La FTQ tente de contrôler les dommages causés par la commission Charbonneau

Le témoin Ken Pereira a révélé des liens entre la FTQ et les Hells Angels à la commission Charbonneau.
Photo: - Le Devoir Le témoin Ken Pereira a révélé des liens entre la FTQ et les Hells Angels à la commission Charbonneau.

La FTQ multiplie les notes internes pour contrer les ravages de la commission Charbonneau et des nombreux reportages parus ces dernières semaines, invitant ses membres à « attendre avant de conclure et de condamner ».

 

« Au cours des prochaines semaines, la commission Charbonneau va se pencher sur le volet syndical. Vous entendrez toutes sortes d’allégations et de demi-vérités. Nous vous invitons à faire preuve de patience et à attendre les contre-interrogatoires avant de juger.»

 

La note interne, datée du 26 septembre, a été envoyée aux membres du conseil général, aux présidents des conseils régionaux et au personnel de la FTQ. Son auteur, le directeur des communications Jean Laverdière, a récidivé à quelques reprises ces derniers jours, parfois même deux fois par jour. Pour une énième fois, il invitait ses membres à faire la part des choses mercredi. « En ce qui a trait au témoignage d’aujourd’hui de Ken Pereira, nous vous invitons à faire preuve de prudence avant de tenir pour acquis tout ce qui s’est dit. »

 

Offensive

 

Dans ces « mises à jour », qui visent à rétablir les faits sur ce qui a été dit à la commission Charbonneau et dans les médias, Jean Laverdière tente de rétablir la crédibilité du président Michel Arsenault en ridiculisant ses attaquants. « Sérieusement, il faut en fumer du bon pour croire que Michel Arsenault est un chef mafieux. Mieux vaut en rire ! »

 

La FTQ s’attaque à la crédibilité du témoin Ken Pereira, présentant à ses membres un jugement de la Commission des relations du travail de 2009 où Ken Pereira affirmait avoir été congédié illégalement par son employeur Mécanicien Industriel Millwright. « La Commission n’accorde aucune crédibilité au plaignant. Il avance des théories qui ne sont supportées par rien. Son fonctionnement est simple, il lance des phrases incendiaires sans jamais être en mesure d’en prouver le contenu », écrit le juge Guy Roy, qui parle même d’un « scénario de film policier de série B ».

 

Dans sa vaste offensive auprès de ses membres, Jean Laverdière accuse les journalistes d’avoir « menti » dans certains dossiers concernant Michel Arsenault. « Il va falloir s’y habituer, nous en avons au moins pour les deux prochains mois », écrivait-il le 1er octobre. Selon lui, ce sont des « enquêteurs frustrés » de n’avoir pas trouvé matière à poursuite qui ont laissé filtrer l’information sur l’écoute électronique. Dans une réplique au journaliste du Devoir Stéphane Baillargeon, il affirme que les auteurs de ces fuites ne sont pas des « lanceurs d’alertes », mais de « vulgaires criminels ».

 

Panique

 

À l’interne, des sources affirment que ces notes démontrent une certaine nervosité, voire de la « panique » devant « la grogne [qui] se fait de plus en plus sentir ». L’organisation syndicale reconnaît elle-même que ses membres sont inquiets, c’est la raison pour laquelle elle tente de les rassurer par ces mémos internes. « Les gens posent des questions, c’est normal, répond Jean Laverdière en entrevue au Devoir. C’est beaucoup plus des inquiétudes que des questions, ils veulent être informés, ils veulent savoir ce qui se passe. Par exemple, lors du dernier Conseil général, Michel [Arsenault] a re-re-redonné sa version des faits concernant la fameuse histoire du bateau. […] Chaque fois, il est obligé de se justifier, c’est un peu surréaliste par moments. »

 

Ce dernier nie toutefois que la légitimité du président soit contestée. « Je n’ai pas vu passer ça, je n’ai pas senti ça non plus », a répondu M. Laverdière, précisant que Michel Arsenault a reçu un « appui unanime » lors de la dernière rencontre avec les présidents de tous les syndicats affiliés la semaine dernière. Michel Arsenault subira un ultime test de confiance lors du congrès de novembre prochain alors qu’il tentera de se faire réélire.

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