, capacité d'intégration (à la nouvelle société qui émergeait en ces années 60-70). Même si cela s'est fait graduellelment et ne s'est pas fait sans douleurs, les Filles ont changé. Particulièrement pour le "costume".

      Tous les signes ostentatoires créent une différence dit-elle et crée une distance avec les autres. Le signe religieux crée "un mur entre la personne qui le porte et l'autre". En plus de véhiculer les pensées de celle qui le porte. Ce n'est pas anodin. Il faut regarder et les compétences des femmes mais aussi les signes religieux visibles.

      D'ailleurs, elle a trouvé que Mme Awada à TLMP faisait preuve de fermeture. "Elle semblait peut-être ouverte en parole mais elle était complètement fermée en attitude" dit-elle. Son attitude en était une de défi, soit "Vous ne me ferez pas enlever ça". Et j'ajouterais de provocation et d'arrogance.

      Mme Dumont préconise de devenir de meilleurs êtres humains versus devenir plus religieux

      http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/

    • Nicole Moreau - Inscrite 4 octobre 2013 17 h 46

      j'ai entendu madame Dumont alors qu'elle conversait avec madame Perrin sur les ondes de Radio-Canada et j'ai trouvé qu'il y avait là beaucoup de sagesse et de sérénité, les anciens chefs du PQ auraient dû l'écouter, peut-être y auraient-ils trouvé là une réponse plus adéquate à leurs questionnements.

      je suis tout à fait d'accord avec madame Dumont, madame Awada était particulièrement fermée alors qu'elle est passée à Tout le monde en parle, pour moi, elle nous disait à tous que c'est à nous de faire les pas vers elle, mais qu'elle ne devait absolument pas en faire vers nous, au contraire.

      j'ai trouvé ça assez spécial pour quelqu'un qui étudien en sociologie de ne pas être plus sensible que ça aux enjeux collectifs de notre société. Il est possible, je le croirais, de voir là qu'elle attache beaucoup plus d'importance à sa religion qu'à sa société puisqu'elle est née ici.

      est-ce qu'on peut faire l'hypothèse que madame Awada s'inscrit dans un courant rigoriste de l'islam qui voit les autres religions avec des doutes sur leur validité? je ne le sais pas, mais ça laisse soupçonner cela.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 4 octobre 2013 08 h 37

    Devoir de réserve

    Les anciens ministres / Premier ministre devraient faire preuve d'un devoir de réserve dans leurs commentaires, comme l'a mentionné Gilles Duceppe lors d'une entrevue à Radio-Canada. Monsieur Bouchard se sert de son ancien rôle de PM pour se donner une visibilité dans les médias en se prononçant sur des questions pour lesquelles il n'a pas été sollicité. Il se fait du capital politique afin de mousser sa carrière au privé.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 4 octobre 2013 12 h 27

      Tous ceux qui s'expriment contre la forme actuelle de la Charte devraient se taire et faire preuve de réserve, évidemment.

    • Pierre Valois - Abonné 4 octobre 2013 16 h 28

      Je ne suis pas d'accord avec ce devoir de réserve. ILS ONT DROIT À LEUR OPINION.

      Encore faut-il qu'il l'exprime quand c'est le temps.

      Ils veulent influencer le débat?

      Qu'ils le fassent le plus tôt possible.

      J'ai toujours été indisposé par tous ceux qui expriment leur opinion après avoir fait le cumul de toutes les opinions exprimées avant la leur.

      C'est ce que viennebt de faire les Parizeau-Bouchard.

    • Louka Paradis - Inscrit 4 octobre 2013 17 h 01

      Ça me fait sourire en coin, tous ces «messies» qui viennent dire à notre Première Ministre ce qu'elle devrait faire : assez paternalistes, merci... j'y décèle des relents de machisme. Une femme ne peut régler cet important dossier, voyons, ça prend Monsieur pour venir «calmer les choses», a-t-il susurré au 24/60, hier soir. Donner son opinion est une chose, dire à la personne qui gouverne le Québec ce qu'elle devrait faire, une autre. Ayons confiance en notre Première Ministre : elle a démontré qu'elle a la capacité de bien gérer car tout le Québec a pu la voir à l'oeuvre avec son équipe lors de la crise incroyable de Lac-Mégantic. Ne l'oublions pas. Et NON, ce n'est pas tous les PM qui auraient agi avec autant d'efficacité et d'humanisme...

      Louka Paradis, Gatineau

  • Roland Berger - Inscrit 4 octobre 2013 08 h 39

    Les évêques approuvent

    Les Québécois sont chanceux. Comme l'ont souligné Parizeau et Bouchard, les évêques consentent à ce que le crucifix soit enlevé de l'Assemblée nationale. Dieu merci !

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 octobre 2013 11 h 35

      Heuuu ! Les évêques consentent ?

      S'cusez, mais on leur à pas déjà réglé leur cas à eux-autres ?

      Que ces deux patriarches se basent sur l'opinion des évêques a autant de logique que les Libéraux qui sont d'accord avec eux... C'est le monde à l'envers !!!

      Attention, la religion c'est comme l'eau, ça s'infiltre n'importe où !

  • Raymond Chalifoux - Abonné 4 octobre 2013 08 h 43

    À force de compromis...

    ... ça finira en un truc con, promis!

    • Claude Champagne - Inscrit 4 octobre 2013 10 h 53

      Le gouvernement, Mme Marois, monsieur Drainville, n'est idéologiquement pas soumis aux deux messieurs gourous. Ils ont été, maintenant ils sont simplement citoyens. Comme tout ceux et celles qui ont exprimé, une opinion, une suggestion, c'est noté voilà. Ils ont le mérite, de ne pas avoir exprimé avec indélicatement, de bafouer, détruire le projet d'une charte de la "laïcité".

    • André Michaud - Inscrit 4 octobre 2013 12 h 00

      Comme le souligne m.Parizeau, Bouchard et bien d,autres, on a déjà la laicité dans les services et deux chartes pour proclamer l'égalité des sexes.. pourquoi diviser les citoyens et penser vouloir réinventer la roue alors qu'elle existe déjà?

  • François Dugal - Inscrit 4 octobre 2013 08 h 46

    Les «belles-mères»

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